‹ L'homme aux cinq louis d'orChapitre 17 sur 28 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

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en Champagne ; mon presbytère est trop grand pour moi. Quand vous voudrez fuir Paris où vous n'avez trouvé jusqu'à présent que la honte et les larmes, venez à moi, et à nous deux nous élèverons votre enfant. M. le chevalier est un esprit que le monde a perdu ; il n'a pas veillé sur vous comme c'était son devoir. Plaise au ciel qu'il n'ait pas un reproche plus grand à s'adresser ! Si, comme je le crains, le comte ne doit pas revenir, vous ne devez pas rester, ma fille, dans la maison qui a si mal protégé votre innocence. Le jour où vous aurez perdu tout espoir de retrouver M. de Puymond, écrivez-moi, et j'irai vous chercher* Allez ! prenez courage, et soyez sans remords. Des pécheresses comme vous font la joie des anges et l'édification des hommes. Attendez avec confiance Penfant que le Seigneur vous envoie. C'est peut-être votre rédemption. Toutes les mères dévouées sont saintes, et vous êtes trop résignée et trop chrétienne pour que le bon Dieu ne vous ait pas prise en pitié.

Ma mère rentra chez elle avec un rayon dans le cœur,, et quand je vins au monde, quelques jours après, son premier cri fut un remerciaient au ciel.

Mon oncle fut ravi de posséder Un neveu. Il m'éleva dans ses deux mains, et chercha à deviner à qui je ressemblerais. Le nom du comte vint

AUX C1RQ LOUIS D'OR, lili

sur les lèvres de la malade. Où est-il ; pourquoi n'est-il pas ici? dit-elle.

— Il viendra, petite sœur, aie confiance, répondit Antoine, qui prenait son parti avec une légèreté étrange, et qui semblait trouver le réveil de quelque joie mystérieuse dans un événement qui déshonorait son nom.

Rien ne fut changé dans l'existence de Marie. Antoine tenait toujours table ouverte, il faisait de For de tout ce qu'il touchait. Du fond de sa chambre, en berçant son nouveau-né, la pauvre mère entendait toujours ces rires, ces éclats de fêles, et son chagrin, enveloppé d'une sérénité religieuse qui l'affermissait tout en l'épurant, répandait une pâleur mélancolique sur son visage et creusait des ombres autour de ses beaux yeux.

Il semblait que le comte de Puymond fût un personnage aérien dont la trace, impossible à retrouver, déconcertât toutes les recherches. De temps en temps, mais bien rarement, ma mère s'informait de lui. Antoine répondait qu'il voyageait, qu'il était dans ses terres. Un jour le chevalier dit que Philippe venait de partir pour les Indes, et il accompagna cette nouvelle d'un blasphème énergique, faisant entendre que le séducteur s'était dérobé ainsi aux effets d'un courroux légitime.

Ma mère savait au juste ce que valait ce

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