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de maïs. On comprend qu'une manière detre aussi peu fatigante, ne les dispose pas à s'astreindre au christianisme, et qu'ils préfèrent leur liberté, leur abondance à la contrainte d'un travail forcé.
Ils se marient jeunes , les chefs seuls usant de la polygamie; et une fois mariées, les femmes sont obligées à une conduite exemplaire, tout en obtenant de leurs maris des égards, qui ne vont jamais, néanmoins, jusqu'à les soulager du poids des travaux du ménage et des récoltes. Ils aiment les plaisirs, la danse, la société.
Là chasse n'est pour eux qu'un délassement, ou un reste de leurs coutumes primitives. Naturellement peu belliqueux, ils n'attaquent pas; mais leur nation, toujours unie, a montré chaque fois qu'on l'y a for-? cée, qu'elle pouvait vaincre successivement les Incas, les Espagnols et les peuples voisins.
Leur mariage n'est qu'une convention, souvent accompagnée de quelques cérémonies superstitieuses. Chez eux a lieu (comme on nous l'a garanti dans le pays, car nous ne l'avons pas vu) la singulière coutume en vertu de laquelle une femme, immédiatement après son accouchement, vaque à ses travaux comme d'ordinaire , tandis que son mari se met à la diète pendant plusieurs jours , couché dans son hamac, où, soigneusement garanti du contact de l'air extérieur, il devient l'objet de la plus tendre sollicitude.
A la mort de l'un d'eux, on reploie ses membres,
on place le corps dans un grand vase de terre1 avec tout ce qui lui a appartenu, on l'enterre dans sa propre maison; et pendant long-temps toute la famille, avant le lever du soleil , pousse des gémissemens sur sa mort et rappelle ses actions avec douleur. Ceux d'entr'eux qui reconnaissent les lois du christianisme, sont en tout dévoués à leur nouvel état et asservis au système général des missions.
Leur industrie se bornait anciennement à ce qui avait rapport à la chasse Ou à l'agriculture ; ils ont pris aujourd'hui des Espagnols qui les entourent une partie de leurs habitudes de travail. Leurs maisons sont solides ; leurs meubles tiennent le milieu entre l'état sauvage et la demi -civilisation des campagnes. Les femmes filent, tissent et font des vases à contenir les boissons. Les Chiriguanos élèvent des bestiaux , surtout des chevaux, qu'ils montent bien, avec un simple bât de jonc; ils savent tanner les cuirs des animaux qu'ils tuent à la chasse.
Leur costume est des plus simple : les deux sexes portent une pièce qui leur cache seulement le bas du corps; les hommes se couvrent, à cheval, d'un vêtement de cuir tanné , qui ressemble à celui des campagnards bretons. Les deux sexes aussi se peignent le corps et la figure de rouge et de noir, tandis qu'à
1. M. de Humboldt a trouvé ces mêmes vases sur les bords de FOrénoque {Voy., t. VIII, p. 2G4); ce qui annonce des coutumes semblables.
l'homme seul esl réservé l'honneur de se (aire une ouverture à la lèvre inférieure, afin d'y passer la barbote , qui consiste en un bouton de plomb ou d'étain , de la grosseur d'une pièce de deux francs; lui seul encore peut s'orner la tête des plumes brillantes des oiseaux de son pays.
Leur gouvernement est celui de caciques ou de chefs de famille, chefs de village, chefs de contrées; mais, quoique ceux-ci aient, en tout temps , le droit de réprimande, ils n'exercent leur pouvoir qu'à la guerre, et sont néanmoins toujours respectés; leur autorité est héréditaire. S'agit-il d'une insulte à la nation? Les chefs se réunissent de nuit, commencent par un concert de flûtes, dansent ensuite, puis se consultent et agitent la question. A la pointe du jour, ils vont se baigner (leur grand moyen pour se former le jugement) , se peignent la figure, s'ornent de plumes, déjeûnent et décident après ce qu'ils feront , à la majorité des voix.
Leur religion paraît simple. Ils révèrent leurs ancêtres; et, autant qu'il nous a été permis d'en juger (car ils sont très-réservés sous ce rapport), ils n'ont réellement aucun culte ostensible; ils se souviennent de leur premier père, auquel ils adressent quelquefois des demandes ; croient à une autre vie , où ils seront toujours en fêtes; aussi, pour s'y présenter dignement, enterrent-ils avec eux tout ce qu'ils ont de plus précieux. Ceux qui ont adopté le christianisme ne sont pas plus dévots que ceux qui sont
restés sauvages; ils n'ont réellement aucun véritable culte, ou demeurent fort indifférens à celui qu'ils pratiquent.
TRIBU DES SIRIONOS.
Moins nombreuse que celle des Guarayos, celle tribu vit au sein de forêts plus sombres encore, qui séparent le Rio Grande du Rio Piray, entre Sanla-Cruz de la Sierra et la province de Moxos, du 17.e au 18.e degré de latitude sud et à peu près par 68 degrés de longitude ouest de Paris. Les Sirionos occupent une très-grande surface de terrain, quoique, d'après plusieurs captifs de cette tribu que nous avons vus à la mission de Ribosi, près de Sanla-Cruz , leur nombre s'élève à peine à 1,000 individus.
Aucun historien n'en a parlé ; leur nom figure seulement sur quelques anciennes cartes des Jésuites; et, suivant les renseignemens que nous avons obtenus dans le pays, les Sirionos, ayant toujours, depuis la conquête, habité les mêmes forêts, sont peut-être les restes de ces anciens Chiriguanos, combattus vers le quinzième siècle par l'ïnca Yupanqui ], et plus tard, obligés de fuir les Guaranis venus du Paraguay au
1. Voyez Garcilaso de la Vega , Comentavio real de los lncas, p. 244 et 22G.
commencement du seizième siècle', lesquels prirent leur place, et, selon les historiens2, les anéantirent alors. Quoi qu'il en soit, on doit supposer que, bien antérieurement aux Chiriguanos , les Sirionos sont aussi venus du sud-est, et ont poussé leurs migrations jusqu'à ces contrées lointaines du berceau de la nation guaranie.
Vivant sous les mêmes conditions que les Guarayos , ils en ont, à peu de chose près, la teinte pâle, la taille et les belles proportions, si nous en pouvons juger par le peu d'individus que nous avons vus. Leurs traits sont aussi les mêmes pour l'ensemble; mais avec un air sauvage , craintif et une expression de froideur qu'on ne rencontre jamais chez les Guarayos. Ils ont l'habitude de s'épiler, en sorte que nous ne saurions dire s'ils auraient la barbe aussi fournie que ces derniers.
Leur langage , comme nous nous en sommes assuré , est le guarani corrompu, mais pas assez, néanmoins, pour qu'ils ne puissent s'entendre parfaitement avec
1. Padre Fernandez , 1726, Relation historial de los Chiquitos, p. 4.
Padre Lozano , Historia del Paraguay, cap. II, lib. IL Lozano, Historia del gran Cliaco , p. 57.
2. Lozano, loc. cit., p. 57, dit qu'ils mangèrent plus de 150,000 Indiens, chiffre sans aucun doute exagéré, comme beaucoup des allégations de cet auteur; Rui Diaz deGuzman dit 100,000.
les Chiriguanos. Quant à leur caractère , il diffère essentiellement de celui des Guarayos; ils sont si sauvages et tiennent si fort à leur indépendance primitive, qu'ils n'ont jamais voulu avoir de communications avec les Chrétiens. On n'a pu s'en approcher que les armes à la main. Autant les premiers sont doux et affables, autant ceux-ci sont peu communicatifs. Ils vivent par familles éparses et errantes au sein des forêts les plus impénétrables, se livrant seulement à l'exercice de la chasse. Ils ne se construisent que des huttes formées de branchages , et ne connaissent aucune des commodités de la vie; tout annonce chez eux l'état sauvage le plus complet. Ils n'ont d'autre industrie que la confection de leurs armes, qui consistent en arcs de huit pieds de long et en flèches de même longueur, dont ils se servent le plus souvent assis , s'aidant du pied et des mains pour les lancer avec plus de force; aussi ne doiventils chasser que le gros gibier. Les deux sexes vont entièrement nus, sans se charger en rien de vêtemens, ni même de peintures, et sans porter aucun ornement.
Dans leurs courses journalières, ils ne font aucun usage de pirogues; s'ils ont une rivière à passer, ils coupent des lianes, les attachent à terre à un arbre ou à des pieux, qu'ils placent à cet effet, les enroulant autour des troncs d'arbres arrêtés par les courans au sein des eaux, et formant ainsi une espèce de pont , auquel les femmes s'accrochent pour passer
avec leurs familles1. Chaque fois qu'ils en trouvent l'occasion , ils attaquent les pirogues de Moxos qui remontent à Santa-Cruz, et tuent les rameurs, pour s'emparer des haches ou autres instrumens dont ceux-ci sont munis. C'est, du reste, tout ce que nous avons appris sur cette tribu , sans doute la plus sauvage de la nation.
TRIBU DES TUPYS.
Azara2 décrit sous ce nom une nation qu'il considère comme différente des Guaranis. Elle habite à l'est de la province des Missions sur les rives de l'Uruguay, vers le 27. e degré de latitude sud. D'après les renseignemens que nous avons obtenus aux missions et de quelques Brésiliens de San-Paulo , ce ne serait pas une nation distincte, mais bien une simple tribu de chasseurs et d'agriculteurs, qui auraient conservé l'habitude de vivre aur sein des forêts. D'ailleurs, le nom seul de Tupys est celui d'une des grandes sections des Guaranis primitifs3, et sans doute le même que celui des Tapés des missions espagnoles.
1. Voyez notre Voy. dans VAmèr. mèrid. , partie historique, Vues, pi. 19.