‹ L'homme amâericain de l'Amâerique mâeridionaleChapitre 76 sur 117 · Même ouvrage, p · texte numérisé non relu

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comparaison des langues , nous sommes arrivé à découvrir que les Chapacuras ne parlent pas le même idiome; mais bien celui des Quitêmocas , vivant à Concepcion de Chiquitos, et, d'après les renseignemens que nous avons recueillis, venus primitivement des mêmes lieux ; ainsi les Chapacuras ou Tapacuras et les Quitêmocas ne doivent former qu'une seule nation.

Avant d'être réunis aux missions, les Chapacuras vivaient épars sur les rives du Rio Blanco ou Baurès, non loin d'une très -grande lagune, au milieu des forêts qui séparent la province de Chiquitos de celle de Moxos, au-delà des dernières collines de la première province, à peu près par le 15.e degré de latitude sud et le 64.e à 65.e degré de longitude ouest de Paris. Ils avaient pour voisins éloignés, avec lesquels ils ne communiquaient pas, au sud les Chapacuracas et les Païconécas, et au nord les hordes de la tribu des Baurès. Aujourd'hui la plus grande partie de la nation est réunie en deux sections, aux missions des Jésuites; sous le nom de Chapacuras, à celle du Carmen de Moxos, et sous celui de Quitêmocas , à celle de Concepcion de Chiquitos. Dans les lieux qu'ils habitaient jadis, il ne reste plus que trèspeu d'individus non civilisés. Le nombre des Chapacuras est assez borné : au Carmen de Moxos il y en a 350; à Concepcion de Chiquitos, 700 environ; et, si l'on en croit les naturels, le nombre des individus encore sauvages doit être de 300; le total de la nation entière serait donc de 1350.

Leur couleur, bronzée ou bislre mélangé de brunverdâtre, est absolument la même que celle des Chiquitos.

La taille est aussi analogue ; la moyenne est de 1 mètre 663 millimètres (5 pieds 1 ^ pouce); les plus grands ne passent pas 1 mètre 760 millimètres (5 pieds 5 pouces). Les femmes sont dans les proportions relatives avec les hommes; terme moyen elles ont 1 mètre 535 millimètres.

Les formes du corps sont identiques à celles des Chiquitos; néanmoins nous avons cru remarquer que généralement les hommes sont plus sveltes , plus élancés , quoiqu'ayant les membres bien fournis , sans muscles appareils. De même la poitrine est saillante, les épaules sont larges, cariées et les membres bien

nourris Jamais d'obésité. Les femmes sont, pour

le corps , beaucoup mieux que les Chiquitéennes ; leurs hanches et leurs épaules sont larges , leurs seins bien placés, jamais trop volumineux; leur ceinture les rapproche des proportions européennes ; leurs mains et leurs pieds sont petits.

Leurs traits sont aussi quelque peu différens de ceux des Chiquitéens : leur tête est grosse, leur face large, mais moins pleine que celle des Chiquitos; les pommettes sont plus apparentes; le front est court et légèrement bombé; le nez court, épaté, sans être très-large; les narines sont un peu ouvertes; la bouche est moyenne ; les lèvres sont peu grosses ; les yeux petits, horizontaux; les oreilles petites, les sourcils

étroits , arqués; la barbe, noire, non irisée, très-rare, pousse tard, et ne se montre qu'au menton et à la lèvre supérieure; les cheveux sont noirs, longs, droits et gros. Moins animée que celle des Chiquitos , leur physionomie est triste. Les hommes sont généralement laids, et les femmes n'offrent que peu de figures passables, sans néanmoins être repoussantes; l'aspect général des deux sexes inspire la confiance, et tout en eux annonce de la douceur.

La langue est , pour la forme des mots , entièrement distincte de celles des Chiquitéens ; quoiqu'assez dure, on aime pourtant à l'entendre. Elle contient beaucoup de finales terminées par des voyelles; mais aussi quelques-unes par les consonnes n, m, t, p et j, les seules que nous ayons remarquées. Le son guttural du j espagnol y est commun, ainsi que le son nasal de Vu. Plusieurs consonnes, telles que le b , Vf, le v et Xx , paraissent y manquer entièrement. Le ck espagnol y est très-souvent employé, tandis que celui du français est rare. On retrouve dans cette langue , comme dans celle des Chiquitéens , cette particularité propre aux noms des parties du corps , qui , au lieu de commencer par une lettre déterminée, sont terminés par une particule uniforme, comme dans Urutarachi, joue; Taipatachi , oreille, et Tucucki, yeux; que les Quitémocas de Chiquitos rendent par Urutaracké , Tatiataché et Caché, mots peu différens. Nous n'y avons pas trouvé de distinction entre le masculin et le féminin dans les adjectifs, ni de forme spéciale pour le

pluriel. Leur système de numération , n'allant que jusqu'à dix, est, sans doute, dérivé du nombre des doigts. La tribu des Quitémocas possède beaucoup de termes entièrement différens de ceux des Chapacuras, ce qui provient peut-être d'anciennes relations avec quelqu'autre nation distincte.

Les Chapacuras, un peu indolens par caractère, sont d'une bonté extrême, disposés à l'obéissance et même à la servilité; hospitaliers pour les étrangers, ils sont des plus sociables , mais beaucoup moins gais que les Chiquitéens.

Leurs mœurs ont du rapport avec celles des Chiquitos. Comme ceux-ci, ils vivaient par petites tribus éparses au sein des bois voisins des rivages du Rio Blanco ou Baurès; comme eux, ils cultivaient la terre, chassaient et se bâtissaient des cabanes couvertes en paille, où vivait chaque famille. Ils avaient les mêmes armes , l'arc , la flèche et la massue à deux tranchans , faite de bois de palmier ; mais , de plus , ils se construisaient , avec des arbres creusés , des pirogues leur servant à parcourir le Rio Blanco, et les conduisant à la chasse et à la pêche, leur principale occupation, après la récolte du maïs. Ils avaient aussi de ces réunions où l'on buvait des liqueurs fermentées, motif perpétuel de danses et de jeux beaucoup moins animés pourtant que chez les Chiquitos. Des plus pacifiques, ils n'attaquaient que rarement leurs voisins. Aujourd'hui ceux qui sont restés sauvages conservent le même genre de vie, tandis que les Chapacuras,

soumis au christianisme, suivent toutes les règles des missions. Ils sont médiocres rameurs, comparativement aux autres nations de Moxos.

L'industrie des Chapacuras est assez bornée : les hommes font leurs armes, creusent leurs pirogues au moyen de la hache et du feu, chassent, pèchent et cultivent leurs champs , tandis que les femmes filent le coton , tissent les hamacs de leurs maris , leurs vètemens, fabriquent la poterie et sont chargées de tous les détails du ménage.

Jadis le costume des hommes était fort simple; ils allaient nus, se mettaient une pièce de peau entre les jambes ou se contentaient, lorsqu'ils étaient à la pêche, d'attacher l'extrémité du prépuce. Les femmes portaient le Tipoy des Chiquitos , chemise sans manches descendant jusqu'au bas des jambes; elles se paraient d'un collier et de bracelets, qu'elles mettent encore aujourd'hui, ainsi que leur chemise, également adoptée par les hommes. Ils laissent pousser leurs cheveux, les imprègnent continuellement d'huile de coco, et les lissent , en les faisant tomber en queue par derrière. Ils ne se peignent ni ne se tatouent; et rien ne semble indiquer qu'ils se soient jamais percé les lèvres ni le nez.

Ils étaient gouvernés par des chefs, dont l'autorité était bornée au conseil et au commandement de chaque tribu lors des guerres.

Nous ne connaissons de leur religion que l'habitude conservée par ceux qui sont encore sauvages,

d'enterrer les armes avec les morts, ce qui dénote la croyance à une autre vie. Ils ont des médecins, et sont imbus d'une foule de superstitions.

Les Chapacuras ne diffèrent donc des Chiquitéens que par des formes plus élancées, une figure plus longue, des traits qui annoncent moins de gaîté; par leur langage et leur pratique de la navigation; s'en rapprochant, d'ailleurs, par tous les autres caractères physiques et par l'anomalie des noms des parties du corps. Nous ne les séparerions même pas de ces derniers , si leur position géographique ne les rattachait évidemment à notre rameau moxéen.

NATION MOXO.

Nous avons conservé comme nom de la nation la plus nombreuse de la province de Moxos1, celui de sa principale tribu, qui a reçu le sien de la province. Avant d'avoir comparé les langues entr'elles, nous croyions, de même que tous les Espagnols qui connaissent le pays, que les Moxos (ainsi nommés par les Espagnols) étaient une nation distincte des autres; mais la comparaison des idiomes nous a fait reconnaître que les Baurès2 ou Bauros, regardés comme entièrement différens, n'en étaient qu'une tribu, dont la langue , tout en ne présentant qu'un huitième des

1. Garcilaso de laVega, Comentario real de los Incas , p. 240, à propos d'une incursion des Incas dans la province de Musu, à l'est du Cusco , parle d'une expédition , faite en 1564, par Diego Aleman, dans la province de Musu, que les Espagnols nomment Moxos (p. 248). Quant à l'incursion des Incas, elle n'était pas assurément dirigée vers Moxos; mais Diego Aleman, parti de Cochabamba, se porta sur le pays dont nous nous occupons. Dès-lors le Musu des Incas ne serait pas, comme on l'a cru, le Moxos des Espagnols.

2. Prononcez Baourès. On trouve le nom de cette tribu indiqué par le père de Eguiluz (1696), dans sa Relacion de la mission de los Moxos, p. 24.

mois analogues , n'est qu'une variante , ayant une origine commune. Il en est de même des Muchojéonès , qui se disent eux-mêmes alliés des Baurès. Les noms de Baurès et de Muchojéonès sont d'origine américaine; celui de Moxo paraît avoir été donné par les premiers Espagnols qui entrèrent dans la province. Chacune des grandes tribus que nous venons d'indiquer se subdivise encore en une multitude de sections portant des noms dissemblables. Les Baurès en ont à eux seuls jusqu'à vingt. l

Cette nation, telle que nous la considérons, habitait toute la partie sud de la province de Moxos, au milieu des plaines souvent inondées qui s'étendent entre le cours du Guaporé et celui duMamoré, jusqu'à la lisière des forêts du pied oriental des Andes boliviennes, de celles de Santa -Cruz de la Sierra et de Chiquitos, sur les afïluens des deux grandes rivières. Ils occupaient une large bande est et ouest, qui s'étendait du 13.e au 16.e degré de latitude sud, et du 64.e au G9.e degré de longitude ouest. Premiers habitans des plaines de Moxos, vers le sud, ils étaient séparés, de ce côté, des autres Américains par une centaine de lieues de forêts, inondées au temps des pluies, et

1. Le père Eguiluz, loc. cit., cite près de trente noms de nations, selon lui différentes, et qui ne sont probablement aussi que des tribus Moxos. Sa description est copiée dans le Choix de lettres édifiantes , t. VII ; Missions de l'Amérique, l. 1, p. 308, et t. II, p. 64.

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réellement inhabitables. Ils vivaient sur les lieux peu sujets aux inondations, près des rives du RioMamoré, du Rio Apéré, du Rio Sécuri et du Rio Tijamuchi, vers l'ouest; et, à l'est, sur les bords du Rio Raurès, du Rio San-Ramon, jusqu'au Guaporé. Leurs voisins , vers le sud , étaient les Sirionos des forêts de Santa-Cruz; au sud-est, les Chapacuras;ài l'ouest, les Yaracarès, et, au nord, les Movimas , les Canichancs et les Itonamas. Depuis long- temps les Raurès et les Moxos, séparés par des déserts, ne communiquaient plus enlr'eux. Aujourd'hui la nation habile encore les lieux où elle vivait jadis; seulement elle est réunie, ainsi qu'il suit, dans les missions de la province.

Muchojéonès du Carmen 230

Raurès du Carmen de Moxos .... 362

— de Concepcion de Moxos . . 3,126

— de San-Joaquin de Moxos. . 690

— encore sauvages 1,000

Moxos de Lorelo de Moxos 2,145

— de Trinidad 2,6041

— de San-Xavier 1,51 5 [

— de San-lgnacio 1,948

Total 1 3,620 1

On voit par le tableau précédent que si la presque-

1. Tous ces chiffres sont le résultai de renseignemens exacts, recueillis en 1831.

totalité des Moxos est réduite au christianisme, il y en a néanmoins encore à l'état sauvage. Ceux-ci, parmi lesquels une petite partie appartenant jadis aux missions des Jésuites, s'en sont séparés lors de l'expulsion , se divisent en tribus fixées non loin du cours du Guaporé, à Test des missions de Concepcion et du Carmen , et maintenant ne communiquent jamais avec leurs compatriotes chrétiens. On y voit aussi le nombre relatif des différentes tribus des Moxos, des Baurès et des Muchojéonès; et l'on peut juger de quelle importance doit être, au sein de ces pays inondés, une nation présentant encore un effectif de plus de 1 3,000 âmes. *

La couleur bronzée des Moxos, moins foncée que celle des Chiquitos et des Chapacuras , nous a paru contenir un peu de jaune ; cependant la différence est si peu tranchée, qu'on ne s'en aperçoit qu'en comparant un grand nombre d'individus réunis.

Plus élevée que celle des Chapacuras, leur taille atteint souvent 1 mètre 785 millimètres (5 pieds 6 pouces) ; mais la moyenne ne nous a pas paru dépasser 1 mètre 677 millimètres (5 pieds 2 pouces).

1. En 1696 il y avait deux missions de plus, habitées par la nation moxo, celle de San-Josè et celle de San-Borja; et, selon le père de Eguiluz (Relation de la mission de los Moxos, p. 65), la seule tribu des Moxos présentait un effectif de 19,789 âmes, ce qui prouverait qu'aujourd'hui cette nation est au moins réduile à la moitié de sa population.

Les femmes sonl dans les proportions relatives ordinaires : elles ont , terme moyen , environ 1 mètre 552 millimètres.

Les formes , semblables à celles des Chapacuras , sont généralement plus sveltes , plus élancées que chez les Chiquitéens. Tout en conservant à peu près les proportions de ceux-ci , les Moxos sont des plus robustes, ont des membres bien plus fournis, toujours arrondis, des épaules très-larges , une poitrine bombée; ils sont même sujets à l'obésité. Les femmes participent à leurs formes; elles sont bien proportionnées ; des épaules , des hanches larges annoncent en elles une constitution des plus robuste. Leurs seins, bien placés, sont de médiocre grosseur; leurs mains et leurs pieds sont petits. La ceinture est chez elles moins large que parmi les Chiquitéennes.

Les traits sont ceux des Chapacuras, aussi ont-ils en général la face moins arrondie que celle des Chiquitéens, la physionomie moins gaie, quoiqu'ouverte et pleine de douceur. On trouve, chez les Moxos, des figures infiniment plus agréables que chez les Chapacuras; beaucoup d'hommes sont bien, et quelques femmes sont réellement jolies, sans que pour cela le détail des traits soit changé. Les hommes sont presque imberbes.

La langue diffère essentiellement de celle des Chapacuras et des autres nations de Moxos. Loin d'être dure , on pourrait dire qu'elle est euphonique ; presque tous les mots en sont fortement accentués et

se terminent en a, e , i,o, mais surtout par les trois premières voyelles. Un très -petit nombre ont une consonne; et encore ces dernières sont-elles des m et des n, qui, presque toujours, forment des diphthongues en on, an, am , sans que celles-ci soient prononcées aussi fortement que dans les langues dérivées du latin. Le son guttural du y espagnol est peu commun , celui de Vu nasal est très-rare. Les seules consonnes qui manquent sont Vf et Vœ. Le ch français s'emploie fréquemment , ainsi que celui des Espagnols. \Je muet des Français se rencontre très -rarement, ainsi que leur z. On retrouve, dans la langue moxo, cette particularité que les noms des parties du corps commencent par une lettre déterminée, comme on en peut juger par le tableau suivant, pour les trois mots que nous avons toujours cités.

NOMS BAURÈS :

NOMS MOXOS:

NOMS

NOMS

MUCHOJEO-

Écrits

Tirés de la

Écrits

Tirés

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