‹ L'homme amâericain de l'Amâerique mâeridionaleChapitre 81 sur 117 · Père de Eguiluz , p · texte numérisé non relu

Père de Eguiluz , p

brusques et n'ont pas la moindre politesse. Seuls ils mangent les caïmans et les chassent avec adresse.

Leur industrie se bornait jadis à la confection des armes et des pirogues; aujourd'hui encore ce sont les moins industrieux de tous les habitans des missions de Moxos. Ils connaissent néanmoins le tissage et tout ce qu'on fabrique dans les missions.

Leur costume est celui des autres nations moxéennes : les hommes et les femmes ont le tipojr; mais, assez habituellement, les hommes ne portent que Fécorce des ficus.

Leur gouvernement paraît avoir été celui de nombreux caciques, les dirigeant lors des attaques. Leurs fortifications annonceraient parmi eux plus d'unité qu'on n'en trouve chez les autres peuples de la province; c'est bien probablement de là que sera venue la terreur qu'ils inspiraient à toutes ces tribus éparses , en dépit de leur petit nombre, comparé à celui de leurs voisins.

Nous ignorons complètement ce qu'était leur religion primitive. Seulement nous avons encore retrouvé un usage religieux qui s'est conservé, malgré le christianisme, celui de marquer l'âge de nubilité des jeunes filles par un jeûne de huit jours que celles-ci sont obligées de subir, et de se réjouir ensuite, par des libations, de cet heureux événement. Nous avons déjà vu cette coutume parmi les nations australes, et nous la retrouvons encore sur le versant oriental des Andes boliviennes. Les Canichanas sont très-mauvais catho-

liques; ils redoutent toujours leur Yînijama ou génie malfaisant.

Pour la couleur, les formes et la taille, les Canichanas tiennent aux Moxos; mais par les mœurs et les traits, ils se rapprochent plutôt des Tobas et des Mbocobis du Chaco. Leur langue, par ses anomalies, les place auprès des Moxos et des Chiquitéens. Nous croyons néanmoins que les Canichanas appartiennent au rameau moxéen ; mais qu'ils y constituent une anomalie d'autant plus étrange, qu'ils sont entourés de peuples réunissant des caractères d'uniformité remarquables sous tous les rapports physiques. Nous pourrions peut-être trouver, dans l'influence d'un autre régime et de mœurs opposées, l'explication de tout ce qui distingue les Canichanas des autres nations.

NATION MOVIMA.

La nation Movima qui nous occupe en ce moment porte cette dénomination dans la province de Moxos , et elle-même se la donne aussi.

Au temps de la conquête de la province de Moxos, les Movimas habitaient les plaines de l'ouest du Mamoré, sur les rives du Rio Yacuma, à peu près par le 14.e degré de latitude sud, et par les 68.e et 69.c degrés de longitude ouest de Paris. Ils étaient divisés en nombreux villages sur les bords des rivières, ayant pour voisins, au sud et au sud-ouest, les Moxos; à l'est, les Canichanas, et au nord les Cayuvavas. Ils étaient séparés de ces nations soit par des plaines inondées, soit par des forêts.

Les Movimas ont tous été réunis par les Jésuites à la mission de Santa-Àna, située près du confluent du Rio Yacuma et du Rio Rapulo, l'un des afïluens du Mamoré, et il n'en reste aucun sauvage. D'après le recensement, leur nombre, en 1830, était de 1,238 individus.

La couleur des Movimas est absolument la même que celle des Moxos.

Leur taille , plus élevée , est en moyenne d'un mètre 690 millimètres (5 pieds 2 % pouces); ce sont

tous de 1res -beaux hommes, et leurs femmes sont également remarquables par leur haute stature. Nous avons vu des jeunes filles de seize à dix-sept ans si grandes et si fortes, qu'elles pouvaient rivaliser avec l'autre sexe ; et nous croyons que la taille , chez les femmes , est beaucoup au - dessus des proportions relatives qu'elles conservent ordinairement avec les hommes. Terme moyen , nous leur avons trouvé 1 mètre 620 millimètres (5 pieds).

Les formes des Movimas sont au moins aussi robustes que celles des Moxos, et en tout semblables, quant aux détails ; seulement les femmes participent plus de celles des hommes. Les traits ne diffèrent en rien de ceux de la nation citée; ils annoncent beaucoup de douceur ; mais , chez un grand nombre de femmes, on retrouve des traits masculins, et rarement cette délicatesse de détails qui caractérise l'autre sexe. En général , le nez paraît un peu plus large chez les Movimas que chez les Moxos.

La langue, quoique différente, pour le fond, des idiomes des autres nations de la province, se rapproche beaucoup , en raison de la dureté de ses sons et pour sa prononciation , de la langue des Canichanas et des Itonamas, quoiqu'elle soit plus dure encore que ces deux dernières. De même, elle a beaucoup de consonnes jointes ensemble, comme tch, ck, ckl , jn , jl , jr , Ij et ts , ce qui constitue des sons raboteux à l'oreille; la plupart des mois se terminent par des voyelles; néanmoins on y trouve

des consonnes, comme 17., Vn, Ym, le p, Vs, et les sons composés du ck français et du ch espagnol. Le j espagnol est très-souvent employé; Vu nasal n'existe point, non plus que 1'/. Au resle , cette langue n'a aucune anomalie apparente. Les adjectifs y prennent les deux genres. Le système de numération ne s'étend que jusqu'à quatre, et n'a aucun rapport avec les noms des doigts.

Le caractère des Movimas est absolument le même que celui des Moxos; ils ont un grand fonds de bonté et sont des plus sociables. Leurs mœurs ont également dû être identiques, si l'on en juge par leur genre de vie actuel; ils sont pêcheurs, chasseurs, navigateurs et agriculteurs. Leur industrie, à peu près semblable à celle des Moxos , est seulement beaucoup moins avancée, le tissage excepté. Le costume est le même que chez les autres nations de la province.

Nous avons lieu de croire que l'ancien gouvernement des Movimas présentait beaucoup d'analogie avec celui des Moxos. Ils sont aujourd'hui soumis au régime des missions.

Leur religion primitive est tout à fait oubliée; ils se souviennent néanmoins, qu'un génie malfaisant, appelé Canibaba Kilmo , causait tous leurs malheurs; ils avaient aussi la croyance d'une autre vie. Nous avons retrouvé quelques traces de leurs superstitions premières , comme celle de ne jamais tuer un serpent, dans la crainte de devenir lépreux; ou, lois-

qu'ils sont veufs, de ne jamais attaquer un jaguar, certains qu'ils sont alors de succomber.

En résumé, rentière conformité des caractères physiques et moraux des Movimas et des Moxos, nous fait penser qu'ils appartiennent au même rameau , ne se distinguant de la nation type que par un langage tout à fait différent, et peut-être par plus de force corporelle.

NATION CAYUVAVA.

Dans la partie la plus septentrionale du cours du Rio Mamoré existe, à la mission d'Exaltacion , la nation nommée Cayuvava (prononcez Cayouvava). Quelques Espagnols écrivent Cayubaba. l

Cette nation, avant de se soumettre au christianisme, habitait la rive occidentale du Mamoré, à une quinzaine de lieues au-dessus de son confluent avec le Guaporé ou Iténès, sur les plaines entrecoupées de marais et de bouquets de bois qui caractérisent ces terrains. Les Cayuvavas étaient disséminés en tribus sur les bords de cette grande rivière, et sur les petits affluens des plaines de l'ouest2, du 12.e au 13.e degré de latitude sud et au 68.c degré de longitude ouest de Paris. Leurs voisins étaient, au sud, les Movimas; à l'est, les Iténès; à l'ouest, les Maropas de Reyes, et, au nord, les Pacaguaras du Rio Béni. Ils étaient séparés, surtout des deux dernières nations, par des dé-

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