TARQUIN-L’ANCIEN
CINQU1È9IE ROI DE ROHE.
Depuis l’an 614 jusqu’à l’an S76 avant J.-C.
Lvciüs Tarqüin, que le roi Ancus Martius avait choisi pour le tuteur de ses enfants , c’està-dire pour leur servir de père après sa mort, n’était pas né Romain : sa famille était originaire de ce beau pays de Grèce dont vous avez sans doute déjà étudié l’ histoire, et il habitait, depuis plusieurs années, Tarqwnies, ville d’Étrurie, située à peu de distance de Rome. Mais comme Tarquin était très-généreux, il comptait déjà beaucoup d’anais parmi le peuple de cette capitale, lorsqu’il vint s’y établir avec ses troupeaux, ses serviteurs et toute sa famille.
Or, Lucius Tarquin, qui aurait dû être le protecteur des enfants d’ Ancus Martius, conçut toutà-coup la pensée de devenir roi de Rome à leur détriment. A cet effet, ayant envoyé un jour les deux jeunes princes à la campagne, sous prétexte de leur procurer le plaisir de la chasse, il assembla le peuple dans le Forum, et proposa à la multitude de le placer sur le trône ; la foule, qui avait déjà oublié les fils d’ Ancus, accueilUt avec joie cette proposition , et Tarquin, sans plus attendre, mit sur sa tête la couronne qui aurait dû appartenir aux enfants du
dernier roi, si le peuple de Rome n’en eût autrement décidé.
Ce prince, comme son prédécesseur, mes petits amis, entreprit de grandes guerres où il défit tous ses ennemis, qui le reconnurent pour leur maître, et lui envoyèrent, en signe de soumission, un grand nombre de présents magnifiques, ainsi que cela était l’usage des peuples de ce temps-là. C’était, entre autres objets précieux, une couronne d’or, une chaîne d’ivoire, un sceptre surmonté d’uii aigle d’argent, un manteau de pourpre brodé d’or, et une superbe robe ornée de riches découpures.
Tarquin, qui était magnifique et généreux, avait pourtant un grand défaut. Il était fier et orgueilleuxj et ne pouvait souffrir qu’on lui dît la moindre vérité qui pût contrarier son humeur impatiente et irascible.
Or, il y avait à cette époque, à Rome un Augure qui s’était attiré la confiance du roi, en coupant, dit-on, en sa présence, un caillou avec un rasoir; ce qui, en effet, paraîtrait incroyable , si l’on ne devait penser que ce personnage n’aVait fait en cela qu’un tour d’escamotage. Cet homme, qui avait nom Accrcs Naviüs, prétendait deviner la pensée la plus secrète de chacun, et expliquer les songes, comme le font aujourd’hui certains charlatans que vous avez peut-être vus quelquefois sur les promenades publiques, où des curieux les entourent, sans que personne cependant soit tenté de croire à leur prétendu savoir-faire.
Quoi qu’il en soit, Accius Naviiis ayant dit plusieurs fois au roi des choses qu’il croyait n’êlre sues de personne, ce prince le fil mourir secrètement, de peur qu’il ne fil part à d’autres des secrets qu’il avait découverts ; et le pauvre aujmre se repentit sans doute d avoir trop parlé, lorsqu’il éprouva par lui-même combien il est dangereux d’être indiscret et de ne pas savoir taire les choses que l’on à découvertes.
A propos de ce devin , il faut que je vous raconte ce qui arriva dans le palais même de Tarqiiin, à la reine Tavaquii, sa femme, qui, étant d’origine Étrusque, se mêlait aussi d’expliquer les prodiges et d'interpréter les auspices. Celte princesse ayant appris qu'un petit enfant nommé Servius, qui appartenait à lune de ses esclaves, avait été aperçu dans son berceau entouré d’une flamme brillante , s’écria îiussilèt que cet enfant deviendrait certainernent un jour un personnage important ; ce qui se vérifia par hasard, comme je vous le dirai tout à l’heure, car elle ne pouvait savoir alors ce qui devait arriver plus tard à cet enfant.
La mort de l’augure Accius, qui n’avait jamais causé le moindre mal à personne, excita le ressentiment des Romains, et plusieurs d’entre eux s’engagèrent à punir Tarquin de son injustice. D’un autre côté, les fils d’Ancus Marliiis ne pouvant oublier que ce même Tarquin les avait dépouillés du trône de leiu* père^n’al-
tendaient pour s’en venger qu’une circonstance favorable qu’ils ne tardèrent pas à faire éclater. Un tumulte, excité à dessein à la porte du palais du roi par ces jeunes gens , qui avaient ameuté quelques hommes du peuple, produisit un instant de désordre, pendant lequel Tarquin fut assassiné d’un coup de hache.
Le roi dont vous venez de lire l’iiistoire est ordinairement appelé Tarquin-l’Ancien, pour le distinguer d’un autre ïarquin, que vous connaîtrez plus tard.