PUELCHES
NOMS
MBOCOBIS OU TOBAS.
NOMS
MATACUAYOS.
Joue.
Oreille.
Yeux.
Capenca.
Gutcr.
Jénc.
Yacaléré.
Yatitco.
Yaxyexké,
Equetela.
Yacte.
Noquiotc.
Notelo.
Le caractère des peuples du rameau pampéen forme un contraste frappant avec celui des Chiquitéens : autant le premier est triste, sérieux, froid et réservé, autant le second est gai, ouvert, expansif et enjoué; aussi les uns, fiers, indomptables, ont toujours conservé leur indépendance sauvage; tandis que les autres se sont soumis au christianisme. En un mot, les Pampéens, depuis les régions glacées de la Patagonie jusqu'aux plaines chaudes du grand Cliaeo, étaient et sont encore aujourd'hui les hommes les plus fiers, les plus intraitables guerriers des nations américaines : ils se sont laissé décimer par les Espagnols plutôt que de jamais se soumettre à leurs lois; d'oii vient qu'ils sont aussi libres aujourd'hui qu'ils l'étaient lors de la conquête. On a vu les Charmas, les Payaguas, les Abiponès, les Guaycurus, s'anéantir peu à peu, sans se ranger sous la domination de l'étranger. Tous sont cependant bons pères et bons maris.
Il y a encore, entre les nations de ce rameau , assez d'analogie pour les mœurs : en effet les Patagons , les Puelches , les Charmas sont continuellement vagabonds , errans , et vivent sous des tentes de peaux d'animaux, qu'ils trans-
(21 ) portent partout avec eux; les Mbocobis, les Lenguas, les Abiponès, les Mataguayos, sont aussi ambulans, mais le plus ordinairement ils se fixent sous des cabanes couvertes en paille. Les premiers ne sont que chasseurs et pasteurs; les derniers sont chasseurs, pasteurs et quelquefois agriculteurs. Sauf ces différences , ils ont beaucoup d'analogie de coutumes; car tous habitent des plaines, tous sont chasseurs aussi passionnés que guerriers intrépides, ce qui les force à vivre disséminés par petites tribus, au sein des vastes déserts, et à s'éviter pour ne pas compromettre mutuellement le succès de leur chasse. A la guerre, la surprise est toute leur tactique; ils ont pour armes l'arc, la flèche, la lance, la fronde, les bolas meurtrières et souvent la tranchante massue.
Leur industrie est on ne peut plus bornée : quelques-unes de leurs nations seulement doivent au contact des peuples montagnards l'art du tissage de la laine; encore l'exécutentelles assez grossièrement. Aucune d'elles ne se sert de hamac. Généralement les hommes ne s'occupent que de fabriquer leurs armes, tandis que les femmes confectionnent les vetemens,
font la cuisine, et, lors des changemens de domicile, servent de bêtes de somme, en transportant tout le bagage. Elles sont souvent aussi chargées de ce qui regarde l'agriculture. Parmi ces nations, les Payaguas seuls sont navigateurs, et plus industrieux que les liabitans des Pampas, ceux du Chaco joignent la pêche à la chasse.
Le costume pampéen a quelque chose d'analogue : toutes les nations vont tête nue, les unes relevant ou tressant leurs cheveux; les autres s'en coupant une partie au ras de la tête ; toutes ont la coutume de se peindre la figure de diverses couleurs, de s'arracher les sourcils, les cils , la barbe; et, parmi celles du Chaco , on est étonné de rencontrer le tatouage, si commun parmi la race jaune de J'Océanie; cet usage n'existe que chez les femmes par suite d'une coutume superstitieuse, pratiquée à l'instant de la nubilité. Tous ces peuples s'attachent une pièce d'étoffe ou de peau autour des hanches et se couvrent les épaules d'un manteau de peaux d'animaux, sur lequel, du côté opposé au poil , ils figurent des grecques irrégulières et variées.
On pourrait dire que les nations pampéennes
n'ont aucun gouvernement; car on ne peut regarder comme tel l'autorité momentanée de caciques ou chefs qui, en temps de guerre, conduisent au combat les tribus de chaque nation, et n'ont plus aucun pouvoir, quand ils rentrent dans l'état de paix. Il n'existe, en effet, aucune subordination entre les simples Indiens et leurs chefs , pas plus qu'entre le fils et le père ; la liberté individuelle est illimitée ; et aucun des peuples de ce rameau ne forme un corps de nation. Les chefs ne sont jamais revêtus de fonctions religieuses.
On dirait leurs croyances religieuses calquées les unes sur les autres et d'une origine commune, tant elles ont de rapport entr'elles. Tous redoutent un génie malfaisant, cause du mal, ayant pour interprètes de vieilles femmes qui prétendent guérir les malades par une foule de jongleries superstitieuses, mais surtout par des succions. Ces nations croient à l'immortalité de l'âme; celles qui, comme les Patagons et les Mataguayos, ne brûlent pas ce qui appartient au défunt, enterrent tout avec lui , et tuent sur sa tombe son meilleur cheval , pour qu'il le retrouve dans l'autre vie. L'âge de nubilité, chez les femmes, est marqué par
( 24 ) des cérémonies compliquées ; et chez les nations du Chaco, celles-ci reçoivent alors, par le tatouage d'une partie de la figure ou de la poitrine, les marques ineffaçables de leur sexe. Si les croyances religieuses n'amènent jamais les Patagons et les Puelches à exécuter aucune scène sanglante , il n'en est pas ainsi des nations du Chaco, qui, par suite de superstitions, se livrent, à la mort d'un des leurs, à des jeûnes rigoureux ou se mutilent de la manière la plus barbare, en se coupant une articulation des doigts et en se couvrant les bras, les jambes, les flancs, même le sein, chez les femmes, d'un grand nombre de blessures , dont les cicatrices ne s'effacent jamais; le tout, sans doute, comme chez les peuples chasseurs et guerriers , pour montrer leur courage.
En nous résumant, après avoir fait connaître les traits de ressemblance des diverses nations, il ne nous reste plus qu'à montrer les différences frappantes qui existent entre les Chiquitéens et les Pampéens. Les premiers sont, en effet, petits de taille, moins foncés en couleur; bons, gais, sociables, soumis; leurs langues sont euphoniques , leurs coutumes douces , tandis que les Pampéens, à la figure aplatie, sérieuse
et froide, sont d'une taille élevée, d'une teinte foncée, d'un caractère hautain et indocile, d'une taciturnité remarquable; leurs langues sont aussi dures, aussi gutturales, aussi saccadées que leurs mœurs sont sauvages ; néanmoins, par la couleur et par les caractères physiques, ces deux rameaux appartiennent à la même race, dont les Pampéens, et surtout les Patagons, seraient les types.