Père deEguiluz, toc. cit., p
croyaient enfans du lac, du bois ou du bord de rivière où ils vivaient, el, pour cela, ne changeaient jamais de demeure. Chaque village, d'ailleurs, avait sa foi différente; les uns espéraient des faveurs des dieux présidant aux moissons, à la pêche ou à la chasse; d'autres redoutaient ceux du tonnerre. Les sectes étaient des plus variées. La plus générale, celle qui avait le plus de culte extérieur, révérait le jaguar, et lui élevait des autels, dont les prêtres ou Comocois étaient les individus échappés aux griffes du féroce animal. Dans leur religion, la crainte dominait l'espérance, et il y avait au fait beaucoup de fanatisme. Des superstitions sans nombre influaient sur beaucoup d'actions de la vie privée. Les prêtres étaient médecins, et opéraient des succions curatives.1 Tous croyaient à une autre vie. Aujourd'hui , si les Baurès sont des Catholiques assez tièdes, les Moxos proprement dits sont les plus ardens, parmi les Indiens de la province ; ils poussent même le fanatisme si loin, qu'on les voit, tous les ans, dans la semaine sainte, arroser de leur sang les places publiques, par suite des atroces flagellations qu'ils s'infligent. Ils sont aussi des plus superstitieux.
En résumé, les Moxos diffèrent des Chapacuras par une couleur moins intense, une taille plus élevée, des formes plus robustes , des traits dont l'ensemble
1. Ces détails sont empruntés au père Egiiiluz, pages 8 et 9.
est assez agréable, une langue distincte, plus d'industrie et plus de superstitions; du reste, séparés seulement par des nuances presqu'insensibles , ils ont à bien peu de chose près les mêmes caractères physiques ; aussi appartiennent-ils évidemment au même rameau.
NATION ITONAMA.
Sous le nom à' Itonama existe une des plus nombreuses nations de la province de Moxos. Cette dénomination paraît être celle que se donne la nation elle-même; et, depuis la conquête, elle n'en a pas changé. Les Itonamas sont divisés en plusieurs petites sections, portant chacune un nom différent.
Ils habitent la partie nord-est de la province de Moxos , sur les rives du Rio Itonama , depuis la grande lagune jusque près de son confluent avec le Rio Machupo, c'est-à-dire du 13.c au 14.e degré de latitude sud, et du 65.e au 67.e degré de longitude ouest de Paris. Jadis disséminés en quelques groupes, sur les terrains moins inondés, et au milieu des bois qui bordent leur rivière, ils avaient, au nord, pour voisins les Ités ou Iténès; à l'est, les Baurès; à l'ouest, les Canichanas; et au sud, les Moxos. Aujourd'hui aucun d'eux n'est sauvage. Tous ayant embrassé le christianisme, ils sont divisés en deux missions, celle de Magdalena , située sur le Rio Itonama, et celle de San-fiamon, sur le Rio Machupo. Leur nombre était, en 1830, à Magdalena, de 2,831 ; à San-Ramon, de 1 984; ce qui formait un total de 4,815 individus.
La couleur des Itonamas , plus foncée que celle des
Moxos , nous a paru la même que celle des Chapacuras , appartenant toujours à la teinte bronzée.
Leur taille, beaucoup au-dessous de celle des Chapacuras, est généralement la moins élevée de la province; les plus grands ont à peine 1 mètre 730 millimètres (cinq pieds quatre pouces) , et leur moyenne ne passe guère 1 mètre 649 millimètres (cinq pieds dix lignes). Les femmes sont dans les proportions ordinaires: elles ont, taille moyenne, à peu près 1 mètre 550 millimètres.
Les formes des Itonamas sont aussi bien différentes de celles des autres nations de Moxos. On ne retrouve plus en eux cette structure herculéenne , cette corpulence remarquable des autres indigènes; ils ont bien encore les épaules assez larges ; mais le reste de leur corps , maigre et mince , n'annonce aucune force. L'obésité leur est inconnue, et leurs membres sont constamment amaigris , même quand ils ont abondance de vivres. Leurs jambes sont grêles, avec les articulations assez épaisses , à tel point qu'on reconnaît immédiatement un Itonama au milieu des autres nations. Les femmes sont également moins fortes; cependant la différence n'est pas en elles aussi frappante que parmi les hommes. Elles sont, du reste, bien faites et plus minces que chez les peuples qui les entourent.
Si nous trouvons une différence remarquable dans la taille et dans les formes des Itonamas, comparées à celles des Moxos, il n'y en a pas une aussi sensible
quant aux traits; néanmoins on s'aperçoit immédiatement que leur visage, moins arrondi, est beaucoup plus long, quoiqu'avec les mêmes détails de formes; que les pommettes sont plus saillantes, la lêle plus petite, le front plus étroit. Les yeux sont petits et horizontaux. La face des hommes est efféminée, et leur barbe, lorsqu'ils en ont, est on ne peut plus rare. Leur physionomie, annonçant peu de gaîté et beaucoup de crainte, est néanmoins spirituelle et présente le type de la fausseté et de l'astuce; cependant, les hommes n'ont pas les traits 1 epoussans , et quelquesuns sont même passables. Les femmes ne sont pas, à proportion , aussi bien : elles sont généralement laides.
La langue des Itonamas est tout à fait distincte de celles des autres nations de la province de Moxos; elle ne manque pas d'harmonie, et la grande quantité de voyelles qu'elle emploie la rend quelquefois euphonique , tandis qu'elle est très-dure pour beaucoup de mots : elle est accentuée et tous les mots finissent par des voyelles, à quelques rares exceptions près, dans ceux que terminent un t, une m , une s ou notre ck. Le j espagnol , rarement seul , y est peu commun et prend le son composé des lettres qui lui sont unies, comme jna,jle, etc. Vu nasal est rare ; Yf et Yx manquent absolument ; Ye muet français se retrouve encore, mais peu fréquemment. 11 n'y a aucune anomalie pour les noms des parties du corps. Le féminin et le masculin ne changent pas dans les
adjectifs. Le système de numération est nul; ils ne comptent que jusqu'à deux.
Le caractère offre aussi des dissemblances notables avec celui des Moxos : il n'est plus franc, loyal, sociable et bon; les défauts opposés à ces vertus en font au contraire la base. Les hommes sont égoïstes, peu lians, sournois, obséquieux jusqu'à la bassesse pour les blancs, qu'intérieurement ils détestent : ce sont les plus déterminés voleurs et les hommes les plus lâches de toute la province; mais, d'autre part, ils sont laborieux et nullement jaloux de leurs femmes, ni de leurs filles.
Les mœurs des Itonamas peu vent, jusqu'à un certain point, être comparées à celles des Moxos. Egalement distribués par grands villages , ils habitaient les rives des cours d'eau, qu'ils parcouraient incessamment avec leurs pirogues; comme eux, ils étaient agriculteurs, pêcheurs et chasseurs : les plus pacifiques des habitans de la province, ils se servaient néanmoins d'arcs, de flèches et de massues à deux tranchans; ils aimaient la musique, la danse et surtout les réunions, où ils buvaient des liqueurs fermentées. Ils ont aujourd'hui conservé leurs goûts et leurs mœurs premières, que la religion catholique n'a pu déraciner. Dénués de toute pudeur, les parens enseignent les vices à leurs enfans, dès l'âge le plus tendre; dans leurs jours d'orgies , ils changent volontiers de femmes , et celles-ci sont obligées de se livrer tour à tour à leurs proches.
Leur industrie, la même que celle des Moxos, est
seulement moins avancée. Ce sont pourtant les meilleurs tisserands de la province; mais leurs peintures sont inférieures à celles des autres nations.
Leur costume est celui des Moxos, si ce n'est que beaucoup d'entr'eux portent leur chemise noire. Nous avons remarqué, cependant, que leurs enfans attachaient, jusqu'à l'âge de puberté, une jarretière audessous du genou , et une autre au cou-de-pied , quoiqu'ils fussent entièrement nus; coutume que nous avons retrouvée chez les Guarayos. Les filles ont , de plus, une ceinture faite de perles enfilées; elles vont entièrement nues jusqu'à l'époque de leur mariage.
Nous supposons que le gouvernement des Itonamas devait ressembler à celui des Moxos.
Il ne reste plus que quelques traces de leur religion et de leurs superstitions primitives. Ils croyaient à une autre vie , n'adoraient aucun dieu bienfaisant, mais craignaient beaucoup le malin esprit Chukiva. Dès qu'une personne est malade , maintenant encore, quelle que soit la distance , elle va de suite se faire soigner dans la maison où elle est née. S'il y a lieu de croire que sa maladie soit promptement mortelle, ses parens ont grand soin de lui tenir hermétiquement fermée la bouche, les narines et les yeux, afin que la mort ne passe pas en d'autres corps, et qu'elle reste confinée dans le sien, de sorte que, le plus souvent, il leur arrive ainsi d'étouffer les pauvres malades. Ils ne suivent le catholicisme que par force et non par persuasion.
Malgré l'infériorité de leur taille, leur maigreur habituelle et les autres différences que nous avons remarquées entre eux et les Moxos, nous croyons qu'on ne peut les en séparer, et que leur couleur, leurs traits et leurs mœurs les rattachent au rameau moxéen.
NATION CANICHANA.
Canichana est le nom que porte, et que se donne elle-même, dans la province de Moxos, la nation la plus guerrière, la plus redoutée, la plus anomale du pays. C'est aussi la dénomination qu'elle reçoit des Espagnols des provinces voisines. Les Jésuites l'appelaient Caniciana.1
D'après les traditions , les Canichanas auraient habité les rives du Rio Mamoré, près des sources du Rio Machupo, et sur tout le cours de cette dernière rivière , jusqu'au lieu où se trouve aujourd'hui la mission de San-Joaquin. Nous avons été à portée de voir, entre San-Joaquin et San-Ramon, dans les plaines de l'ouest du Machupo , des retranchemens qu'ils avaient construits , afin de se garantir de leurs voisins. Ils habitaient un assez grand nombre de villages2, compris entre lesl3.e etl4.e degrés de latitude sud, et les 67.e et 68.e degrés de longitude ouest de Paris. Isolés de tous leurs voisins, qui néanmoins les serraient de très-près, ils étaient, à l'est, bornés par les