‹ L'homme aux neuf millions [microforme]Chapitre 2 sur 9 · RE · texte numérisé non relu

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retourner à Paris enne lui sorrer la main et l'assurer, uns dernière fois, de la profonde affection qu’il lui portait, É è

Il avait donc lai sa fille, Edmée, chez des parents qui habitaient une ville voisine, et il accourait anxieux, attristé, craignant d'arriver trop tard,

Cependant le due lui avait fait signe d'approcher, nt leurs mains restèrent un moment serréos dans une +. pathique et muette étrointe,

— Cher ni,,,, balbutia enfin le due, d’une voix émue,,, Ai. vous êtes bien, vous, le digne fils de votre père... merci ;.our ln bonne pensée que vous avez eus de venir, C'est une joie sur laquelle je ne comptais pas, et qui adoucira aussi l'amerturr:: de mes derniers moments,

Fuis, se tournant vers Me Durandeau qui avait échan. gé quelques mots mpides avec le comte :

—Et maintenant, ajouta-t-il, d’un ton presque ferme, écrivez, monsieur, et n'oubliez pas aucune des recommandations que j'ai à vous faire, =

Ce qui uivit ne vaut la peine d'être rapporté, que. pou l'intelligence des événements que nous aurons À raconte”: a cours de ce révit.

Les choses se passèrent d’ailleurs, @2 la façon la plne simpdc et la plus Ju Il y avoit à un témoin « torisé, Parvill depuis ongtemps rompu aux affaires. et devant lui il n'y avait plus de place pour un subterfuge.

Le due dicta, le notaire écrivit, et voici sommairetent les dispositions qui furent arrêtées,

Le duc, dans l'ignorance où on l'avait laissé de la mort de Roger, déclarait qu’au moment de quitter cette vie, il demandait pardon à son fils pour la rigueur qu’! avait montre à son égard, et Jui laissait toute sa fortuñc,—s’il vivait encore.

En cas de décès, cette fortune devait revenir au comte

de Blangy, qui, sous réserve des constatations légales à produire, en aurait l'administration provisoire et en tou. chorait les rovenus,

En attendant, pour reconnaître les bons offices du comte, et lui laissr un témoignage de son affection et de son estime, il lui kiguait une somme de deux cent mÂlle francs, en possession de Inquelle il entrerait dès que les formalités d'usage auraient été remplies,

Ce n'était pas là précisément ce que le comte avait espéré, mais le dernier mot n'était pas dit, et il n'avait pas longtemps à attendre.

Le lendemain, on apprit que le due était mort. vers les premières heures du jour, entre les bras du comte, de la vieille Ureule et du médecin qui avait été appelé en {Le hâte,

Quand on le conduisit à sa dernière demeure, son cer-

ueil ne fut suivi que par ceux-là seuls qui ne pouvaient faire autrement.

Le comte et Me Durandeau furent naturellement de reux-hà et les sceptiques dn canton mirent une certn'ne malice À faire remarquer avec quel air de componction affectée ils assistèrent à toutes les cérémonies qui accompagnèrent d’ihumation.

On savait déjà que le comte héritait d’une somme de deux cent mille francs, en attendant que l'héritage lui revint tout entier—et, quant au notaire, nul n’ignorait qu’il allait toucher un chiffre d'honoraires auquel il n'était pas habitué,

Mais ces critiques touchaient peu ceux qui en étaient l’objet; ils avaient, l’un et l’autre, bien autre chose en tête...

Quand ils retournèrent au château, après la cérémonie, ils trouvèrent un succulent déjeuner qui leur avait été préparé... et qui ieur fut servi dans je salle à manger.

Ils avaient faim l’un et l’autre, et mangèrent de bon appétit.

Me Durandeau surtout Fer

Il était jeune, robuste, sanguin, et on ne l'avait ja. Mais vu bouder devant un déjeuner de maître, arrosé de bon bordeaux ou de bourgogne.

Us restèrent près d’une heupre à table et le jeune notaire y fut resté plus longtemps—tant ji] s’y trouvait bien—«i, au moment de prendre le café, le comte ne s'était levé et ne l'avait invité à passer dans son appartement. .

—J’ai là d’excelients ci fumer à notre a

i ces valets qui écoutent, pour le rape nous disons. N’est-ce pas votre avis ?

: que M. le comte, ré-

“estomac reconnaissant.

mité de , ntiments et d’ 5

Et, suivi par le notaire, il Passa sur ces mots dans le Cabinet attenant à sa chambre à coucher.

Alors, il présenta une boîte de havanes à Me Durandeau, et quand chacun eut allumé son cigare, le comte s’assit près de la fenêtre, et invita le notaire à venir prendre place à ses côtés.

—Je vous disais tout à l'heure, commença le comte, que je vous rendrais le reçu entaché de faux, que vous avez remis au duc, mais depuis une heure, j'ai mûrement réfléchi, et je crois quil est préférable que ce document reste entre mes mains.

-—Mais, monsieur le comte!... se récria Me Durandeau.

—Ne vous effrayez pas ainsi, cher monsieur, et voyez les choses sous leur vrai jour! Ce document est une arme entre mes mains, et vous conviendrez vous-même quil faudrait que je fusse bien naïf pour m’en dessaisir.

—Cependant..….

—Qu’arriverait-il, en effet, ei je vous le rendais?. vous cesseriez immédiatement d’être à ma merci... et peut-être même vous laisseriez-vous aller à quelque indiscrétion où il n’y aurait plus aucun danger pour vous.

— Ah! je vous jure...

Le comte eut un sourire railleur.

——Dieu me garde de mettre en doute votre bonne foi et votre sincérité, dit-il; mais la ituation est trôp bonne pour qu’il me vienne à l’esprit de la vouloir modifier. Donc, je garde le reçu, et de cette façon, je suis assuré

que vous ne me refuserez pas de me rendre les quelques petits services que j'ai à vous demander.

M: Durandeau s’agitait sur son siège tt regardait son interlocuteur avec des yeux égarés.

Il se sentait acoulé dans une impasse, à laquelle il cherchait vainement une issue, et son coeur était partagé entre mille sentiments contraires où se mélaient avec vio= lence, la rage impuissante, la colère aveugle, et l’ardent désir de Ja vengeance.

Mais le comte le tenait. 11 n’y avait à espérer de lui aucune pitié dans une affaire où tous ses intérèts étaient profondément engagés.

—Qu'attendez-vous done encore de moi? balbutia-til avec effort

—Oh lpicsque rien, répondit le comte eur le même ton ironique et froid. Je n’ai pas besoin, n’est-ce pas de vous rappeler que je n’ai qu’un geste à faire pour vous envoyer finir vos jours à la Nouvelle-Calédonie, Seulement, je tiens à vous répéter que telle n’est pas mon intention, et je préfère vous aider à conquérir une fortune qui vous permette de retourner à Paris, et d'y retrouver mademoiselle Cascadette qui a, j'en suis sûr, conservé de vous le meilleur souvenir.

—Une* fortune... Cascadette... répéta machinalement le malheureux notaire.

—Cette perspective ne vous sourit-elle pas ?

—Mais qnel moyen ?

—T1 y en a un.

—Ah ! dites ! dites!

—Voici.

Le eomte avait tiré de son portefeuille les deux lettres de Cincinnati, que Durandeau lui avait remises la nuit précédente, et il les avait ouvertes et parcourues rapidement.

—Aux termes de l’une de ces lettres, continua-t-il peu après, Roger est mort presque subitement à New-

York, sans avoir eu le temps de régulariser sa position. Les uns prétendent qu'il était riche, d’autres, qu’il n’avait que ces ressources passagères que procurent certaines affaires aventureuses auxquelles se livrent la plupart des Américains. Depuis trois années, il réalisait, dit-on, des bénéfices considérables, et votre COrrespolldant laisse entendre, sous une forme trop vague pour qu’elle ait une sérieuse valeur, qu’il avait passé un contrat d'assurances avec une des grandes compagnies du Nouveau-Monde, qu en cas de décès de Roger, devait payer à son fils une somme presque extravagante. Il y a là une exagération évidente qui n’étonne que médiocrement : la part d’un Yankee, ou d'in Français qui Vétait probablement devenu. Mais, toutefois, il est prudent d’en tenir compte,

Votre correspondant assure que des recherches ont déjà été faites, et que l’on n’est pas parvenu à découvrir ce fils de Roger,et au plus tôt, à tout prix, je veux être fixé sur ce point qui est capital.

—@ue désirez-vous done que je fasse? interrogea Me Durandeau, qui ne pénétrait pas bien encore la pensée du comte,

—Dans quelques jours... vous partirez pour Ci::cinnati.

—Moi.

—Vous vous méttrez, dès votre arrivée, en communication avec votre correspondant, auquel je vous ferez connaître 1a nature des renseignements que j’entends obtenir... Vous devrez relever avec soin tout ce qui concerne le fils de Roger qui a disparu, paraît-il, sans qu’on explique les causes de cette disparition invraisemblable, Je veux savoir ce-qu’il est devenu, entendez-vous, où il vit, et eurtout, s’il vit! Vous comprenez. En Amérique, l'argent est, dit-on, souverain, et l'argent ne vous manquera pas |

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—Oh! j'ai bien peur de ne point être à la hauteur de la mission que vous me confiez,

— N'ayez pas tant de modestie, maître Durandeau ; je vous connais, moi, mieux que vous ne vous connaissez Vons-même, ot je ne doute Pas que vous ne réussissiez à merveille ; mais écoutez-moi jusqu’au bout,

— N'est-ce pas tout ?

—Non.

—Qu’y a-t-il encore?

Le comte parut réfléchir quelques secondes, Ses sourcils se froncèrent ; sa physionomie prit une expression plus sombre,

—Je tiens, reprit-il d’une voix plus accentuée, à ce ‘que Vous vous assuriez de la date précise de la naissance de ce fils de Roger. Con:prenez-moi bien? Nous/ignorons encore dans quelles circonstances cet enfant est né... Si toutes les formalités légales ont été bien remplies, cnfin... s’il est apte à réclamer l'héritage de son père ! Car, admettez pour un moment que quelque accident, —uüun incendie par exemple,—ait détruit les actés authentiques qui l'ont fait légitime... nous n’avons plus rien à craindre de lui... ce m'est plus qu’un bâtard sans droit, sans fami lle, et Îles trois millions du duc de Kervenny reviennent naturellement, légalement, au comte de Blangy qui reste le seul descendant direct! Est-ce clair ?

—Parfaitement,

—Et vous avez bien saisi ce que j'attends de vous ?

—Monsieur le comte. A,

Le comte se redressa le front haut et rassénéré,

Il frappa familièrement sur l'épaule du Pauvre no-

re.

—Tout est Pour le mieux, conclut-il ; dès der:ain, vous vous mettrez à l'oeuvre, et avant huit jours, vous irez vous embarquer au Havre, sur le Premier transatlantique qui chauffera pour New-York.

Toutefois, comme je ne prétends pas abuser du pouvoir que me donne le faux que je détiens, voici une di- #ine de nulle f rancs, que je vous prie de vouloir bien accepter À titre d'argent de poche et avant de vous rendre au Havre, je vous autorise à faire une pointe sur Paris, pour ÿ revoir mademoiselle Cascadette, qui vous sera reconnuissante de cette attention. Est-ce convenu ?

Me Durandeau cut un geste résigné.

—Ve ferai ce que monsieur le comte m’ordonne! ditil avec humilité,

—Vous êtes un homme charmant, cher monsieur. .. et vos verrez, À votre retour, que vous n’aurez point obligé un ingrut. d

Le comte s'était levé, son interlocuteur en fit autant, et ayant salué profondäment, il s’éloigna en proie à une colère dont il avait eu bien de la peine à modérer la violence,

Quand il eut franchi la grille du château, et qu’il eut gagné la campagne, il s'arrêta pour respirer.

Le souffle Jui manquait, des gouttes de sueur perlaient à ses tempes. .. il était prêt de suffoquer,

Cela dura quelques minutes. Puis il secoua la tête avec force; une détente se produisit: il redevint plus calme.

—Oui! oui!.., Murmura-t-il avec un dernier tremblement dans la voix... + J'irai à New-York... Je ferai cette recherche qu'il m’ordonne puisqu'il me tient et peut m’envoyer au bagne!.., Mais malheur à lui!... si jamais l’occasion se' présente de me venger !

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