‹ L'homme amâericain de l'Amâerique mâeridionaleChapitre 5 sur 117 · Herrera, Dec. II, p · texte numérisé non relu

Herrera, Dec. II, p

2. Pigafetta, Voyage autour du monde, trad. franc., p. 22; et édition originale de 1536 , §. 8 : Uno grande como un giganle, che havea una voce corne di un toro. (Ouvrage dont nous devons la communication à l'extrême complaisance de M. Ternaux.)

El plus loin : Ils faisaient de si grandes enjambées, que, même en courant et en sautant, nous ne pâmes jamais parvenir à les joindre l . Les Charmas sont trop connus surtout depuis qu'on en a vu à Paris, pour que ces indications ne prouvent pas une tendance à l'exagération commune au siècle où chaque voyageur pouvait mentir impunément. Une longue relâche au port Saint- Julien, au 49° 30' sud, fit enfin voir aux Espagnols ces géans auxquels Magellan, à cause de leurs pieds, donna le nom de Patagons2, qu'ils ont conservé jusqu'à nos jours. Pigafetta dit, en parlant du premier

1. Pigafetta, Voyage autour du monde, p. 23. Il était tout naturel que, pour expliquer la mort de Solis, tué dans ces lieux, on exagérât la taille de ses assassins; les historiens qui ont précédé Pigafetta ne parlant pas de la stature des Charmas , il est positif que le récit de ce voyageur se ressent un peu de celui des compagnons du malheureux aventurier.

2. Patagon, dans la langue espagnole, signifie tout simplement grand pied ; ainsi ce nom n'a pas été donné à la nation à cause de la ressemblance de son pied chaussé avec la patte d'un ours , comme le dit Debry, Americœ , liv. IV, p. 66 ; et Blumenbach , De V unité de la race humaine, p. 25ô ; ni , selon Harris ( dans son abrégé de la relation de Magellan ) , parce que ces géans avaient cinq coudées de haut. On s'étonne devoirBuffon (édit. de Sonnini,t. XX , p. 400) demander en quelle langue le mot Patagon veut dire haute taille. Le premier dictionnaire espagnol eût levé toutes les difficultés sur son étjmologic.

de ces géans : Cet homme était si grand, que notre tête touchait à peine à sa ceinture l. Il dit ensuite que ces hommes couraient aussi vite qu'un cheval au galop, et buvaient un demi -seau d'eau d'une haleine. Il observa leur costume, leurs mœurs, et recueillit, par signes , un court vocabulaire d'un Patagon que l'escadre emmena avec elle2. Si l'on retranche du récit, de Pigafetta ce qu'il y a de trop dans la taille qu'il indique , on reconnaîtra dans tout le reste de ces détails, une exactitude remarquable, en raison de l'époque. Les vêtemens, les peintures de la figure, etc. , sont bien décrits, ce qui donnait plus de poids à la fable des géans ; mais ayant manifesté une tendance prononcée à ce genre d'exagération dans la description des Charmas, il était encore plus pardonnable de la reproduire à l'égard des Patagons, incomparablement plus grands que les derniers. Une autre preuve de mélange du faux avec le vrai, se trouve dans la des-

1. Voyez traduction française, p. 26, qui n'est que le sens littéral de Coslui era cosi grande che li nosiri non li arrivavano allacintura, de l'édition originale de 1536 , §. 10 ; mais Pigafetta ne dit pas , comme l'assure Fauteur des Navigations aux Terres australes (t. I, p. 129), qu'ils ont dix palmes ou sept pieds de haut.

2. La comparaison du vocabulaire avec celui que nous avons recueilli au Rio Negro , nous a fait reconnaître que nous avons vu les mêmes hommes que Pigafetta. Voyez plus loin la description des Patagons.

cription de flèches empoisonnées chez les Patagons, fait évidemment imaginé pour donner une plus haute idée des dangers courus par les navigateurs; car cette espèce d'armes n'existait pas là dans l'Amérique méridionale, reléguée qu'elle était seulement aux rives de l'Orénoque et de l'Amazone.

Dans le récit de Magellan, imprimé en 1557, par Oviedo1, l'historien raconte, en parlant des Patagons , qu'ils ont douze ou treize palmes de haut2. Du reste, ce qu'il dit des tentes couvertes de peaux , est on ne peut plus juste; seulement on y reconnaît, comme dans Pigafetta, une exagération tenant à l'époque.

Dans le voyage de Jofre Loaysa, en 1525 et 1526, publié par Oviedo , on voit encore une suite de l'idée fixe de l'historien. « Ils rencontrèrent, dit-il3, plusieurs « cabanes de Patagons , hommes de treize palmes de

1. Oviedo, Coronica de las Indias occidentales, liv. XX, fol. VI. Nous devons à M. Ternaux la communication de ce livre extrêmement rare.

Herrera , Dec. III, lib. Fil; de Brosse , Navigations aux Terres australes , 1. 1 , p. 151.

2. Oviedo , Coronica de las Indias occidentales , liv. XX, fol. VI. L'auteur s'exprime ainsi : Vieron algunos lndios de doce o treze palmos de alto.

Herrera , Dec. III, lib. VU; de Brosse , Navig. aux Terres austr., t. I, p. 151.

3. Oviedo , liv. XX , fol. 22 , ch. IV. Hallaron muchos ra?ichos y choças de los Patagones , que son hombres de treze palmos de alto, y sus mugères son de la misma altura.

(31 ) « haut ; leurs femmes sont de la même taille; » et plus loin : « les Chrétiens qui s'y trouvèrent n'arrivaient « pas avec leurs têtes à la partie supérieure de leurs cuisses. 1 * Il serait possible que ce qu'en dit Oviedo, ne fût que la suite de ce qu'il avait avancé dans la relation de Magellan ; cependant on ne saurait y voir autre chose qu'une exagération manifeste, prouvée d'ailleurs par ce qu'il dit plus loin, en parlant des Fuégiens , que l'expédition aperçoit dans leurs pirogues d'écorce, et auxquels il donne, comme aux Patagons, la qualité de géans2. L'écrivain est, jusqu'à un certain point, excusable; car il déclare n'avoir pas vu de près ces derniers.

Alcaçoba3, dans son voyage au détroit de Magellan en 1 535 , voit les Fuégiens et les Patagons et ne parle pas de leur taille.

Dans celui de Drake, fait en 1578 4, les Anglais abordent au port Saint- Julien, le lieu même où était

1. Oviedo, fol. 23 et 25. Los christianos {que alli se hallaron) , no legavan con las cabezas a sus miembros vergonçosos. C'est, d'après la relation du père Juan d'Areycaga qu'Oviedo écrit cette relation , où il traite partout les Patagons de géans.

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