‹ L'homme amâericain de l'Amâerique mâeridionaleChapitre 80 sur 117 · Le père de Eguiluz dit (p. 35) qu'ils formaient · texte numérisé non relu

Le père de Eguiluz dit (p. 35) qu'ils formaient

villages.

Itonamas; à l'ouest et au nord, par les Iles; au sud, par les Moxos , et au nord-ouest , par les Cayuvavas. Ils furent tous transportés par les Jésuites sur les rives du Mamoré, où ils constituèrent la mission de San- Pedro, qui , après avoir plusieurs fois changé de place, est aujourd'hui fixée à la source du Machupo , non loin du Mamoré. Leur nombre s'élevait, en 1830, à 1,939 individus1. 11 n'en reste aucun de sauvage.

La couleur, un peu plus foncée chez les Canichanas que chez les Moxos, est à peu près celle des Chapacuras, et présente les mêmes teintes.

Aussi grands que les Moxos, leur taille moyenne alteint environ 1 mètre 677 millimètres (5 pieds 2 pouces ). Les femmes , proportionnellement aux hommes, sont de petite stature (1 mètre 550 millimètres).

Les formes du corps, identiques à celles des Moxos, sont peut-être un peu plus massives, moins élancées; leurs épaules sont larges et leurs membres nourris; du reste, ils annoncent autant de force, sans jamais tourner à l'obésité. Les femmes sont dans les mêmes proportions que chez les Moxos.

Si les formes du corps nous ont présenté une con-

1. En 1694, selon le père de Eguiluz , ils étaient au nombre de quatre à cinq mille. Il faut que les pères aient considérablement outré la population de chacune de leurs missions ou que toutes les nations se soient depuis réduites à la moitié de ce qu'elles étaient alors.

Ibrmité avec les Moxos, il n'en est pas de même des traits , qui ne ressemblent en rien aux leurs. On ne trouve plus, chez le Canichana, une figure ouverte, annonçant la douceur ; au contraire , il a l'aspect féroce et dur; la tête grosse, la face oblongue, comme celle des Tobas; les pommettes apparentes, le front très-court, bombé; le nez très-large, court et épaté, fortement rentré à sa base; les narines ouvertes, la bouche grande, les lèvres un peu grosses; les yeux enfoncés, petits, légèrement inclinés, par en haut, à leur angle externe; les oreilles petites, les sourcils minces et arqués, les cheveux et la barbe comme les autres Moxéens. La physionomie est triste et d'une laideur repoussante ; elle n'exprime pourtant pas rabattement, mais une fierté sauvage. Les femmes ne sont pas jolies : on retrouve chez elles les mêmes traits que chez les hommes, et l'enfance dans les deux sexes montre peu de gaîté; mais en revanche, beaucoup de méchanceté et d'indiscipline.

La langue des Canichanas ne contient aucun mot ayant du rapport avec les autres langues de la province; elle est musicale, fortement accentuée, quelquefois dure à entendre, à cause des sons gutturaux et des sons composés de plusieurs consonnes unies, comme jl, tz , ts. Presque tous les mots en sont terminés par des voyelles; mais il y a quelques exceptions, toutes très-dures, comme dans les mots en ac , ce, ip , ij et cit. Le y espagnol s'emploie très-souvent a?ec foule sa dureté; quelquefois il se joint à 17, et

donne alors un son fort rude, comme jla. L'w nasal n'existe point; les sons de Vf el de Yx sont inconnus; le ck français et le ch espagnol sont communs. La langue canichana est peut-être celle qui offre le plus d'anomalies sous le rapport du commencement des mois. On a vu que dans les langues chiquitéennes les parties du corps avaient une lettre déterminée; cette même singularité se retrouve dans celle-ci , comme dans Eicokéna , joue; Eucomété , oreille, et Eulot, yeux, et s'étend à tout ce qui se rapporte au physique de l'homme; mais une anomalie plus grande encore, c'est que les mots qui expriment des objets matériels appartenant à la nature, les animaux, les plantes, les minéraux, et même les astres, commencent invariablement par un N, comme Nicolara, singe; Nîtij, le coton; Nisep, un lac; Nicojli, le soleil. Les autres consonnes servent seulement pour les pronoms et pour les verbes, etc. Les adjectifs sont des deux genres. Le système de numération ne va que jusqu'à trois. La prononciation a beaucoup de rapport avec celle des Movimas et des ltonamas.

Le caractère est aussi anomal que les traits et le langage; ce n'est plus la franchise des Moxos, et leur sociabilité, non plus que la pusillanimité des ltonamas. Hardis au-delà de toute expression, les Canichanas sont entreprenans et indépendans , froids , dissimulés, peu scrupuleux surtout, taciturnes, tristes, insociables. Aussi voleurs que les ltonamas, ils le sont avec d'autant plus de raison, que les autres nations

les craignent au point de se laisser impunément piller par eux. Ils paraissent néanmoins susceptibles les uns envers les autres, d'un attachement dont ils ont donné plus d'une preuve; mais avec un tel caractère, n'estil pas surprenant qu'ils se soient si facilement soumis au joug des Jésuites1?

D'après ce que nous en avons appris, leurs mœurs devaient être des plus guerrières; ils avaient une fortification formée de fossés, dans laquelle vivait une partie de la nation, qui, de là, faisait des incursions sur le territoire de ses voisins , les Iténès , les Cayuvavas, et surtout chez les Itonamas, qui ont toujours excessivement redouté les Canichanas. Ils enlevaient des prisonniers, qui, si nous en devons croire les relations2, auraient été mangés dans des festins solennels. Principalement chasseurs et pêcheurs, l'agriculture était chez eux très-peu avancée. Ils aimaient les liqueurs fermentées. Aujourd'hui, au sein même des missions, ils ont conservé beaucoup de leurs usages primitifs et sont la terreur des autres nations, auxquelles ils dérobent les fruits et le produit de leurs champs, sans que celles-ci osent s'en plaindre, tant est grande la crainte qu'ils inspirent. Ils sont très-

1. Le père Eguiluz dit (p. 36) que les Canicianas se sont d'eux-mêmes réunis en grands villages, afin d'obtenir des missionnaires.

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