‹ L'histoire romaine racontee aux enfantsChapitre 8 sur 33 · SEPTIÈME ROI DE ROME · texte numérisé non relu

SEPTIÈME ROI DE ROME

Depuis l’an 532 jusqu’à l’an 509 avant J.-C.

Le meurtre du roi Servius comme vous pouvez croire, mes enfants , ne fit pas beaucoup d’ amis à Tarquin dans Rome, où chacun trembla d’être gouverné par un roi et une reine chargés d’un si épouvantable parricide.

En effet, le nouveau monarque était si dur et si cruel, qu’on l’appela Tarquih-ie-Superbe, c’est-à-dire l’orgueilleux. Il ne chercha pourtant point à démentir le surnom qu’il avait reçu ; et, au lieu de se faire aimer du peuple et du sénat pour effacer, s’il était possible, le souvenir du crime qu’il avait commis, il persécuta sous les plus légers prétextes les plus honnêtes citoyens de Rome, et n’épargna pas surtout ceux qui étaient riches afin de s’approprier leurs terres et leur argent.

A cette époque vivait à Rome un jeune homme appelé Marcus Jurius , dont Tarquin avait fait mourir le père et le frère , et qu’il avait dépouillé lui-méme de tous les biens de sa famille.

Ce Marcus Junius, ne sachant par quel moyen éviter le triste sort de ses parents fit usage d’un singulier stratagème ; il contrefit l’insensé avec tant de ruse et d’adresse, que chacun fut pcr-

snadé qu’il îivait vraiment perdu la raison, et on lui donna le surnom de Ilni'Tus, ce. qui voulait dire brute ou stupide. Tarquin croyant n’avoir rien à craindre de ce pauvre garçon qui | faisait pitié à tout le monde, permit qu’on le gardât dans sa maison, où il faisait ramusement des enfants et des esclaves; mais brulus, sous celle apparence misérable, cachait une âme forte et courageuse , et il n’attendait pour se montrer tel qu’il était réelemenl, qu’une occasion qui ne larda pas à se présenter, comme nous le verrons tout à l’heure.

Cependant Tarquin-le-Snperbe, dans l'espoir de faire oublier aux Romains la tyrannie qu’il faisait peser sur eux, s'elïbrça d’exciter leur admiration en bâtissant un temple magnifique sur le mont Tarpéien. Tandis que l’on creusait les fondations de cet édifice, on trouva en remuant la terre une tète d’homme qui paraissait fraîchement coupée et dont le sang, dit-on, était encore tout vermeil ; quelques personnes, prétendiret que c’était la tête d’un Romain nommé Toli’s, mort depuis de longues années qui avait reçu la sépulture dans cet endroit; à cause de cette circonstance, le temple qui fut élevé sur ce lieu reçut le nom de Capitole, ce qui voulait dire: Tête de Tolus.

Tarquin, frappé de ce prodige, conçut aussitôt l'idée d’envoyer ses deux fils , accompagnés de l’imbécile Brulus, consulter l’oracle de Delplies dont parle Tllisloire greque, sur ce qu’il devait penser de celle rencoiilre extraordinaire.

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C’était l’usage, à cette époque, que l’on n’abordàt jamais les prêtres des dieux sans leur ofifrir des présents qui les rendissent favorables aux prières qu’on venait leur adresser. Les fils de Tarquin apportèrent donc avec eux de magnifiques présents, tandis que le rusé Brutus ne se chargea que d’un bâton grossier, mais qu’il avait eu soin de creuser et de remplir d’or sans que personne s’en aperçut. Ce cadeau parut plus agréable .aux prêtres de Delphes que tous ceux des fils du roi : l’oracle demeura muet lorsque ceux-ci l’interrogèrent, et ce fut Brutus qui reçut la réponse qui devait être reportée à Tarquin.

L’oracle répondit que la ville où celle tête humaine avait été trouvée, deviendrait un jour la capitale de l’Italie ; et Tarquin accueillit avec joie cette merveilleuse promesse, qui se réalisa plus tard, et que les Romains répétaient avec orgueil.

Vous ferez bien, mes petits amis, de ne point oublier le nom du Capitole, que vous retrouverez souvent dans les histoires, et de vous souvenir que depuis ce moment le mont ïarpéicn prit le nom de Capitolin, qu’il a toujours conservé depuis.

Le Capitole était environné d'une haute muraille qui en faisait une forteresse inabordable de tous les côtés, à l’exception Q’un seul, par lequel on arrivait au moyen d’un magnifique escalier.

Pendant qu*on trayaillait à la construction de ce temple, ce qui dura plusieurs années, une femme inconnu et étrangère Tint proposer au roi de lui vendre, moyennant une certaine somme, neuf gros livres, que l’on nommait les Livres Sibyllins , c’est-à-dire les livres des Sibylles , qui avaient été autrefois, assurait-on, des diseuses de bonne aventure très-connues en Italie. Le roi trouva qu’elle demandait un prix trop élevé de ses livres, et la renvoya sans les lui acheter.

Quelques temps après cette première apparition, cette même femme se présenta de nouveau devant Tarquin, et lui demanda la même somme d’argent pour six volumes qui lui restaient, annonçant qu’elle avait brûlé les trois autres ; le roi dédaigna ces nouvelles propositions, et la renvoya avec mépris.

Cette femme, que personne ne connaissait à Rome, revint une troisième fois auprès du roi, et lui déclara qu’elle avait encore brûlé trois de ses livres, mais qu’elle persistait à exiger la même somme pour les trois volumes qui lui restaient ; cette fois, elle s’exprima enverse Tarquin d’un ton si menaçant'et si terrible, que ce prince n’osant plus la refuser, se décida enfin à lui en donner le prix qu’elle demandait. Aussitôt cette femme disparut, et jamais depuis ce temps personne n’en entendit parler.

Tarquin fit placer les livres sibyllins dans un coiffe de pierre, que l’on déposa au Capitole,

sous la garde de quinze personages considérables; et il fut défendu de les ouvrir pour les consulter sans un ordre du roi ou du sénat ; ce. qui ne devait avoir lieu que dans les temps de peste, de famine ou de calamités publiques.

La construction du Capitole ne fut pas le seul ouvrage considérable dont Rome fut dotée par Tarquin. Je dois vous parler aussi d’un vaste égout qu’il fit creuser sous la roche Tarpéienne, pour l'écoulement des eaux de cette grande ville.

Ce travail prodigieux, qui se compose de trois immenses voûtes de pierre contenues l’une dans l’autre, existe encore aujourd’hui dans toute sa solidité, quoiqu’il compte à présent plus de deux mille trois cents ans de durée.

Les fils de Tarquin, dont je vous ai déjà parlé, se nommaient, l’un Sextus, et l’autre Arons; ils étaient tous deux presque aussi méchants que leur père, et Sextus l’alné de ces princes, se fit connaître dès sa jeunesse par un trait que je veux vous raconter.

Tarquin était en guerre depuis longtemps avec les Gabiens, peuple du voisinage de Rome dont il avait plusieurs fois assiégé la ville, sans pouvoir s’en rendre maître. Sextus, feignant d’être exilé par son père, se réfugia chez les Gabiens, qui l’accueillirent avec plasir, parce qu’il leur promit de les aider à se défendre contre les Romains; mais c’était une perfidie de sa part, car dès qu’il eut obtenu la confiance de ce peu-

pie crédule, U envoya sccrèleincnt un de ses domestiques demander à Tarquin ce qu'il fallait faire de celle ville , que l’imprudence de ses habitants venait de mettre entre ses mains.

Le roi se promenait dans un jardin, lorsque l’envoyé de Sexlus lui fut présenté ; et au lieu de répondre à cet homme, qui le pressait de questions, Tarquin se mit à marcher précipitamment en silence, abattant avec une baguette qu’il tenait à .la main les têtes les plus élevées des pavots dont le parterre était rempli. Ce fut la seule réponse que l’envoyé de Sexlus put reporter à son maître ; mais celui-ci ayant appris, par le récit de son envoyé, ce que son père avait fait en sa présence, comprit que c’était les chefs des Gabiens qu’il devait faire périr ; et en effet, peu de jours après, leur ville tomba au pouvoir des Romains.

Ce Sexlus, qui venait de commettre une si noire trahison, ayant un jour aperçu à la campagne une dame appelée Lucrèce , qui était femme de Tarqbin-Coliatin, l’un de ses cousins, eut la grossièreté de lui faire une cruelle injure: mais Lucrèce était aussi vertueuse que belle, et prenant le ciel à témoin qu’un pareil affront ne demeurerait ^ pas impuni, elle lit savoir à son mari qu’elle avait un secret important à lui communiquer, et le supplia de ne pas perdre auprès d’elle, accompagné de son père Lucrétiis, l’un des personnages les plus deslingués de Rome .

hommes étonnés d’un pareil mes-

sage se hâtèrent de se mettre en route, et Collatin, inquiet du mystère que Lucrèce se proposait de leur dévoiler, se lit accompn^er de Junius Brutus, son ami, dont il savait bien que l’apparente stupidité n’était qu’un stratagème pour échapper aux persécutions de Tarquin.

Aux premiers mots que leur dit Lucrèce de l’injure que Sextus avait osé lui faire, ces trois hommes entrèrent en fureur, et voulaient courir se venger ; mais quelle ne fut pas leur douleur lorsque cette dame infortunée ayant ajouté, en pleurant, qu’une pareille insulte lui rendait désormais la vie insupportable, se perça le coeur à l’instant même en leur présence, avec un poignard qu’elle tenait caché sous sa robe. Collatin et Lucrétius demeurèrent frappés de douleur à ce triste spectacle, mais Brutus saisissant aussitôt ce poignard ensanglanté, appela autour de lui tous les Romains qui pouvaient l’entendre, et leur lit jurer de venger le meurtre de cette femme infortunée, en exterminant Tarquin et toute sa famille, et de ne jamais souffrir que personne à Rome portât désormais te titre de Roi.

L’étonnement des Romains fut grand lorsqu’ils apprirent en même temps que Lucrèce s’était donné la mort, et que Brutus avait recouvré la raison. A la vue du corps de cette dame, que ce dernier avait fait porter sur la place publique, le peuple entier courut aux armes, et s’écria comme lui qu’il fallait chasser Tarquin ,

auteur de tant de maux et ses fils qui ne valaient pas mieux que lui. ‘

Au premier bruit de cet événement, Tarquin, qui se trouvait alors à la campagne, revint aussitôt sur ses pas, espérant encore, par sa présence, faire rentre? les mutins dans le devoir; mais lors qu’il se présenta aux portes de Rome, il les trouva fermées, et se vit contraint de prendre la fuite, pour ne pas être tué par le peuple soulevé.

Voilà une histoire, mes enfants, qui doit vous apprendre que les méchants sont toujours punis du mal qu’ils font, même lorsqu’ils sont riches et puissants.

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