NATION PATAGONE OU TEHUELCHE
Ce que nous avons à dire de ce peuple se divisera naturellement en deux paragraphes distincts : le premier présentera un coup d'œil historique et critique sur la fameuse question qu'ont soulevée , parmi les auteurs , les exagérations contradictoires dans lesquelles ils sont tombés sur sa taille, en le confondant d'ailleurs avec les Fuégiens ou habitans de la Terre-du-Feu; le second résumera nos observations personnelles sur ses caractères physiques et sur ses mœurs, pendant le séjour que nous avons fait dans son sein.
§. 1 .er Coup d'œil historique et critique sur ce que les auteurs ont dit des géans des parties australes de l'Amérique méridionale.
L'existence, dans les parties australes, de l'Amérique d'hommes tour à tour géans ou de taille médiocre, ayant occupé, plusieurs siècles, les savans et les philosophes, et étant devenue, pour eux, tout ce temps et jusqu'à nos jours, le sujet d'une lutte opiniâtre; nous avons pensé qu'une résidence de huit mois parmi ces nations nous permettait d'essayer enfin de résoudre pour toujours cette question si controversée. 11 nous a semblé que ce serait rendre un assez grand
service à la science et à la cause de la vérité; mais pour atteindre ce but, il a fallu nous condamner à un travail long et fastidieux, dans lequel le désir d'être utile pouvait seul nous soutenir. Nous avons dû passer successivement en revue tous les voyageurs qui ont parlé des prétendus géans; analyser sévèrement leurs récits, y séparer le vrai du faux, retrancher tout ce qui appartenait à l'exagération du siècle où ils écrivaient; mettre, enfin, à part ce qui concerne les Patagons et ce qui concerne les Fuégiens, que l'insuffisance de connaissances géographiques locales avait constamment fait confondre, de manière à ce qu'il ne fût plus possible de s'y reconnaître.
Les premières notions sur ces hommes gigantesques furent recueillies en 1 520 l, dans le voyage de l'immortel Magellan (Magallanes ou mieux Magalhaes) , dont les détails nous ont été transmis par le chevalier Pigafetta. Cet intrépide voyageur toucha à l'embouchure de la Plata , par 34° 40', où , sans doute , l'envie de trouver quelque chose d'extraordinaire lui fit voir dans les Charmas, qui habitaient alors ces rives, des cannibales, des géans. L'un d'eux, dit-il, d'une figure gigantesque et dont la voix ressemblait à celle d'un taureau, 2