En français Courouminaca
( 180 ) ne diffèrent aucunement des Chiquitos, avec lesquels ils sont confondus, et dont ils se regardent maintenant comme les alliés.
Les Curuminacas ont oublié leur langue primitive. Un de leurs vieillards a pu seul nous en communiquer quelques mots, qui en sont les uniques vestiges. Il nous assura , d'accord avec les anciens de la mission , que la langue des Curuminacas devait se distinguer des autres langues de la province. La confrontation du peu de mots que nous avons recueillis , nous a fait reconnaître que sur quatorze , cinq avaient un peu d'analogie et dérivaient évidemment de la langue otukès, tandis que les autres différaient essentiellement des idiomes chiquitéens; ce qui nous donnerait lieu de croire que cette nation a été réellement distincte; mais qu'elle a eu de fréquens rapports avec les Otukès. Il résulte du peu de mots que nous possédons, que les Curuminacas avaient dans leur langage : 1.° beaucoup de sons gutturaux et nasals, tels que le j espagnol et Vu prononcé du nez; 2.° qu'ils avaient aussi le ch espagnol, le ck et le z français; 3.° que leurs mots ne devaient se terminer que par des voyelles.
Nous pensons donc que les Curuminacas ne sont autres qu'une très-petite nation bien voisine des Otukès, appartenant évidemment, par tousses caractères, au rameau chiquitéen.
NATION COVARECA.
Sous ce nom vivait, à la mission de Santa-Ana de Chiquitos, une nation qui, selon les vieillards, y aurait été amenée par les Jésuites (du 17.e degré de latitude sud et du 61.e degré de longitude ouest de Paris) en même temps que les Saravécas et les Curuminacas, ces derniers étant leurs amis et alliés; mais les mœurs des Covarécas, caractérisées par un goût dominant pour la vie errante du chasseur, les auraient rendus indociles aux Jésuites , qui n'en firent jamais de bons chrétiens. Plusieurs d'entr'eux, au nombre de cent environ , regagnèrent les bois d'où ils étaient sortis; et quelques autres, en s'alliant à des nations différentes, finirent par se fixera Santa-Ana, où il en reste peut-être encore une cinquantaine.
Leurs caractères physiques sont les mêmes que ceux des Chiquitos, dont on ne saurait les distinguer; mais, plus amis de leur liberté sauvage, ils furent toujours les plus incorrigibles voleurs de la province. Presque tous ceux qui existent aujourd'hui ont échangé leur langue contre celle des Chiquitos. Ne nous en rapportant pas entièrement aux indigènes , qui nous disaient leur langage distinct de celui de tous les peuples de la province, nous avons encore
consulté un très-vieil Indien qui nous en dicta quelques mots, par lesquels nous avons pu nous assurer que, comme la langue curuminaca, avec laquelle elle a de l'analogie , la langue covaréca se rapproche , pour le tiers des mots, de celle des Otukès ; ce qui pourrait faire croire, malgré le nombre des termes différens, que la nation covaréca en est peut-être une tribu, ou que, tout au moins, elle est voisine des Otukès. La langue a le son guttural du j espagnol , ainsi que Vu nasal des Américains, beaucoup de voyelles terminales, quelques-unes dans l'intérieur des mots et aucune prononciation de ck; mais, nous le répétons , nous possédons trop peu de documens pour pouvoir donner une solution positive relativement à cette langue. Le seul fait que nous soyons en mesure de garantir, c'est que les Covarécas appartiennent au rameau chiquitéen.
NATION CURAVES.i
A la mission de Santo-Corazon de Chiquitos, nous avons rencontré des indigènes portant le nom de Curavès, qui, avant d'être réunis aux autres Indiens de celte mission, auraient, selon les vieillards, habité les rives du Rio Tucabaca, au-delà de l'ancien Santo-Corazon , c'est-à-dire vers le 1 9.e degré de latitude sud, entre les 59.e et 60.e degrés de longitude, au milieu des forêts bornant, au sud, les dernières petites collines granitiques du plateau de Chiquitos. Aujourd'hui les Curavès peuvent être encore au nombre de cent cinquante dans la section (Parcialidad) qu'ils forment à Santo-Corazon.
En les considérant sous le rapport de leurs caractères physiques , nous ne les avons nullement trouvés différens des autres indigènes de la province. Leurs mœurs nous ont également paru identiques; et nous ne les aurions pas séparés des nombreuses sections des Chiquitos proprement dits, si tous les Indiens de leur nation, ainsi que les Poturéros et les Samucus, leurs voisins, ne s'étaient accordés à nous assurer