Vespucci, p
Herrera, Decad. 1, p. 13.
L'auteur du Nouveau monde et navigations faites par Amène de Vespuce (Paris, 1516), dit naïvement, en son vieux français, feuillet CVIII : De ceste chouse soyez asseurez parequil a esté veu, le père avait mengé ses enfans et ses femmes, et iay congneu ung homme auquel iay parlé, lequel se diuulguet avait mangie plus de troys cens corps humains,
2. Les Guarayos ne paraissent pas avoir jamais été anthropophages, et beaucoup d'autres tribus du Brésil sont clans le même cas.
il. 20
faire des êtres pusillanimes1, leurs longues migrations, leurs conquêtes, leurs guerres contre les Espagnols, prouvent qu'ils ont, au contraire, du courage2, et surtout beaucoup de résignation.
Les mœurs des Guaranis sont presque identiques clans toutes leurs sections. Divisés par petites tribus, par familles, ils se fixent toujours au bord d'une rivière, d'un lac, à la lisière d'un bois, soit près des plaines, soit au sein des forêts : ordinairement ils sont sédentaires, agriculteurs3 et chasseurs en même temps; manière de vivre qui leur donnait une grande prépondérance sur les autres peuples simplement chasseurs. Les Guarayos se construisent de grandes cabanes
1. Azara, Voy. dans VÀmèr. mèr., t. II, p. 64 : « Toutes « les autres nations leur inspirent une terreur panique; « jamais ils ne leur font la guerre : je doute que dix ou douze « Guaranis réunis osassent tenir tête à un seul Indien des « autres nations. »
2. Temerarias na guerra (téméraires à la guerre), Pero Magalhanes de Gandavo, Historia da prouincia de Santa- Cruz, Lisbonne, 1576, p. 33 et 37. II en était de même avix Antilles. Voyez Vida de Colon, Barcia , cap. 47 , 48.
3. Les Caribes des Antilles étaient agriculteurs. Voyez Oviedo, Historia, 1547, lib. V, cap. IV; Herrera, Decad. I, lib. XIV.
Les Guaranis du Paraguay l'étaient aussi du temps de la conquête; voyez Comentario de Alvar Nuiîez Cabe.za de Vaca, 1541 ; Barcia, Historiadores primitwos de Indias, p. 5 ; ainsi que les Brésiliens, Pero Magalhanes Gandavo, 1576, p. 36.
souvent octogones1, avec une porte à chaque extrémité. Assez spacieuses pour contenir toute la famille2, ce n'est que lorsqu'elles deviennent trop petites que les enfans les abandonnent, afin de s'en construire une particulière. Ils se marient jeunes. Le prétendu, dès qu'il a fait ses preuves d'aptitude à la chasse ou à la guerre, se présente aux parens, qui l'admettent après quelques formalités, à la condition qu'il fera des présens. Tous usent de la polygamie3, prenant
1. C'est la maison que décrit et figure Oviedo, Historia gênerai de las Indias , lib. VI, cap, I, fol. LVIIl, comme étant celle des habitans primitifs de l'île d'Haïti, aux Antilles.
2. Les maisons étaient aussi spacieuses aux Antilles. Voyez Herrera , Decad. I , p. 24 (1492); premier voyage de Colon et Ovieclo.
Celles de la terre ferme étaient semblables. Voyez Herrera , Dec. IV, cap. I, p. 198; Voyage oVAmèric Vespuce (1499).
Il en était de même à la Guyane. Wilson's Account of Guyana; Purch. pilgr., vol. IV, p. 1263 et 1291; Barrère, Nouv. relat. de la Fiance équin., p. 146 et 147.
Au Brésil c'était la même chose, Lettre de vas de Caminha, voy. de Cabrai (1500); Art de vérifier les dates, t. XIII, p. 451 ; Pigafetta, Voy. de Magellan (1519), édil. franc., p. 16; Pero de Magalhanes (1576), p. 33.
3. Cette coutume était générale aux Antilles (Oviedo, Coronica de las Indias, lib. V, cap. III, fol. XLVIII) : les chefs avaient jusqu'à trente femmes, ainsi qu'au Brésil (Pero Magalhanes, p. 34) et au Paraguay.
Padre Montoya , Conquista espiritual en las provincias del Paraguay y etc. , fol. 13.
une seconde femme quand la première esl âgée; mais ils conservent toujours celle-ci comme la plus digne d'être respectée. C'est même ce désir d'avoir plusieurs femmes, grand honneur chez les Guaranis, qui les stimulait dans leurs invasions, dans leurs migrations guerrières, les prisonnières leur servant de concubines. C'est à tort qu'Azara les regarde comme tenant peu à la fidélité conjugale1; dans l'état primitif ils sont, au contraire, fort jaloux, et punissent de mort l'adultère.2 Autant une jeune fille est libre de ses actions, autant, une fois mariée, elle est soumise à son mari; mais, chose singulière, il y a rarement entre les femmes une querelle sur la préférence que leur accorde le chef de la maison. C'est sur elles que retombe tout le travail intérieur; les hommes abattent les arbres pour faire un champ, tandis que leurs compagnes sèment, récoltent, transportent les produits à la maison et préparent des boissons fermentées pour les visiteurs; car les Guaranis sont constamment les uns chez les autres, surtout les Chiriguanos, et chaque visite commence
1. Voy. dans l'Amer* mér. , t. II, p. 60 : « Ils ignorent la jalousie." C'était encore une suite du système de l'auteur. D'ailleurs il dit lui-même (p. 56) qu'il ne les a jamais vus que dans les missions , où ils ont changé leurs coutumes primitives.
2. Voyez ce que nous avons dit des Guarayos. Pigafetta, Voy. de Magellan, p. 20, en 1519, trouva la
même coutume chez les Guaranis des environs de Rio de Janeiro.
par des pleurs, en mémoire des parens morts1, puis amène des fêles où les hommes boivent, et quelquefois dansent; mais toujours avec gravité. A la naissance d'un enfant, chez les Chiriguanos, c'est le père qu'on soigne2, tandis que la nouvelle accouchée ne suspend pas un seul instant ses travaux. L'enfant est élevé par ses parens avec la plus tendre sollicitude. Si c'est un garçon, le père lui enseigne le maniement des armes; si c'est une fille, la mère se charge de son éducation. A l'instant de la nubilité, la jeune fille doit subir quelques épreuves, souvent très-pénibles3; d'autres
1. Montoya, Conquista espiritual en las provincias del Paraguay*, etc. , fol. 13.
2. Le padre Guevarra (p. 17) dit, pour les Guaranis du Paraguay : Luego que paria la muger, el hombre ayunaba rigurasamente quinze dias, sin salir. (Aussitôt que la femme accouchait, le mari jeûnait rigoureusement pendant quinze jours, sans sortir.)
Montoya, Conquista espiritual, etc., 1639, fol. 13, dit la même chose.
3. Montoya, Conq. espirit., etc., fol.\4, parle d'un jeûne et des cheveux coupés à celte occasion.
Padre Guevarra, Historia del Paraguay, écrite en 1770, imprimée à Buenos- Ayres , p. 16 : Cosian las en una hamaca, dejando una pequena abertura liacia la boca para respirar, y en esta postura, las tenian dos o très dias envueltas, y las obligaban a rigidisimo ayuno. (On les cousait dans un hamac , laissant une petite ouverture vis-à-vis de la bouche pour respirer; el dans celte posture on les lenait deux ou trois jours enveloppées, en les obligeant au jeûne le plus rigoureux.)
ibis on se contente de lui imprimer des stigmates sur la poitrine et de la tatouer sur les bras : c'est une nouvelle occasion de réjouissances. À la mort d'un homme, on le pare de ses vêtemens, de ses peintures de fête; il est enterré dans un vase de terre 1 ou dans une fosse garnie de clayonnage2, au milieu même de sa maison3, où, pendant long-temps, avant le lever du soleil, la famille entière qui l'habite néanmoins, pleure, sanglote, en se rappelant ses vertus.
Tous les Guaranis étaient cultivateurs par nécessité et chasseurs par goût: leur champ de culture, situé au sein des bois , leur fournissait abondamment de quoi se nourrir et de quoi faire des boissons fermentées. Sur le sol le plus fécond du monde, le travail en commun d'une famille pendant quelques jours procurait des vivres pour l'année; le reste du temps était employé à la chasse à l'arc et à la flèche, exercice dans lequel ils excellaient; en fêtes, en danses mono-
1. Cet usage des Chiriguanos se retrouve sur les bords de l'Orénoque (Humboldt, Voyage, in-8.°, t. VIII, p. 264) et chez les Coroados du Brésil {Art de vérifier les dates, t. XIII, p. 214), et au Paraguay, voy. Montoya (1639), Conquista espiritual, etc., fol. 14.
2. Cette coutume, que nous avons rencontrée chez les Guarayos , a été remarquée par M. de Humboldt à la Guyane espagnole, t. VIII, p. 274.
3. On retrouve le même usage chez les habitans primitifs d'Haïti. Oviedo , Hist. gen. de las lndias, 1547, lib. V, cap. IV, fol. XLVI1I.
loues el toujours sérieuses. Vivaient -ils loin des fleuves, loin de la mer? à cela se bornaient leurs occupations. Habitaient-ils au contraire près des eaux? alors, aussi habiles pêcheurs que chasseurs adroits, ils se construisaient des pirogues d'un seul tronc d'arbre creusé d'abord avec des haches de pierre et du feu , puis avec le fer que leur apportèrent les Européens; navigateurs intrépides, ils suivaient le littoral de la mer et devenaient pêcheurs à l'arc ou péchaient en écrasant dans l'eau une racine, dont le suc étourdissait momentanément le poisson et leur permettait de s'en emparer1, ou bien ils remontaient et descendaient les fleuves de leur voisinage; c'est même, comme nous l'avons vu , ces routes qu'ils suivirent dans leurs migrations guerrières. Indépendamment de leurs armes, consistant en un arc de quatre à cinq pieds, en flèches, en un casse-tête arrondi ou tranchant2, fait de bois de palmier, leur industrie se bornait à la construction de leurs cabanes, de leurs pirogues, au tissage de leur hamac5 (dont toutes les tribus se servaient pour se
1. Ce genre de pêche que nous avons vu exécuter se faisait aussi à la Guyane et au Brésil. Piso, lib. IF, cap. LXXXVIIl; Bancroft, Nat. hist. of Guyaiia, p. 106.
2. Ces armes étaient aussi celles des naturels des Antilles. Herrera, Dec. II, p. 35, 1493; premier voyage de Colon: Con arcos, y fléchas, y espada de madera, de palma durisima.
3. La même coutume existait a l'Ile d'Haïti en 1547 (voyez Oviedo, Historia gênerai de Indias , lib. V, cap. II,
coucher), et à celui du costume des femmes1. Ils s'occupaient beaucoup de leurs ornemens de plumes artistement tissées, de colliers, de bracelets de diverses formes. Leurs meubles se bornaient à des bancs pour s'asseoir. La fabrication des vases de terre propres à contenir les boissons ou à placer les morts, était l'affaire des femmes, qui, bien qu'elles ne connussent pas le tour du potier, excellaient dans ce genre d'industrie. Les mêmes coutumes, la même industrie existent encore aujourd'hui chez les Guaranis non civilisés.
Le costume était à peu près uniforme : à l'état primitif, les hommes allaient nus2, ou se couvraient, seulement en voyage, les parties sexuelles; coutume
fol. XLVII), et au Brésil, Pero Magalhanes Gandavo, 1576, p. 36.
1. Aux Antilles Christophe Colon rencontra des tissus chez les habitans. Vida de Colon; Barcia, Historiadores primitwos , cap. XXIV, p. 22.
2. Les Brésiliens vus par Cabrai en 1500, Lettre de vas Caminha, Art de vérifier les dates, t. XIII, p. 443, étaient absolument semblables aux Guarayos. Pero de Magalhanes, 1576, p. 36, dit la même chose, ainsi que Pigafetta, en 1519, édit. franc., p. 16, qui trouva les Brésiliens entièrement nus.
Oviedo, Hist. de las Ind., 1547, lib. V, cap. III, fol. XLVIH, rencontre les habitans d'Haïti également nus, et il le répète dans la lettre à Charles V. Barcia , Hist. primit. de lnd., cap. III, p. 6; Historia de Fernando Colon, p. 20; Barcia, Histor. primit.; Jean de Lery, Paris, 1578, p. 108.
encore en usage chez les Guarayos, et tenant sans doute à leurs croyances religieuses. Les femmes sont également nues, sauf une pièce de tissu qui leur couvre quelquefois des hanches à l'origine des cuisses1, ou même moins. Les Sirionos des deux sexes n'usent d'aucun vêtement. Qu'on ne croie pourtant pas que ces peuples n'aient affecté un certain luxe, même dans ce costume de la nature. Ils se couvraient le corps de peintures noires, rouges, jaunes, y mettant autant de recherche2 que les dames de nos cités peuvent en apporter à leur brillante toilette. C'était la moitié du corps d'une couleur; des lignes longitudinales, transversales, des compartimens; mais toujours des lignes droites, et jamais de dessins qui représentassent des êtres naturels. Quelques tribus portaient et portent
1. C'était le costume des femmes de l'île Fernandina, vues en 1492 par Colon. Herrera, Dec. I, p. 22 : Las mugeres cubrian las partes sécrétas con una faldeta de algodon desde el ombligo, hasta média muslo.
2. Les Brésiliens se peignaient. Lettre de Pedro vas de Caminha, 1500, drt de vérifier les dates, t. XIII, p. 449.
Pigafetta, Voy. de Magellan, en 1519, p. 18. Il est curieux de remarquer le rapport des usages avec les migrations. M. de Humboldt, Voy\, t. VI, p. 322, dit que ce sont les Caribes qui ont apporté, chez les peuples de l'Orénoque, l'usage de se peindre; ce qui est parfaitement en rapport avec les faits que nous avons cités sur les migrations.
Les Guaranis du Paraguay se peignaient aussi au temps de la conquête. Padre Guevarra, p. 12.
encore des bracelets, des jarretières dessinant leurs formes; des colliers, des boucles d'oreilles plus ou moins grosses; dans les fêtes, comme chez les Guarayos1, ils s'ornent la tète des plumes brillantes des oiseaux de leurs forets, artislement tressées. Les uns ne coupaient jamais leurs cheveux; les autres, au contraire, se les coupaient carrément par devant, ou même se les enlevaient entièrement de certaines parties2. Le tatouage était connu, mais le plus souvent réservé comme signe de nubilité chez les femmes. Les hommes , pour montrer leur courage ou pour se rendre plus horribles à la guerre, se trouaient la lèvre inférieure pour y placer une pierre ou un os; coutume que nous avons encore retrouvée chez les Chiriguanos^. D'autres tribus plus guerrières se mutilaient
1. C'était également la coutume des premiers liabitans du Paraguay, à ce que nous apprend Montoya, Conquista espiritual ciel Paraguay, 1639,/tf/. 16.
2. Azara, Voy. clans l'Amer, mér., t. II, p. 62, et les historiens du Brésil.
3. C'était la coutume des Caribes des Antilles, en 1492, lors du premier voyage de Colon; Herrera, Dec. I, p. 23. Voyez Vespuce (Lettera al confalon. Soderini) , Ramusio, t. I, p. 131. Les Brésiliens avaient la même coutume. Voyage de Pedro Alvarez Cabrai en 1500, Lettre de Pedro vas de Caminha, Art de vérifier les dates, t. XIII, p. 449; Pero Magalhanes Gandavo , p. 34.
Les anciens Guaranis du Paraguay avaient aussi celte coutume en 1535. Voyez Sclmiidel, p. 15.
toute la figure, afin d'y placer trois ou cinq ornemens de ce genre l, les uns aux côtés de la bouche, les autres aux côtés du nez, indépendamment des trous qu'elles se faisaient aux oreilles, aujourd'hui les Guarayos ont encore le costume primitif; mais, lorsqu'ils visitent les missionnaires, les hommes se couvrent de tuniques d'écorce. Les Chiriguanos sont vêtus comme les colons montagnards, quoiqu'ils aient toujours la lèvre percée; et les Guarayos se passent encore des ornemens dans la cloison du nez. 2
Cette nation , que nous avons vue couvrir une partie du continent méridional du nouveau monde; cette nation, à laquelle le nombre des individus qui la composent, et l'immense étendue superficielle du terrain qu'elle occupe , doivent assigner le premier rang parmi celles de l'Amérique, la nation guaranie, le croira-t-on? n'avait cependant aucun corps politique, aucune importance comme peuple; on peut
1. Cette coutume était répandue chez les Brésiliens vus par Magellan, en 1519, Pigafetta, p. 19; chez les Guaranis du Parana , Argentina de Rui Diaz de Guzman , p. 10. Ulderico Schmidel, p. 11 , dit l'avoir trouvée en 1535 chez les Tembucs de San-Pedro.
Elle existait aussi à la côte ferme. Voy. Herrera, Dec. IV, p. 98, Voyage d'Améric Vespuce en 1499.
2. Coutume également en usage chez les Caraïbes des Antilles. Du ter Ire, Histoire générale des Antilles, t. H, p. 276, dit qu'ils s'y passaient les longues plumes de la queue des phaélons, Phaeton œthereus, Linn.
dire même qu'elle n'avait point de gouvernement : car, divisés et subdivisés en milliers de tribus distinctes, tour à tour amies et ennemies , selon les caprices de ces petits chefs de canton, maîtres absolus chez eux, ou même par suite d'un outrage personnel fait au représentant d'une nombreuse famille, les Guaranis ne pouvaient se réunir lorsqu'ils étaient menacés d'une guerre commune , ou de l'invasion des conquérans espagnols et portugais; aussi leur défaut d'ensemble les porta-t-il à se soumettre, dès le premier moment, à des hommes qui leur étaient si supérieurs , et dont l'union faisait surtout la force. Au Paraguay et dans tout le sud du territoire occupé par la nation, les Guaranis étaient on ne peut plus divisés1; et aucun chef, lors de la conquête, n'avait sous ses ordres une grande circonscription. On s'étonne même que quatre mille Chiriguanos aient pu se réunir pour gagner le pied des Andes : il fallait probablement le passage de Garcias
1. Voyez Padre Guevarra, Historia del Paraguay, p. 9 : Mas facil séria multiplicar a millares los reyezuelos , que los subditos de cada uno.
Il en était de même au Brésil.
Esta gente nam te entre si nhun rey ne outro gêner o de justiça, senâ hû principal en cada aldea. (Ces gens n'ont ni roi , ni souverain ; cependant il y a un chef dans chaque village.) Pero de Magalhanes de Gandavo, Hisl. da S. Cruz, Lisboa , 1576, p. 34; trad. franc, de M. Ternaux, p. 111.
Oviedo, Hist. gen. de Indias, en dit autant des habitans d'Haïti.
pour déterminer cette réunion; mais il n'en est pas ainsi au nord du Brésil, où les Tapuyas1, les Tapis-, les Caraïbes purent former un corps assez considérable pour subjuguer toutes les autres nations qui se trouvèrent sur leur passage, et arriver aux Antilles en traversant un pays habité.
Les chefs sont héréditaires3, n'ayant, néanmoins, en temps de paix, que le droit de conseiller et celui de diriger l'attaque en temps de guerre, habillés du reste comme tous les autres Indiens. S'agit-il d'une expédi-
1. Art de vérifier les dates, t. XIII, p. 169; Diario da viagem, Roteiro giral, etc.
2. C'est la nation vue par Cabrai, Lettre de vas de Caminha, Art de vérifier les dates, t. XIII, p. 451.
Damien de Goes, Croît., ch. LVI, p. 1 ; Corografia brasilia, II, p. 57, etc.
Padre Guevarra, Historia del Paraguay, etc., 1770; imprimé en 1836 à Buenos-Avres , p. 6.
3. Monloya (1639), Conquista espiritual en las provincias del Paraguay, Parana, etc., fol. 12, dit qu'il en était ainsi au Paraguay. Padre Guevarra, p. 11.
Les mêmes coutumes étaient communes aux chefs des habitans des Antilles. Voyez Oviedo, loc. cit., 1547, lîb. V, cap. IV,fol.XLlX.
Aussi à Cuba, Herrera, Dec. I, lib. I, cap. XVI, et lib. III, cap. XLIV, p. 88.
Vida de Colon, p. 32.
Magalbanes de Gandavo, p. 34, en dit autant des Brésiliens.
tion? Les chefs subalternes se réunissent, discutent la question pendant la nuit ' ; et le lendemain , après avoir pris préalablement un bain et s'être peints de nouveau, ils décident l'expédition à la pluralité des voix, désignant en même temps celui qui la conduira, et auquel tous les autres devront obéir. C'est alors surtout que les guerriers se défigurent pour faire peur à l'ennemi. Plusieurs auteurs systématiques2 ont voulu prouver que les Guaranis n'avaient aucune croyance religieuse. Il eût fallu pour cela qu'ils ne fussent pas hommes; car nous avons rencontré une foi quelconque, ou tout au moins des coutumes qui en décèlent une, chez tous les Américains que nous avons été à portée d'observer. Pour se convaincre du fait, il ne s'agit que de lire les premiers historiens. La religion des Guaranis était simple comme leurs mœurs, et aussi douce que le caractère de quelques-unes de leurs tribus, si, comme nous en sommes persuadé, et comme nous pouvons même le prouver, elle était, sauf quelques modifica-
1. Il en était de même chez les anciens Guaranis. Montoya, Conquista espiritual en las prov. del Paraguay, etc., fol. 16.
2. Azara, Voy. dans Y Amer, mèrid., t. Il, p. 60 : « Ils « ne reconnaissent ni divinité, ni récompenses, ni lois, ni « cliâtimens. M C'est, du reste, ce qu'il dit de toutes les nations qu'il décrit, tout en prouvant le contraire de sa thèse par les faits mêmes qu'il allègue pour l'appuyer.
M. d'Angelis , Table de la Argentina de Rui Diaz de Guzman, p. 4 1 , parle dans le même sens, sans doute d'après Azara.
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lions, presque identique sur tout l'immense territoire occupé par la nation , et semblable à celle desGuarayos actuels. La religion, pour ces derniers, se réduit à révérer et non à craindre un être bienfaisant , le Tamoï, le grand -père ou le vieux du ciel1. Ce dieu, leur premier ancêtre, après avoir vécu parmi eux, leur avoir enseigné l'agriculture , s'éleva vers le ciel , à l'orient, et disparut , en leur promettant de les secourir sur la terre, et de les transporter, du baut d'un arbre consacré, dans une autre vie, où ils auraient abondance de ebasse et se retrouveraient tous. C'est comme souvenir que les Guarayos, assis en rond dans un temple octogone2, frappent la terre avec des bambous, en chantant, des hymnes3, dans lesquelles ils
1. Les Caribes des Antilles le connaissaient sous le nom de Tamou-caila {Dictionnaire caraïbe du père Raimond Breton, Auxerre, 1665, p. 450), ou d'Itamoulou ( Rochcfort , Histoire naturelle des Antilles , Rotterdam, 1665, p. 573), et l'appelaient dieu, ancien, grand-père ou le vieux du ciel. Peut-on trouver une identité plus complète de nom et d'application ?
On le connaissait aussi au Brésil , où il donna son nom aux Tamoyos. Notes on Rio Janeiro , by J. Luccock , cli. X , London, 1820.
2. Le même temple était en usage chez les habitans d'Haïti , au temps de la conquête. Voyez Oviedo , Coronica gênerai de las Indias (1547), lib. V, cap. IV, fol. 4.
3. Cette coutume se retrouvait dans les évocations des habitans primitifs de l'île d'Haïti. Voyez Oviedo, Coronica gênerai de las Indias, lib. V, fol. 45.
engagent la nature entière à se revêtir de sa parure pour les aider à manifester l'amour qu'ils portent au Tamoï, auquel ils demandent de la pluie dans les sécheresses l et abondance de récoltes dans la disette. Ainsi, non-seulement les Guaranis ont une religion, puisqu'ils révèrent leur premier père, mais encore ils admettent, ainsi que tous les hommes, la croyance consolante d'une autre vie. C'est afin d'y paraître dignement que les morts sont parés de tous leurs ornemens, qu'on les peint comme pour un jour de fête, que toutes leurs armes les accompagnent, et qu'on leur tourne la face vers l'orient, où ils doivent aller. Les Guaranis avaient de plus beaucoup de superstitions; leurs Payés (sorciers et médecins tout à la fois) exerçaient sur eux, particulièrement lorsqu'ils étaient malades, une puissante influence par leurs jongleries2. C'est aussi par suite de leur superstition que la nubilité de leurs jeunes filles, que la grossesse de
1. Un fait identique existait aussi aux Antilles. Oviedo, toc. cit., lib. V, cap. IV, fol. 50. Les cérémonies des peuples décrits par l'auteur espagnol sont presque toutes semblables à celles que pratiquent aujourd'hui les Guarayos de l'intérieur de la Bolivia ; fait on ne peut plus curieux et qui vient appuyer l'identité de nation.
2. Montoya, Conquista espiritual del Paraguay (1639), fol. 14, dit qu'ils guérissaient les malades au moyen de succions.
Padre Guevarra , Historia del Paraguay, p. 27, 28, dit la même chose.
leurs femmes étaient marquées par des jeûnes; que les hommes jeûnaient à l'accouchement de leurs femmes, et qu'ils ne chassaient pas les bêtes féroces pendant leur grossesse. 1
En résumé, après avoir démontré que le nom de Caribe (Caraïbe) n'est qu'une corruption du mot Guarani (guerre, guerrier); après avoir cherché à prouver, par la comparaison des langues, que les Guaranis ont poussé leurs migrations jusque sur les rives de l'Orénoque et sur presque toutes les Antilles; après avoir signalé le mode de leurs migrations, les motifs qui les ont déterminées, et les traditions qui s'y rattachent, nous avons constaté une identité parfaite entre les Guaranis, les peuples brésiliens, les Caribes des Antilles, sous le rapport de leurs caractères physiques, de leur taille2, de leurs formes, de leurs traits. Passant ensuite aux rapports moraux, nous avons retrouvé cette même identité des Guaranis et des Caribes dans leur caractère, dans leurs lois, dans leurs coutumes privées, dans leurs usages, dans leurs mœurs, dans leur industrie, dans leur costume, dans leurs ornemens, dans leurs parures, dans leur gouvernement, dans l'hérédité de leurs chefs et dans leurs principes religieux. Si donc la comparaison faite et