‹ L'homme à bonnes fortunesChapitre 34 sur 61 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

LUCINÛE, MARTON, pilis MOiNCADE.

LUCINDE

Ah! j'en voy plus que je n'en veux voir. On veut chasser Moncade de mon cœur. On prend des moyens pour le faire qui ne réussiront pas.

MARTON

Pour cela, Madame, on a tort. Pour moy, je suis à présent de son costé. Il vous dit qu'il vous aime : pourquoy ne pas le croire? On le soupçonne mal-à-propos. On dit qu'il vous trompe; toute la terre le croit; qu'importe?

Vous estes la partie intéressée, une fois: il vous fait entendre ce qui luy plaist : cela suffit. A-t-il à rendre compte de ses actions à d'autres?

Ll'CINDE.

Mon Dieu, Marton, j'entens ce langage-là. Mais sur-tout, soyez persuadée que je ne suis pas dupe et que j'aurois des yeux comme un autre, dans une affaire qui ne regarde que moy.

MARTON

Moy, Madame, je vous parle sérieusement. Ce garçon-là vous aime terriblement.

MONCADE entrant.

Tenez, Madame, voilà...

LUCINDE

Que tenez-vous là? Que voulez-vous faire de ce billet ?

Je venois vous l'apporter, Madame.

LUCINDE

Que je le voye.

MONCADE

Il faut, s'il vous plaist, que je vous dise auparavant les raisons qui me l'ont fait escrire.

LUCINDE

Je vous escoute.

MONCADE

Il faut que vous m'aidiez, s'il vous plaist, dans cette affaire.

LUCINDE

Dites donc viste.

MONCADE

Madame, je n'ay pu souffrir plus long-tems

tous les discours méprisans qu'on tient de vous et de moy dans le monde. Je sçay que Leonor ne s'y espargne pas; j'ay résoleu de les faire finir; et je n'ay trouvé d'autres moyens pour y réussir que de feindre d'avoir de l'amour pour elle.

LUCINDE

Comment?

Escoutez, Madame ; voicy bien le meilleur. Dès la première entreveuë, j'ay si bien avancé

mes affaires, que nous en sommes veneus aux conditions.

LUCINDE

Que dites- vous ?

MONCADE

Escoûtez le reste, je vous prie. Elle a exigé de moy une promesse que je n'aimerois jamais qu'elle, et m'a mesme engagé d'y" mettre que je ne vous avois jamais aimée.

LUCINDE

Vous avez pu l'escrire ?

MONCADE

Pardonnez-le moy; tout m'a pareu permis pour vous venger.

LUCINDE

Et qui m'asseurera que cette feinte ne cache point une vérité ?

MONCADE

Tout, Madame, et sur-tout le soin que j'ay pris de ne luy point remettre ce papier entre les mains sans vous l'avoir monstre.

LUCINDE

Ah ! Moncade, je ne pourray jamais m'accoustumer à cette feinte.

Ah ! Madame, je vous prie, que j'aye une lettre de Leonor entre mes mains pour la faire taire; jusques-là...

LUCINDE

Monstrez-moy ce papier.

MONCADE

Madame, j'entens Leonor; contraignez-vous, je vous prie.

LUCINDE

J'auray bien de la peine.

MONCADE

Il le faut.

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