‹ L'homme aux cinq louis d'orChapitre 18 sur 28 · L'HOMME · texte numérisé non relu

L'HOMME

prétendu courroux. Antoine n'avait pas dti épouvanter beaucoup le comte , et il y avait évidemment entre ces deux hommes un secret dont elle était la victime. A tous ses maux se joignit donc désormais la défiance de son frère, en qui elle pressentait un complice de M. de Puymond. Son amour brûla toujours au plus profond de son âme : mais ce fut dès lors une lampe sépulcrale, sur laquelle un marbre était posé, et qui n'éclairait plus qu'un tombeau. Elle ne pouvait arracher de son souvenir un nom qui avait résumé si longtemps toutes les joies espérées, toutes les félicités rêvées, mais ce nom ne fut plus qu'un fardeau qui la courbait, et, m'embrassant avec un baiser de mère et de veuve, elle comprit que j'étais pour toujours un orphelin.

Quelques années se passèrent. Je me développai lentement, faiblement. Baigné de larmes, n'entendant jamais ces doux chants de nourrice qui apprennent le sourire, j'étais si chétif, si pale, si muet, que ma mère tremblait souvent de me trouver mort dans mon berceau.

Antoine respecta d'abord la retraite absolue dans laquelle s'était enfermée sa sœur. Il la laissait libre, la visitait rarement, ne lui parlait plus du comte et allait ù ses plaisirs, sans la contraindre, comme autrefois, ù présider les fêtes qu'il donnait chez lui ; mais après trois années

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ainsi écoulées, le chevalier commença à gronder doucement Marie de son deuil , de sa solitude. Dans l'intérêt même de son enfant, il était bon, disait-il, qu'elle rapportât plus d'air et plus de soleil dans sa chambre. D'ailleurs, si elle avait été trompée, était-ce donc une raison pour condamner définitivement le monde, et pour ne lui demander ni espérance, ni amour? Il y avait d'autres gentilshommes que M. de Puyruond^ et la blessure faite à l'honneur de sa famille et au cœur de Marie pouvait se cicatriser par un mariage.

Aux consolations^ ma mère répondit d'abord par son profond étonncment el par des larmes* Elle s'attristait de ne pas trouver dans son frère cette délicatesse, cette intelligence de ses douleurs dont elle avait besoin; puis, comme le chevalier revenait à la charge et mettait plus d'iusislance dans ses conseils, elle eut peur.. Quoi? ce n'était pas assez d'avoir contraint son innocence à côtoyer l'abîme, ce n'était pas assez do sa première chute, il fallait donc qu'elle séchât ses larmes^ qu'elle remît du rouge sur ses joues flétries, et qu'elle revint prendre place, avec l'assurance d'une vertu infaillible ou d'une conscience focile à s'apaiser, au milieu de ces joyeux convives, dont elle aurait encore à subir les outrageantes politesses. Quoi ! c'était son frère qui lui

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disait d'oublier sa faute et de déserter 1e berceau de son fils; mais quel singulier amour avait-il pour sa sœur? et quel était ce monde dans lequel les sentiments de la famille se dénaturaient ainsi? Plus que jamais, ma mère se sentit menacée, perdue. Elle s'épouvanta de cet abandon et songea au vieux prêtre qui l'avait si paternellement accueillie; elle lui écrivit, et, en attendant sa réponse, s'enferma dans sa chambre , redoutant non-seulement les instances amicales d'Antoine, mais encore peut-être quelque surprise, quelque violence nocturne, tant cette maison lui semblait devenue peu sûre pour elle, et tant elle se défiait de tout ce qifi l'entourait.

Un soir, la pauvre Marie veillait, comme d'habitude, sur mon sommeil et rêvait à sa triste existence, à cette vie doublement souterraine qui s'écoulait dans ce coin de maison, à l'ombre plus épaisse encore de sa douleur et de ses regrets. La porte était restée ouverte par hasard, et de temps en temps une faible lueur moulait avec un bruit de voix chaque fois que la porte de la salle ù manger, placée au-dessous, s'entr'ouvrail pour laisser passer un valet.

Dans un de ces intervalles de bruit et de rayon, Marie entendit prononcer son nom et celui du comte de Puymond. Elle tressaillit. Mon père était-il là ? Que pouvait-on dire d'elle et de lui ?

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Un secret effroi la rendit curieuse. Elle sortit de sa chambre, descendit quelques marches, se pencha sur la rampe de l'escalier et écouta. La porte resta quelque temps enlre-bàillée, et le bruit monta, distinct et sonore, jusqu'aux oreilles et au cœur de la pauvre Marie. Une voix inconnue disait :

— Sais-tu bien, chevalier, que tu as là une belle spéculation, et que ton neveu, s'il grandit, peut te rapporter gloire et fortune!

— Je l'espère bien, répondait Antoine; mais le petit est bien ehétif, c'est un souffle*

— Ah ça ! et ta sœur ne se doute de rien?

— De rien. La pauvre enfant, ainsi que je vous le disais, croit aimer un certain comte de Puymond, parti pour les Grandes-Indes, d'où il reviendra quelque joufr. Si elle se doutait que ce prétendu mari est marié, et que ce petit gentilhomme sentimental est tout bounement le duc d'Orléans, elle serait capable d'en mourir de chagrin*

Bah ! les mères ne meurent jamais, et le duc fut charitable en lui laissant un fils.

— C'est égal, messieurs, reprit Antoine, j'ai quelquefois pitié de ma pauvre petite sœur. Elle est si douce, si belle, si modeste !

— Coquin, tu veux nous tenter en nous disant cela* Mais, enfin, quand la verra-t-on, cette belle

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désolée? Tu la promets toujours et ne la produis

jamais.

— Je Voudrais bien vous y voir, marquis ; ces petites consciences dévotes sont comme des hérissons, on ne sait par où les prendre.

— Et combien le duc t'a-t-il payé celle idylle?

— Fil messieurs, s'écria Antoine, vous êtes injurieux dans vos suppositions.

— Eh ! non, répliqua un autre, nous sommes tout au plus indiscrets.

— Ainsi donc, tu prétends faire reconnaître et légitimer Ion neveu Philippe par son père?

— Certes, je le prétends, et bien d'autres choses encore !

— Ah ! mon cher* que tu es heureux d'avoir une sœur!

— Hélas ! je n'en ai qu'une.

— Chevalier, je te propose une autres affaire, si tu veux. Ta sœur...

La porte se referma ; ma mère, que Phorreur avait clouée ù sa place, n'entendit plus rien ; elle entassez de force pour rentrer dans sa chambre. Mais à peine ful-elle près de mon berceau, que tout son courage l'abandonna et qu'elle s'évanouit. Quand elle revint a elle, la pensée du piège infâme dans lequel elle était tombée lui apparut tout à coup. Elle éprouva d'effroyables déchirements: il lui semblait que son cœur s'en

allait par lambeaux, et que dans chacune des parcelles son âme, multipliée, vivait et souffrait. Quoi ! elle avait été le jouet dtin débauché, d'un homme que ses scandaleuses amours rendaient l'effroi des familles, et son frère, placé par Dieu et par son père pour la protéger, ne lui avait pas dit : Prends garde î ne Pavait pas avertie, ne l'avait pas écoutée quand elle était venue à lui. Bien plus, il s'était fait le complice de ce crime, et il avait peut-être touché le prix de ce pacte odieux qui livrait Phonnenr de sa sœur aux monstrueux caprices du duc d*Orléans.

Ma mère passa la nuit dans des douleurs inénarrables. Elle tombait, par intervalles, dans de mornes stupeurs auxquelles succédaient des larmes convulsives. Tout ce qu'elle aimait était déshonoré, mort pour elle. Son Philippe, son époux, n'était qu'un comédien sacrilège, et son frère en était venu à ce point de dégradation de livrer a la risée de ses convives le récit de la séduction et de là vente de sa sœurt

Vers le matin, la résolution de ma mère était prise; elle quitta la maison eu m'emportant dans ses bras ; elle n'attendit pas la réponse de Simon Benoît, et partit pour Belle-Assise.

Antoine, ne la voyant pas de la matinée, monta dans sa chambre, et trouva sur une table, à son adresse, un billet ainsi conçu :

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« Antoine, je pars pour toujours. Je sais tout. Je sais que le comte de Puymond était le masque du duc d'Orléans. Je ne vous maudis pas, mon frère, je vous plains, et vais prier pour vous. »

Antoine fut alarmé de ce brusque départ qui déconcertait ses projets. Il apprit par la réponse de Simon Benoit, qui vint le lendemain de la fuite de ma mère, quel pouvait être le lieu de sa retraite ; mais il ne fit aucune démarche pour apaiser sa sœur, et depuis lors tout fut rompu entre eux.

Je vous ai dit quelle fut à Belle-Assise, dans cette sainte maison , la vie de la pauvre victime que mon égoïsme a tuée. En repassant ces années calmes et tristes, ma mère trouvait dans sa lettre de chaudes paroles de reconnaissance et de vénération pour celui qui nous avait ouvert un asile. Elle m'adjurait de l'aimer, et prévoyant, hélas ! les torts de mon orgueil envers lui, elle laissait échapper de ces plaintes si douces dont je croyais entendre, en les lisant, l'accent pieux et tendre :

« Mon fils> disait ma mère en terminant, tu sais à quel crime tu dois ta naissance, tu connais le nom de ton père. Choisis entre ceux qui ont perdu ta mère et l'ami qui l'a sauvée. Ton onclo essayera sans doute, en flattant tes passions, de l'intéresser à ses spéculations ambitieuses, et de faire de toi le complice de ses menées envers le

régent. Au nom de ta mère, morte pour toi et en te bénissant, ne t'associe en rien> mon fils, à ces projets. Ne reçois pas le prix de ma honte, ne me venge pas non plus. Sois seulement assez grand, assez noble, pour fuir, sans regarder derrière toi, sans regretter ou sans maudire. Avant de fermer celte lettre, je dépose mes baisers sur cette page, en pensant que tu seras tenté sans doute de l'embrasser ! Que ne puis-je y mettre aussi mon âme pour que tu la recueilles de tes lèvres! Adieu, mon bon Philippe, depuis que je me sens condamnée à mort, je suis impatiente de mourir. La mort est le commencement des amours immortelles !

Ainsi finissait le récit que ma mère avait voulu me faire lire et méditer le jour de mes vingt ans.

Je ne saurais vous peindre les sentiments qui s'agitèrent en moi quand, levant mes yeux humides de larmes, je me retrouvai dans cette orgie du Palais-Royal, et quand la pensée me vint que cet homme accoudé sur les nappes, ce régent de France, à moitié ivre, était mon père.

J'éprouvai d'abord un soulèvement d'indigna-

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lion et d'orgueil ; le dégoût et la honte me montèrent au cœur ; f j'étais tenté de me précipiter sur mon oncle, et de faire une justice solennelle et publique de son infamie. Quant au régent, je me sentais près de le haïr : et pourtant, il y a quelque chose de si fort, de si puissant dans le nom de père, que j'étais partagé entre la tentation de le maudire et

celle de l'aimer.

Je me levai, éto&rdi du coup terrible que mon cœur et ma raison avaient reçu, et je m'approchai du duc d'Orléans. Il me regarda en riant :

— Quelle mine lugubre vous avez, chevalier!

me dit-il ; d'où revenez-vous donc?

— Monseigneur, je viens de loin, en effet.

Savez-vous ce que dit celte lettre?

— Quelque sot couplet , n'est-*ce pas , comme

celui de l'abbé?

— Monseigneur, cette lettre me révèle le nom

de mon père.

Le régent fit un mouvement, se remit aussitôt,

et me dit avec froideur :

— Et quel est-il ?

— La lettre assure que je suis le fils d'un certain comte de Puymond, qu'on nommait aussi monseigneur Philippe d'Orléans.

— Cette lettre a menti.

— Ah ! c'est assez d'avoir tué ma mère, mouseigneur, ne l'insultez pas. La sainte qui a tract 1

ces lignes n'a jamais profané sa vie de Pombre d'un mensonge.

J'avais mis quelque animation dans ces paroles ; le régent sourit.

— Eh bien ! j'admets que celte lettre dise vrai, chevalier; que prétendez-vous en conclure?

Je gardai un instant le silence. Je ne savais plus pourquoi j'étais venu au duc d'Orléans, armé de cette révélation. Le sourire de cet homme me désarmait de ma colère. J'avais au fond de mon ame tant de sentiments refoulés , comprimés , qu'en présence de mon père une sorte d'attendrissement me gagnait. Je n'avais pas à venger ma mère; elle me l'avait défendu. Je pouvais donner libre carrière aux instincts qui m'agitaient.

— Ah ! monseigneur, repris-je avec une voix émue et en fléchissant presque le genou devant la majesté du prince et devant celle du père, pardonnez-moi si je réclame au nom de ma mère, au nom de. ce secret, une place dans votre affection. Je suis un orphelin et un ambitieux de bonheur; j'ai besoin d'un père et d'un ami.

— Enfant, me dit le régent en posant sa main sur mon front, vous jouez mal votre rôle et votre oncle vous l'a mal appris.

— Quel rôle? demandai-je étourdi de cette réponse.

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— Parbleu i croyez-vous que je ne devise pas les projets conçus par Antoine et cou fiés à voire éloquence ? Il s'agit de m'attendrir et de me faire un peu peur du scandale. Je vous avertis, monsieur, que vous ne prenez pas plus le chemin de ma tête que celui de mon cœur. Je trouve cette scène passablement ridicule. Nous sommes ici pour boire et non pour nous livrer à des reconnaissances pathétiques. Retournez à votre place, chevalier, et laisscz-jnoi tranquille.

StupéfaiUde cette réponse qui calomniait le mouvement si loyal qui m'avait guidé, je regardai le duc d'Orléans avec des yeux effarés, ne sachant qu'opposer à celte poignante ironie, et sentant la colère, un instant dissipée par mes illusions, sourdre et remonter en moi.

Le régent continua :

— J'ai pu, monsieur, m'intéresser à vous, tant que vous m'avez paru ignorant du hasard qui vous avait honoré de mon sang; j'ai pu vous admettre à cette table et rêver quelque moyen de vous aider à percer celte obscurité qui vous pèse; mais à l'intrigant qui songe à m'exploiter, je refuse toul ; je ne le connais pas. Vous n'êtes, mon cher, que le fils de mademoiselle d'Aubigné. Aimez votre oncle, soyez son héritier; mais sachez bien que vous n'êtes chez moi que mon convive et que le sujet du roi.

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C'en était trop, cette dureté, cette défiance me révoltèrent; je froissai la lettre, et me tenant debout devant le duc d'Orléans:

— Ainsi, monseigneur, ni la tendresse d'un fils, ni le dévouement d*un loyal gentilhomme, rien ne vous tente? Ainsi, vous me repousse»?

— Je fais plus, monsieur, dit le régent d'un ton froid, je vous fais chasser par les laquais si vous ajoutez un mot.

Cette dernière menace m*exaspéra. Je fis un geste si violent que, s*attendant à quelque insulte grossière, le duc se leva. Mon oncle, devinant à l'animation de mon visage et à la pâleur du régent que quelque chose de grave venait de se passer, se rapprocha ; le duc lui dit en raillant:

— Recevez mon compliment, chevalier, vous avex là un neveu qui vous fait honneur. Tl a profité de vos leçon§; mais renseignez-le donc mieux sur sa famille; qu'il ne s'avise plus de vouloir sauter au cou du premier venu en le nommant son père. Si les, femmes de votre maison font des bâtards, monsieur d'Aubigné, c'est à vous d'en prendre soin, et de leur inspirer l'humilité et la prudence qui conviennent à leur position.

— Je vous assure, monseigneur!... balbutia Antoine, déconcerté de ce reproche, et fort surpris d'apprendre que je savais tout.

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— Ne me faites pas de protestations, et emmenez voire neveu ; le vin lui trouble le cerveau, il a besoin de sommeil»

Et nous tournant le dos, le régent alla s'asseoir près de Dubois, et si Ton n'avait pas vu sa main trembler encore d'émotion, on eût pu croire qu'il quittait un entretien paisible et sans importance.

— Ah ça ! mon neveu, dit le chevalier, m'expliquerez-vous ce que cela veut dire?

Je me retournai vers mon oncle, et chargeant mon regard de toute la haine et de tout le mépris que la lecture de la lettre avait amassés en moi :

— Que voulez-vous savoir, monsieur? comment j'ai appris votre infamie et le malheur de ma mère? Que vous importe!

— Sortons, Philippe, vous ne pouvez plus vous contenir; on vous regarde, on vous observe.

Venez.

— Non; j'ai encore à profiter de tout ce que je vois. Mon oncle, vous avez voulu faire mon éducation et me lancer dans le monde. Eh bien ! je m'instruis ici. N'est-ce pas là ce qu'il y a de plus illustre, de plus noble en France? D'ailleurs, chevalier, toutes les bouteilles ne sont pas vidées.

Laissant mon oncle mécontent et inquiet, je m'approchai de la table, j'emplis plusieurs fois

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mon verre ; j'avais besoin de m'étourdir, d'oublier, et tout à la fois de m'irriter.

Gomme je portais pour la troisième fois le verre débordant à mes lèvres, je rencontrai le regard fixe et persistant de Marguerite ; elle avait tout vu, tout entendu, et elle m'observait.

— Je bois à vous, ma belle! m'écriai-je avec un éclat de rire qui me déchira la poitrine en sortant; à vous, Vénus victorieuse! Vous ne savez pas que j'ai retrouvé mon père, et que, par un singulier hasard, vous êtes un peu ma mère!

Marguerite, au lieu d'accueillir avec son cynisme habituel, avec son impitoyable raillerie cette insolente provocation que le vin m'inspirait, devint sérieuse; je me rappelai depuis qu'un soupir s'était échappé de sa poitrine.

— Parbleu! messieurs, continuai-je, ne pouvant retenir un flux de paroles qui me montait aux lèvres; il faut que je vous raconte une histoire qui va tous vous faire rire, vous aussi, monseigneur, vous aussi, l'abbé, et vous aussi, mon oncle; elle n'ennuiera que moi; mais je me sacrifie.

— Nous écoutons ! me cria-t-on de plusieurs points de la salle.

Le régent éleva la voix :

— Chevalier, prenez garde! me dit-il avec une colère qu'il dissimulait mal sous un sourire.

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