Relation, etc., p. 28 et
2. Loc. cit., p. 228 et suiv. II est à craindre que celle religion ne soit apocryphe et toute d'invenlion; l'exposé en est fait par un Jésuite dont les récits ultérieurs semblent annoncer qu'il en impose. On en trouve une copie dans le Choix de lettres édifiantes , t. VIII, p. 194.
dieu de l'eau, et un sixième, faisant passer le Styx. Aujourd'hui des plus religieux , les Chiquitos sont très -bons catholiques. Ils ont néanmoins conservé beaucoup des superstitions de leur état sauvage.
Le résumé de tout ce qui précède est : 1 .° que les Chiquitos n'appartiennent pas au même rameau que les Indiens du Chaco, dont ils diffèrent par les traits, par la face beaucoup plus ronde, par la couleur moins foncée , par les mœurs , les habitudes ; 2.° qu'ils ne sont pas non plus de la race guaranie, dont ils se distinguent par une couleur plus brune et l'horizontalité des yeux; mais qu'avec les Samucus et quelques aulres petites nations des collines du centre de l'Amérique, ils doivent constituer un rameau particulier , rapproché des nations des plaines inondées de la province de Moxos et appartenant évidemment, par la couleur, à la race pampéenne.
NATION SARAVECA.
Saravéca est le nom imposé sur les lieux à une nation que nous avons rencontrée au sein des missions de la province de Chiquitos, et dont jusqu'ici aucun historien n'a fait mention.
D'après ce que nous ont appris leurs vieillards , les Saravécas, avant d'être réunis dans les missions des Jésuites, vivaient au sein des forêts qui avoisinent la Réduction actuelle de Santa-Ana, vers l'est, sur les chaînes nord-est des dernières collines de la province de Chiquitos, au 16.e degré de latitude sud, et par le 62.e degré de longitude ouest de Paris, formant plusieurs petites tribus voisines les unes des autres, et , pour ainsi dire , enclavées par les Chiquitos sur la frontière nord-est du territoire qu'occupe cette nation. Aujourd'hui aucun Saravéca ne se trouve à l'état sauvage, tous étant soumis au christianisme, dans la mission de Santa-Ana.
Au nombre encore de deux cent cinquante , au moins, à Santa-Ana, et d'un cent environ à la Réduction de Casalvasco, où les Portugais les ont menés, leur chiffre total peut, en tout, s'élever à trois cent cinquante.
Leur couleur, leur taille, leurs formes, leurs traits ^
sont les mêmes que ceux des Chiquitos; mêlés avec ceux-ci, on ne peut les distinguer les uns des autres; seulement nous avons cru remarquer qu'on trouve, parmi les Saravécas, les plus jolies figures de la mission de Santa-Ana, sans qu'elles présentent toutefois la moindre différence dans les caractères particuliers. Le langage seul diffère essentiellement ; car la confrontation des vocabulaires écrits par nous sur les lieux , au moyen de bons interprètes , nous a fait reconnaître que ce n'était pas une variante d'une même langue, mais bien un tout autre idiome. On ne rencontre, chez les Saravécas, ni le son de notre n, ni le ck final des Chiquitos, ni le changement d'expressions selon les sexes. Leur langue se distingue d'une autre manière : elle présente, dans la prononciation du j espagnol , une forte gutturation , qu'on retrouve dans beaucoup de mots; mais c'est la seule intonation dure ou peu euphonique; car elle n'a ni diphthongues , ni son nasal. Des plus facile à écrire pour un Français espagnolisé , elle a le ck espagnol et le ck français , ainsi que le son du z de cette dernière langue, rare parmi les idiomes américains. L'emploi des voyelles, surtout de 17 final, comme dans Ejarati, les côtes, y est le plus fréquent, de même que celui de Vu espagnol (ou des Français), comme dans Acunéchu , femme. La singularité que nous avons signalée dans les langues chiquito et samucu s'y remarque pour la formation des noms des parties du corps; presque tous commençant, comme chez les
Chiquitos, par un N; mais ils diffèrent en tout le reste, ainsi qu'on peut le voir par Nozovwi, joue; Nunihijè, oreille, et Nohê , yeux. Les Saravécas n'ont d'autre système de numération que les noms des cinq doigts de la main, qu'ils étendent jusqu'à cinq mains , ce qui fait vingt-cinq, 1
Leur caractère est analogue à celui des Chiquitos; même bonté, même gaîté soutenue, même goût pour les plaisirs et les fêtes.
Leurs mœurs, avant qu'ils ne fussent Chrétiens, paraissent aussi avoir été semblables à celles des Chiquitos. C'est au moins ce que nous avons cru pouvoir conclure des renseignemens , malheureusement trop vagues, que les Indiens nous ont procurés. Chrétiens, ils ressemblent absolument aux Chiquitos , soit par leur manière de vivre , soit par le costume des hommes et des femmes. Leur gouvernement devait, sans doute, être analogue. Quant à leur ancienne religion , nous n'en avons pu rien apprendre.
1. Lors de notre séjour à Santa-Ana (1831), quoique la langue saravéca se parlât encore entre les Indiens de cette tribu , elle commençait à disparaître et à se mélanger de chiquito; ce que nous avons su d'un vieil Indien de celle nation, interprète de l'espagnol et le seul qui la parlât purement. Nous ne doutons pas que , dans quelques années, elle ne disparaisse entièrement , comme celle des Curuminacas et autres , dont nous aurons occasion de parler.
Ainsi les caractères physiques étant les mêmes chez les Saravécas que chez les Chiquitos, leurs mœurs et coutumes étant identiques, nous les regardons comme une nation distincte du même rameau , caractérisée seulement par une langue différente.
NATION OTUKES.i
Cette nation se donne elle-même le nom à'Otukés ou Otuqaes, que lui appliquent les autres peuples de la province de Chiquitos, ainsi que les Espagnols des missions. Elle n'a jamais été indiquée par les anciens écrivains; et nous croyons être le premier à la faire connaître.
Les Otukès, s'il faut s'en rapporter à leurs compatriotes , habitaient les forêts épaisses couvrant les parties nord-est de la province de Chiquitos , non loin des frontières du Brésil , et formaient une lisière qui s'étendait du sud-est au nord-ouest, entre le 17.e et le 18.e degré de latitude sud, et à peu près au 60.e degré de longitude ouest de Paris, ayant pour voisins, au sud, les Samucus, et même, peut-être, des tribus des Chiquitos, qui, avec les Saravécas, et surtout les Covarécas et les Curuminacas, les enveloppaient vers l'ouest.Tous, aujourd'hui, sont réduils au christianisme dans la mission de Santo-Corazon ,
t. Prononcez Otoukès. Nous n'avons changé l'orthographe usuelle d'aucun nom, dans la crainte d'augmenter la confusion , déjà beaucoup trop grande.
et aucun, au moins à oc qu'ils assurent , n'est reslé
sauvage.
Leur nombre est d'environ cent cinquante.
Les Otukès ressemblent aux Saravécas, en ce qu'ils ont la couleur, la taille, les formes et les traits des Chiquitos; mais en général, nous avons cru remarquer que , tout en ayant les mêmes figures , ils sont plus laids et moins bien faits que les autres.
L'idiome des Otukès diffère essentiellement de celui des autres nations de la province. Nous en avons écrit un vocabulaire que nous avons confronté avec toutes les langues voisines, et parmi quelques centaines de mots , nous n'en avons trouvé que quelques-uns qui se rapprochassent de la langue chiquito, ce qui peut provenir de l'oubli de leur idiome primitif et de l'habitude qu'ils ont prise de parler le chiquito ] . Nous avons cru y rencontrer aussi un petit nombre de mots ayant du rapport avec ceux des Saravécas; sans qu'on puisse néanmoins en déduire d'autre conséquence que
1. En 1831, il ne restait plus à Santo-Corazon que deux Indiens âgés qui se rappelassent celte langue, déjà oubliée par leurs enfans; aussi, peut-être, n'y a-t-il aujourd'hui d'autre trace de leur langage que le vocabulaire que nous en avons rédigé. Les Jésuites voulaient amener toutes les nations à parler une seule langue, celle des Chiquitos, en forçant les naturels à prier dans celle-ci; ce qui a fait insensiblement disparaître tous les idiomes parlés par les moins nombreuses.
( 177 ) celle de relations accidentelles avec ces derniers. La langue otukè n'a aucune gutturation, très -peu de diphthongues ou de sons venant du nez. Elle est des plus douce et des plus facile soit à entendre, soit à écrire; elle possède le ch espagnol et le ch français; mais aucune autre inflexion ou articulation du français que Vu nasal , encore cette articulation y est-elle rare; la langue manque absolument de z et d's simple. Ses mots ne finissent jamais par une consonne, mais toujours par les voyelles, en a, e } i, o , u et ou. Du reste , elle offre encore la singularité que nous avons fait remarquer dans la langue des Samucus, des Chiquitos et des Saravécas, que beaucoup des noms des parties du corps commencent par une lettre déterminée; exemple: Ivérana, joue; Ichaparara , oreille; Ichaa, yeux. Les Otukès n'ont aucun système de numération.
Leur caractère nous a paru analogue à celui des Chiquitos ; à l'exception de leur gaîté, que nous n'avons pas trouvée aussi franche. Ils sont plus taciturnes, et tiennent à leur liberté, au point d'avoir quelquefois regagné les bois dont ils étaient sortis, lorsqu'ils se voyaient tourmentés par un administrateur peu facile; mais aussitôt qu'on les prenait par la douceur, ils rentraient sous le joug avec une extrême docilité.
Quant aux mœurs, au gouvernement et à la religion , nous ignorons entièrement ce qu'étaient les Otukès, avant leur conversion au christianisme; ils II. 12
( 178 ) ont aujourd'hui les usages et le costume des Chiquitos.
Cette nation nous semble appartenir au rameau chiquitéen par ses caractères physiques; se distinguant néanmoins des Chiquitos par une langue toute différente.
NATION CURUMINACA.i
A la mission de Santa- Ana de Chiquitos, il exisle une nation appelée Curuminaca , nom également consacré par les Chiquitos et par les Espagnols, sans que jamais il en ait été fait mention par les historiens.
Les rapports des vieux Indiens feraient croire que les Curuminacas ont dû habiter vers le nord-est de la province, entre les Saravécas et les Otukès, c'està-dire au milieu des forêts qui couvrent les plaines et les montagnes granitiques des frontières du Brésil, par le 16.e degré de latitude sud et à peu près par le 62.e degré de longitude. Leurs tribus, peu nombreuses, communiquaient fréquemment avec les Saravécas , qu'ils suivirent à la mission de Santa-Ana , lorsque ceux-ci embrassèrent le christianisme. Il n'en reste aucun de sauvage.
Leur nombre est à peu près de cent à la mission de Santa-Ana, et peut-être de cinquante parmi les Indiens enlevés de cette mission pour peupler Casalvasco , ce qui forme un total d'environ cent cinquante. .
Pour tous les caractères physiques et moraux, ils