‹ L'homme aux neuf millions [microforme]Chapitre 8 sur 9 · IL · texte numérisé non relu

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peine fait quelques pas que Laura s’arrêta glacée d’effroi.

Renardin et Cox leur barraient le passage.

—Ah! misérables! cria la jeune femme, que voulezvous? qui vous a donné le droit de pénétrer ici ?

Pour toute réponse, Renardin entoura sa taille de ses deux bras vigoureux, pendant que Cox se ruait sur Max en brandissant un poignard. =

C’en était fait de ce dernier peut-être, et il était destiné à périr dans cet odieux guet-apens, quand un incident inattendu vint tout à coup changer la face des choses.

C’était Anatole.

Il arrivait par la grille qui donnait sur le boulevard, et entendant du bruit, il était accouru.

D'un geste rapide et prompt, il arracha son poignard à Cox et alla dégager Laura qui jeta un cri de triomphe.

—Ah ! c’est bien, cela! c’est bien ! dit-elle éperdue.

—Qu’y at-il done, et à qui en veulent ces hommes ?

—Demandez-le à eux-mêmes.

Anatole qui ne comprenait rien encore, s’était tourné vers Cox et vers Renardin; mais ces derniers avaient jugé prudent de ne point se prêter à un interrogatoire indiscret, et ils venaient de fuir.

Alors son regard chercha Max, et il tressaillit.

Du premier coup d'oeil, à la lueur d’un bec de gaz, il l’avait reconnu !...

—Vous !dit-il... vous!... ici... à cette heure... ah! vous allez m’expliquer..…. ;

Mais Laura voulut lui prendre le bras et l’entraîner dans l’hôtel.

—Venez venez... insista-t-elle; il faut que je vous parle. Ce que vous avez fait prouve que vous ignoriez lodieux guet-apens que l’on avait préparé. Et quand vous connaîtrez dans quel but ces misérables se sont irtroduits ici...

Anatole résista à l'instance de la jeune fille.

La vue de Max l'avait rendu à toute sa colère. (C'était son rival!... le fiancé préféré d’Edmée, et il sentait sa poitrine se soulever de fureur.

1 abandonna le bras de Laura et alla droit à Max.

—Pardon, monsieur, dit-il, en l’entraînant à quelques pas... C’est le hasard qui nous met aujourd’hui en face l’un de l’autre, et vous ne trouverez pas mauvais que j'en profite pour obtenir de vous une explicätion.

—(Que voulez-vous savoir ? fit Max, qui, de son côté, n’était pas moins ému, ni moins irrité peut-être. -

— Vous êtes le fils du comte Roger?

—Oui, monsieur,

— Et vous avez demandé à M. Parville la main de sa fille ?

—Qu’il a bien voulu m'accorder.

—Vous n’ignorez pas cependant que mademoiselle Edmée m'avait été promise !

—Je le savais en effet, et l’on m'avait dit en même temps, que vous n’étiez pas aimé!

—Monsieur ?

—N’est-ce pas la vérité?

—Eh! qu’importe!... si je l’aime! car si elle ne doit pas m’appartenir, j'entends qu’elle n’appartienne à personne.

Max sinclina ironiquement.

—Je ne vois pas bien comnient vous pourrez empécher que cela soit, répondit-il, sur un ton railleur.

—11 y a un moyen.

—Lequel ? <

—Et je saurai au moins”äi le fils de Roger a hérité du courage de son père. ë

—Un duel!... fit Max, l’oeil subitement travers par une lueur d’acier. .

Mais il se contint.

—Soit, monseur, ajouta-t-il aussitôt, d’une voix plus

calme! soit! je suis tout disposé à vous édifier complètement sur ce point, comme sur les autres. Demain, si vous voulez envoyer vos témoins à mon hôtel, vous pouvez être assuré du bon accueil qu’il leur sera réservé,

Puis, ayant salué Laura, plus morte que vive, il gagna sa voiture qui l’attendait sur le boulevard.

Une heure après cette scène, le comte de Blangy attendait seul, dans ce cabinet somptueux, où nous l’avons déjà vu... et il se promenait de long en large, le visage altéré, les sourcils contractés, en proie à une agitation, à une inquiétude qu’il n’essayait pas de dissimuler.

Tout à coup, il suspendit sa promenade heurtée, et marcha vivement vers l’un des coins de la chambre.

{1 y avait là une porte d€robée qui donnait sur le jardin, et il venait d’y entendre frapper.

Il se pencha.

—Est-ce vous, Cox? demanda-t-il, la voix étranglée, le corps frissonnant.

—C’est moi, ouvrez! répo: la voix de Cox.

La porte s’ouvrit et il entru...

Il était essoufflé... la figure un peu pâle, les traits légèrement convulsés,

—Eh bien? interrogea le comte, sans oser le regarder en face.

—Raté!... répondit Cox.

—Et quoi!... ce Max.

.—Aussi bien portant que vous et moi!

—Cependant. .….

—Ah ! oui, cependant... le coup était bien préparé... et pendant dix secondes, je l’ai tenu au bout de mon poignard... mais votre imbécile de fils est venu se jeter en travers, et nous avons dû fuir.

— Anatole était là! il vous a vu... il sait!....

Le comte eut un épaules,

—Eh non! il ne sit rien, répli, qu'est tout le mal: car S'il avait été mis dans la confi. dence,.. peut-être qu'il nous aurait Inissé faire,

— Lui! quelle odicuse supposition, . ,

Cox fit entendre un ricaner

—Le voilà bie pudence : il

geste d'horreur... Cox haussa ‘es

til; et c'est Ja

nent cynique,

n'avancé maintenant... dit-il avec 1m a sauvé le jeune Max, et ce sera À recommencer... sans compter qu'il va avoir un Vel et bon duel sur les bras.

—Que dites-vous ?

Eh! pardieu... rien que de logique... les deux jeunes gens ne s'aiment pas: ils en veulent à la même femme, et quand il Y a deux coqs pour une poule, on joue volontier des ergots,

—Un due! ! répéta le père... mais ce n'est là qu’une Supposition... ils ne se sont Pas provoqués.

—C’est Renardin qui a tout entendu... il est resté en arrière, et d’après ce Qu'il m'a rapporté... je crois que ça y est!

—Îls doivent se battre!

—Demain ou après-demain.

—Ah ‘tout m’accable! Cest horrible...

Le comte s'était laissé tomber accablé Cox se rapprocha doucement de lui,

——Voyons! voyons! dit-il d’une voix insinuante, il ne faut pas se laisser abattre ainsi, que diable! On est homme, et tout n’est pas perdu,

—Qu'espérez-vous donc encore? fit le comte en regardant son interlocuteur avec étonnement.

—Ù ne faut jamais désespérer.

—Mais ce duel!

—Ï] aura lieu.

—Et s’il tue mon fils?

—1l ne le tuera pas!

que faire ?

sur un divan;

ssa ‘cs

est là confi-

C 1m eCcom-

t bon

deux nême è, on

l’une

resté rois

Cox eut un sourire énigmatique,

—Cela, dit-il, c'est mon affaire! Le marché tient toujours, n'est-ce pas 2... Et vous n'allez pas vous montrer susceptible sur l'honnêteté des moyens, Vous avez raison: laissez-moi agir, combiner, et, demain, je vous dirai ce que j'aurai préparé... estece convenu®

Ah quand done verrai-je la fin de mes tourments ?

Quand nous vous aurons débarrassé du jeune Roger de Kervenny; et, à moins que le diable ne s’en mêle...

En parlant ainsi, Cox se dirigeait vers la pofte,

—Vous partez? fit le comte... quand vous reverraije ?

—Demain,

—Et vous me direz?

—e vous ferai connaître le résultat de mes réflexions et de mes préparatifs.

—A demain, alors,

—A demain.

Cox s'éloigna.

Cependant, à la suite de la rencontre avec Anatole, Max était rentré à son hôtel, plus agité et plus ému que ne le comportait la situation,

C'était sa première affaire, et de quelque courage que l'on soit doué, on ne peut pas toujours, en pareille occasion, se défendre d'une certaine appréhension,

Max savait admirab'ement manier une épée, et ce n'était pas la rencontre en elle-même qu’il redoutait..

Mais il y avait Edmée, dont le coeur allait ître déchiré, et il ne songcait pas sans crouble, au chagrin qu’elle éprouverait, si quelque propos indiscret lui donnait le soupçon du danger qu’il allait courir.

L'amour s’alarme facilement : il craignit de ne pas assez bien lui cacher lui-même ses préoccupations.

Aussi, résolut-il de se faire excuser le lendemain auprès de ja jolie enfant, et de ne reparaître devant elle, qu'après le duel.

Il dormit mal ce sortit pas, Il ne voulait voir personne, , sans Jonathan.

Comme il achevait de déjeuner, il le vit accourir. —Eh bien !eh bien! fit l'Américain ; que se passet-il? Je sors de chez Parville, et j'y ai appris que vous étiez indisposé : est-ce que vraiment vous êtes souffrant ? —Nullement, répondit Max, avec un peu d’embarras, — Alors, pourquoi ctte défaite ?

—Parce que je me bats demain.

—Vous!... Avec qui?

—Avec Anatole de Blangy.

Jonathan fit un mouvement,

—0Oh! oh! dit-il, voilà du Nouveau, vous l’avez done rencontré ? où cela, à quelle heure, enfin ?.…

Max lui raconta toute l’histoire de la veille,

Le front de l'Américain se rembrunit,

—Cela vient bien mal, dit-il ;et je ne vois vraiment quel moyen employer pour éviter un malheur.

—Pensez-vous que je cherche À me dérober? fit Max vivement,

—Je ne pense à rien de semb] than; mais vous conviendrez qu’à 1 rier avec une jolie petite bourgeoise bien belle duchesse, i] serait estropier par un méchant petit plus rien à perdre.

—Mais je sais manier une épée.

—C’est ce que nous verrons! £s

—Dailleurs, il est tro vois pas...

—Vous avez raison : tout ce que nous dirions ne servirait de rien. I] importe

Paller au plus pressé ; voyons :

Yous ne Connaissez personne à Parie qui puisse accepter d’être votre témpin ?

tte nuit-là ; et le jour suivant, il ne

- Mais il avait compté

able, répliqua Jonaa veille de vous ma-

qui fera, ma foi, une désagréable de vous faire

crevé qui n’a maintenant

P tard maintenant... et je ne

done

ment Max

lona- | ma- , une faire nant

> ne

serTns :

ter

—Je ne connais que vous,

—C'est ce que je voulais dire: oh bien ! c'est moi qui srai votre second,

—Je n'osais vous le demander,

—Et pourquoi donc? n'étais-je pas l'ami de votre père, ne m’a-t-il pas assisté bien souvent, dans des combats autrement redoutables, Ca me connaît, et s’il vous arrivait malheur, je serais Jà près de vous, comme j'é tais près de lui, à l'heure terrible,

—Cher monsieur Jonathan. que ne vous devrai.je !

-—Comme l’a dit un de vos poètes : les enfants n’ont qu’à être heureux pour n’être pas ingrats!... Je ne vous demande rien autre chose. mais, passons aux choses sérieues. .. quand devez-vous vous battre?

—Je ne sais... j'attends les témoins de M. Blangy.

—Quand doivent-ils venir ?

—Oh! je suis sûr qu'il n’a pas moins d’impatience que moi, et ils ne peuvent tarder. Eh! tenez!.., le

-timbre du concierge vient de se faire entendre, Ce doit

Ainsi que le disait Max, deux Personnes venaient de Puiser devant la loge du concierge qui les avait annoncées, et, peu après, un valet prévenait Max, que deux amis de M. Anatole de Blangy demandaient à lui parler.

—C’est bien lrévondit Jonathan, faites entrer ces messieurs au salon et dites-leur que je vais aller les trouver.

Puis, ayant échangé encore quelques paroles rapides avec Max, il alla rejoindre les amis du jeune Blangy.

Son absence dura à peine un quart d’heure. Quand il revint, toutes Jes conditions de la rencontre étaient arrêtées.

On devait se battre le lendemain matin, à eix heures, dans le bois de Vincennes, non loin de la Porte-Jaune. L’arme choigie était Pépée .

Max reçit ces nouvelles ave la plus parfaite tran-

2 Ab A ie

quillité: seulement, quand il } envahit sos joues et ment,

Je vois ce que c'est! fit Jo: ithan, qui l'obsorvait, mais il faut songer à cola Le moine possible, car vous avez besoin de tout votre san gvotre main ne tremble pus,

Oh! soyez assuré que je ne faiblirai pas, répliqua énergiquement Max,

—J’'y compte bien, —Neulement !

—{(juoi done :

Si vous saviez come je lime!

—Et!... je le sais bien.

—Et.., si je devais mourir dans ve tout est possible !

—F irbleu !

—Je voudrais, au moins, e parole d'amour, —Ca se comprend et si là dépendait de noi!

— Est-ce possible ? s —Ce serait cruel! Songez donc, la pauvre enfant est loin de se douter du dange, que vous allez courir, et vous la tueriez en Jui inspirant le soupçon, —Que faire ?

—Attendre, —Pauvre et chère Edmée !. .

doublerait mon courage,

nat À Edmée, la pâleur son Coeur se prit à battre violem-

froid, et il linporte que

tte rencontre, ,

porter le souvenir d'une

. il me semble que sa vue

—Vous êtes un enfant. Prenez garde! Anatole ne tremble pas, lui, et sa haine n’a pas besoin d'excitant. Soyez homme : allez faire des armes, pour vous remettre la main, et demain matin, à cinq heures, je vie vous prendre,

—Allez donc! fit Max... Je fofai ce que vous me conseillez ; mais je vais bien penéer à elle, Jonathan e’éloigna; et peu après, conformément à

ndrai

pâleur iolem-

‘rvait, vous

1 que

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r, et

l ‘s que lui avait donné l'Américain, Max se rendik à Une salle d'artes qu'il avait l'habitude da fréquenter.

1! y resta une heure au moins, au bout de laquelle il alla faire un tour au Bois,

Quand 1! rentra il était bien soucieux et se sentait repris par l'ardent désir de voir Edmé.

Mais il avait Promis À Jonathan, il ne voulait pas manquer à «A parole

1 traversa le vestibule, et allait gagner son cabinet, quand un domestique courut à lui,

Qu'y at-il? demanda Max étonné.

Que monsieur me pardonne, répondit le valet, mais rendant son absence, just vent deux personnes pour le voir,

Deux personnes... Qui cela ?

—Une jeune dame et une vieille,

—Ont-elles Inissé leur nom ?

— Elles ont fait mieux ., elles ont demandé à attendre monsieur,

- Où sont-elles done ?

—..u sulon!.,,

Max ent comme un frisson qui l'envahit tout entier, et il marcha d'un pas ronide et fiévreux vers la pièce dérignée,

1 n'osait s'.bandonner à l'espoir qui l'avait saisi... et pourtant, tort lui disait qu'il ne devuit pas 8e t'omper.

Et, en effet, il n'eat pas plus tôt pousé la porte, qu'un eri accueillit so. entrée, et Qu'E ‘mé vint se jeter dans ses bras,

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Dans le fond de la pièce, Ursule se tennit debout, immobile et pâle,

—Max! Max! fit Edmée, en étouffant mal les sanglots qui sengagvaient dans sa Horge, ce n'est pas vrai ce qu'on vient de m'apprendre : dites, dites ! vous ne vous battez pas demain aveu Anatole ?

—Qui vous à dit}... balbutin Max, en ser “ant la pauvre enfant éperdue contre sn poitrine,

Eh! qu'importe, repartit vivement Edmée, est-ce vrai? répondez! Mon Dieu, ne me trompez pas, avouez la vérité, ne me laissez pas plus longtemps dans cette épouvantable incertitude.

Et comme Max se taisait, n'osant prendre a: cur parti :

—Horrible! c'est horrible! dit-elle en se dégageant, pour prendre sa tête dans ses mains, et plonger ses doigts dans ses cheveux, Ainsi, on m'a dit vrai! vous vons battez demain, à cette même heure, je serai veuve, avant d’être épouse,

—Edmée !

—Non, laissez-moi! vous ne savez pas! moi, d’abord, si vous mourez, je ne vous survivrai pas !

—Ne parlez pas ainsi.

—“Ah! c’est que vous ne savez pas combien je vous aime ! depuis que ma mère est morte je n’ai jamais aimé personne; à partir du jour où je vous ni vu, jai fait le rêve de vivre près de vous... toujuars, saintement appuyée sur votre coeur! je ne connaissais rien de la vie;

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Î me semblait qu'aucun malheur ne pouva !: plus me Menacer, puisque vous étiez là pour me défendre, Et Maintenant ! maintenant !,..,

Elle alla cacher su tête nffolé dans les brax du jeun homme,

—Taisetoi! taistoi! dit Max d'un ton âpre, ne 1 ‘ôte pax la force dont j'ai tant besoin

Mais vous vous battrez!

—11 le faut,

Et si vous alliez succomber dans ce uel fatal.

Non! je ne crains rien, j'ai pour moi ton amour et mon droit! et je saurai défendre cette vie qui t'appartient !

Edmée rognrdn Max à travers sex larmes: et elle eût Comme une dernière hésitation qui, un moment, gl la parole sur ses lèvres

— C'est que... balbutin-t-elle profondément troublée,

—Qu'avez-vous? fit le jeune homme inquiet,

J'avais « péré..,

—4{}uoi done ?

Est-ce que vraiment... cotte rencontre ?,,,

Ah! n'achevez pas, n'achevez pas, chère enfant bien-aimée, ne diminuez pas l’homme que vous avez dis tingué, et auquel vous avez résolu de confier le soin de votre vie! inon honneur est désormais le vôtre, je ne puis accepter que l’on y porte atteinte, je n'ai pas cherché ce duel, mais il aura lieu. parce qu'il n°y a aueun moyen honorable de s’y soustraire et si je meurs...

—Mon Dieu!

—Si je meurs, vous garderez pieusement mon souvenir qu'aucune tache n'aura souillé, et vous resterez fière de moi! N'essayez donc pas de me faire revenir sur ma résolution qui est irrévocable, et fortifiez-moi, au contraire, si je faiblissais, e nme rappelant le prix qui m'attend, si je sors sain et sauf de cette rencontre,

Edmée s’affaiesa sur un siège, et pendant quelques secondes, elle garda le silence, sanglotant et pleurant.

Elle tenait les mains jointes, l’attitude accablée, les lèvres blêmes, les joues baignées de larmes.

Max s’agenouilla à ses pieds.

—Edmée, dit-il à voix douce et tendre, je voulais vous cacher ce qui va se Passer, pour éloigner de vous les douloureuses appréhensions auxquelles vous êtes en proie, jusqu’à demain, Dites-moi ‘ue vous serez courageuse et forte, et que vous ne m’en voulez pas.

—Vous en vouloir, moi {fit Edmée, en secouant la tête; moi, qui donnerais ma vie même pour sauver Ja vôtre. Û

—Vous comprenez bien, n’est-ce pas.

fais, il fallait que je le f'isse,

—C'est vrai!

—Et sil n’arrivait malheur...

Edmée frissonna.

—Ah ! si le duel devait vous être fatal, dit-elle blanche comme un suaire, les sourcils contractés, l'oeil pres-

. Que farouche; je jure, Max, que ma vie serait désormais finie, et que ne pouvant être à vous, je ne serais jamais à un autre.

—Chère... chère Edmée!.… interrompit vivement Max en la prenant de nouveau dens ses bras. Ah! ne craignez rien! Avee de pareilles paroles, je puis affronter mille morts.

Or, pendant que cette scène avait lieu chez le fils du duc Roger, voici ce qui se passait chez le comte de Blan- Fe comte n’avait pas revu Cox: et il l’attendait, en proie à mille anxiétés poignañtes.

Quel nouveau projet avait imaginé M. Cox? il ne le: Jui avait pas fait connaître ; mais il le savait homme de ressources, et se fiait à lui!

Cox avait dit: on ne tuera pas votre fils, et je +

+. que ce que je

elques urant.

ée, les

8 vous s douproie, geuse

int la ver la

jue je

débarrasserai de Max, c'est-à-dire du fils de Roger de Kervenny.

Tout était là.

Car ce n’était pas à Max, non plus qu'au futur époux de mademoiselle Edmée Parville qu’il en voulait. C’était à l’héritier du due, qui venait lui arracher une fortune si longtemps convoitée ?

Depuis ia veille, le comte avait vu son fils, et ce dernier lui avait confié qu'il se battait le lendemain avec Max.

Anatole parla de cette rencontre en homme qui a l’habitude des armes et qui ne redoute pas de se trouver en face d’un adversaire, Le comte, lui, se contenta de lui donner quelques conseils, lui recommandant surtout de se Ménager jusqu’au lendemain et d'aller faire un tour chez son maître d'armes,

Ce fut tout!

Le fils était brave, et le père attendait la communi. cation que Cox devait Ini faire dans Ja journée.

11 lattendit jusqu’au soir, et commençait déjà à s’inquiéter, quand, vers huit heures, comme la nuit venait, il entendit frapper à la porte du pare.

Il alla ouvrir,

C’était Cox.—I] respira.

—Enfin! dit-il avee un soupir de soulagement.

—Ah! dame! repartit Cox en souriant, on prétend ici que Paris n’a pas été fait en un jour, e: je le crois volontiers. J.' eu fort à faire depuis hier ; ce n’est pas chose facile que de combiner une pareille machine.

—Alors c’est fait ?

—Vous verrez si Cox sait travailler.

—De quoi s'agit-il ?

—Je vous expliquerai cela en route.

—Comment, en route! fit le comte avec un haut-lecorps.

—Eh! sans doute... répliqua Cox... je vous emmène...

—Où cela ?

—Oh! je ne vous banderai pas les yeux... et vous pourrez vous rendre compte.

—Mais qu’ai-je besoin? ..

—Vous.., non!... mais moi, c’est différent.

—e ne comprends pas.

—Eh bien, cher monsieur et comte: comme on dit, de ce côté de l'Océan, nous allons mettre les points sur les 1, et j'espère que vous comprendrez! .

En même temps, sans faire de façon, il s'assit à côté du comte, non moins surpris que blessé de cette singulière attitude.

Mais Cox ne prit pas garde à l’étonnement de ce dernier; il poursuivit, d’un ton calme et net:

—dJe vous ai promis hier, dit-il, de vous débarrasser de ce Max, qui est venu si malencontreusement se jeter en travers de nos projets; mais il y à à cela quelque danger, vous en conviendrez, et j'y cours pour mon compte le risque de la pendaison.

—Après, après ?

—Après? Eh bien j'ai pensé qu’il n’est pas juste que vous soyez appelé à recueillir tout le fruit de ma tentative, sans que vous me donniez des garanties. Oh! vous m'avez promis, je le sais, une somme respectable dont se peut contenter un homme qui a comme moi des goûts modestes et simples... mais il arrive trop souvent que l’on oublie les promesses faites dans une heure deffusion, et je tiens à ce que vous ne puissiez pas vous dérober, une fois le coup fait.

—Et pour cela ?

—Pour cela, il n’y a qu’un moyen.

—Lequel ?

—C’est de vous attribuer dans l'affaire une part de responsabilité. :

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» der-

rasser jeter elque mon

juste le ma

Oh!

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—C'omment ? .

—Soyez tranquille d'ailleurs, car je vous ai fait cette part tout à fait acceptable : vous viendrez avec moi. Vous assisterez au drame qui se prépare, comme simple spectateur, et il vous sera loisible de prétendre, après, que vous n’étiez là, que par intérêt pour votre fils qui jouait sa vie. Mais le cas échéant, et si vous cherchiez à renier la dette souscrite, l'engagement pris, j'interviendrais, moi aussi, et je saurais donner à votre présence sur les lieux, toute la signification qu’elle doit avoir.

—Je n’accepterai jamais de pareilles conditions, dit le comte, avec énergie,

—Alors, il n'y a rien de fait! répliqua Cox; nous laisserons les événements suivre leur cours. .… votre fils recevra bel et bien un coup d’épée, car le jeune Max est très fort!... et, de plus, vous serez ruiné et déshonoré.

—Déshonoré! répéta le comte, avec un frisson, en roulant sa tête entre ses mains.

Cox fit entendre ‘un ricanement.

—Ah! il ne faut pas se faire illusion, poursuivit-il, et vous le savez mieux que moi. Vons êtes à bout ‘de ressources et de crédit. Demain, si Max n’est pas assassiné, vous serez exécuté à la Bourse, votre hôtel sera vendu, et il ne vous restera pour tout avenir qu’une existence misérable, honteuse... criminelle même! Songez-Y... ce n’est pas moi qui ai fait cette situation. C’est vous seul, soit dit sans vous offenser. Eh quoi ! vous étiez né avec un nom honorable, un titre, une fortune! Vous pouviez prendre votre chemin sur les hauteurs de la vie, et vous avez préféré dégringoler de ces sommets vertigineux où vous maintenait la considération qui s’attache à tout ce qui est élevé on paraît supérieur. Vous avez donné votre esprit et votre coeur aux sentiments les plus bas, et avez roulé jusqu'aux bords de l’abime, sans essayer même un effort honnête. Et voilà qu’aujourd’hui, quand vous êtes perdu, perdu à jamais,

vous repoussez les seules chances qui puissent s'offrir à vous de ressaisir fortune, honneur et considération ! Allons, permettez-moi de 4, us le dire, monsieur le comte, ce n’est pas seulement enfantin, c’est bête!

Le comte ne répondit pas ; pendant quelques secondes, il demeura le frouc penché, les deux mains pressées sur sa poitrine, :

—C’est bête!... continua Cox... d’un ton ironique ; car, après tout, qu'est-ce que je demande? la chose la plus simple et la moins compromettante.

Vous montez avec moi dans le fiacre qui est en bas. Nous nous rendons ensemble au bois de Vincennes, et là, vous attendez la fin de l’aventure! Qui done y trouvera matière à soupçon ? vous ignorez ce qui se passe et nul, excepté moi, ne peut affirmer que vous vous y êtes rendu, poussé par un autre sentiment que l’amour paternel ! voyons! n’est-ce pas clair?

Le comte était ébranlé.

—Encore! murmura-t-il... si je savais...

—1l est préférable que vous ignoriez tout ! répliqua Cox... seulement, avant de partir, vous laisserez ici un mot pour M. Anatole.

—Que puis-je lui dire ?

—Tout ce que vous voudrez, mais je tiens à ce qu’il sache qu'avant de se rendre à Vincennes, vous désirez l'entretenir quelques instants.

—Où cela ? ”

—Mais je n’y serai pas,

—C'est ce qu’il faut.

—C’est ce qu’il faut: ne vous inquiétez de rien, écrivez toujorrs et reposez-vous sur moi pour le reste.

Le comte ne réfléchisss’ plus, car il sentait bien qu’il n’y avait plus de place pour l’hésitation. Le lendemain, si Max vivait encore, il était ruiné, déshonoré, comme

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lavait dit Cox, et l’héritage du duc pouvait seul le sauver,

Il écrivit et remit la lettre à Cox.

—Fort bien lapprouva ce dernier; je me charge de faire tenir la missive à son adresse, et nous n'avons plus à nous occuper du jeune homme.

Venez done, monsieur le comte, et chemin faisant, ainsi que je vous lai promis, je vous expliquerai comment, demain, M, le comte de Blangy pourra à son tour se faire appeler Je duc de Kervenny !

Le lendemain, vers cinq heures du matin, le comte de Blangy était assis près d’une fenêtre ouverte, au premier étage du restaurant de la Porte-Jaune.

Le jour commençait à poindre,

Une buée transparente s'élevait des bois envirotinants, et les rayons du soleil levant déchiraiert peu à peu le voile de brume qui enveloppait l’horizon,

Une belle journée s’annonçait,

Le ciel était pur, avec des tons d’orangs sur la ligne extrême. Quelques nuages blancs, légèrement irisés vogdaient dans l'air, poussés par une brise nonchalante, et l’on commençait à entendre ces milles bruits insaisissables qui semblent les premiers tressaillements de la nature qui s’éveille et s’étire.

Spectacle grandiose et saisissant; mais le comte y paraissait particulièrement insensible.

I} ne regardait pas... n’écoutait rien; il s’absorbait dans une pensée uniqne.

Il se rappelait !

La veille, Cox lui avait raconter ce qui devait se pas-

ser, et de ce qu’on lui avait dit, il n’avait retenu qu’une chose...

Chose terrible, redoutable, dont le souvenir amenait à chaque instant un frisson à sa chair, une sueur moite à ses tempes!...

C'était le dénouement !

Ah! certes, le comte était tombé bien bas... du som.’ met où le hasard l'avait fait naître, il avait roulé dans les bas-fonds les plus abjects.

Il était perdu, ruiné... et à cette situation extrême qu’il e’était faite, il ne voyait d’issue que dans le crime,

Il n’y avait pas à hésiter!

Et pourtant !

Chaque fois que l’idée de ce qui se préparait revenait à son esprit, un tremblement convulsif agitait ses membres, la pâleur envahissait ses traits, ea poitrine se gonflait près d’éclater.

Il était au bord de l’abîme, ct le vertige le prenait rien qu’à en sonder l’épouvantable profondeur.

Avoir eu tout: fortune, titre, honneurs, et dégringoler jusqu’à se faire le complice d’un assassin !

C’était horrible ; il sentait ses 08 se glacer.

Mais quoi!

C'était le dernier et suprême effort; de son énergie, dépendait le sort de son fils, l’intérêt supérieur de sa propre considération; il se voyait près de sombrer, et dans cet effondrement, il ne voulait pas repousser la seule chance de salut qui s’offrit à lui!

Au surplus, un trouble profond s’était emparé de lui. Ce n’est que vaguement, confusément, qu’il se souvenait des dernières confidences de Cox.

Max allait venir. Max, le fils du comte Roger, due de Kervenny, était le dernier obstacie à écarter de ja route ; et Cox se chargeait de ce soin.

Comment s’y prendraitil? Blangy aveit à peine

écouté. S’agissait-il d’un meurtre! C’est à peine s’il se le rappelait,

Ce dont il se souvenait sulement, c’est qu'on lui avait assuré que le duel n'aurait pas lieu, et que Max n'irait pas jusqu'au lieu du rendez-vous!

Et le comte écoutait !

Son regard inquiet cherchait à percer cette buée que les premiers feux du jour ne déchiraient pas assez vite.

Depuis une heure, Cox l'avait quitté,

Tant qu'il avait été près de lui, il s'était senti plus calme. Mais à partir du moment où il s’était éloigné, il avait vainement cherché À maîtriser l’agitation qui l’avait saisi.

Une demi-heure s’écoula de la rte.

De temps à autre, il se levait, allait et revenait à travers la chambre, les deux mains crispées, les yeux démesurément ouverts et foliement fixes.

Il en est du crime, comme de toute choses, en ce monde. , Cela ne s’apprend pas tout de suite: il faut un apprentissage,

Le comte en était à ses débuts...

A chaque instant, il regardait la pendule.

Elle marquait cinq heures moins le quart.

Il n’y avait plus que peu de temps à attendre.

Tout à coup il s’arrêta au milieu de la chambre, et ses joues se couvrirent d’une blancheur mate, pendant que les ailes de son nez se pinçaient.

Un bruit venait de se faire,

C'était un roulement de voiture encore lointain, mais dont le bruit approchait rapidement.

Il étonffa un cri d’effroi, et pendant quelques secondes, colla la paume de ses deux mains sur ses oreilles.

Encore quelques minutes... les dernières!

On eût dit que sa vie même se jouait en ce moment …

Enfin, un coup de feu retentit, et il s’affaissa lourdement, inerte, sans force et sans voix, sur le divan, ca-

chant sa tête dans ses doigts, en proie à une sorte d’hébétement ou de folie.

C'en était fait.

Le crime était consommé!.. ,

Cette fois, Cox avait tenu ea promesse !

Il resta un long moment abattu, la poitrine sifflante, courbé sur lui-même, n’osant courir à la fenêtre, pour y aller chercher ln confirmation de l'espoir criminel que la détonation venait de faire naître en lui.

Cependant cette détonation avait été entendue de quelques domestiques du restaurant ;et un mouvement 8’était opéré alentour.

On parlait avec animation ; les plus curieux avaient quitté l'établissement en quête de renseignements.

Le comte se dress et prêta l’oreille,

—C’est un süet-apens ! disait une voix.

—Un homme vient d’être assassiné à quelques pas, répondait une autre voix,

—0On appelle au secours!.., ajoutait un troisième,

Le comte se traîna jusqu’à la porte qu’il ouvrit d’une main frémissante,

Il appela et on accourut.

ve se passe-t-il? interrogea-t.i] d’

glée.

—Monsieur, répondit l’homme auquel il s’adressait ; on ne sait pas bien encore juste ; mais il paraît qu’une voiture vient de verser... elle a rencontré un obstacle, mis à dessein dans l’allée, et pendant que l’on tentait de la relever, un misérable a tiré sur l’un des voyageurs et l’a blessé grièvement.

—Ah! courez! courez vite! fit le co au plus tôt m’apporter des nouvelles,

Le domestique disparut et le comte marcha rapidement vers la fenêtre. ;

Le jour était venu. lavenue s’éclairait, on distinguait, à deux cents mètres, à travers les dernire voiles

une voix étran-

mte, et revenez

edla buée, un groupe animé, composé de sept à huit personnes, qui s'agitaient autour d'un coupé renversé en travers de la voie,

Dans le premier moment, le comte ne distingua qu'imparfaitement les Personnes qui composaient le groupe... mais au bout de quelques minutes, il vit un homme s'en détacher et courir vers la Porte Jaune,

Il tressaillit, ct s’acerocha à l'appui de la fenêtre pour ne pas omber, Cet homme, il l'avait reconnu tout de suite.

C'é. Jonathan...

Jonathan, un des témoins de Max!

Emporté alors, par un sentiment plus puissant que sa volonté mime, il quitta son poste d'observation, et descendit les premières marches de l'escalier qui conduisait au rez-de-chaussée,

I arriva à la salle commune, comme Jonathan en ouvrait la porte extérieure et y faisait lui-même son entrée,

A la vue du comte, il s'arrêta comme frappé de stupeur.

—Vous! vous! s’écria-t-il, avec un geste d’épouvanme.

—Qu’y a-t-il donc? demanda le comte.

—Qu'êtes-veus venu faire ici?... pourquoi y êtesvous à cette heure?...

—J’avais appris, balbutin le malheureux... qu’une rencontre devait avoir lieu entre mon fils et Max, et j'étais venu...

—Pour voir si M. Cox avait bien exécuté vos ordres, interrompit violemment Jonathan, et si le fils du due Roger avait bien été assassiné!

—Que dites-vous ?

Jonathan prit avec une autorité faronche le bras du comte, et se pencha haletant vers lui.

—Ah! n’essayez pas de nier! poursuivit-il du même ton âpre: je sais tout, ou plutôt, je devine le rôle odieux

que Vous avez joué dans tout ci ! après avoir été faussaire, vous avez voulu devenir assassin, La fortune et le titre de ce malheureux Max ne vous suffisaient pas, il vous falhit encore sa vie même ! et vous n'avez pas eu peur de votre infamie: vous ne vous êtes pas dit qu'il est une justice immuable à laquelle on ne peut toujours impunément se soustraire, et que larme dont vous vous serviez pourrait bien un jour s retourner conire vousmême,

—Que signifie? ..

—Mais non ! tenez, je serai moins cruel que vous ne l'avez été, et je ne veux pas insulier davantage au mal. heur qui vous frappe, quoique vous ne l’ayez que trop mérité, ;

—Ah! expliquez-vous. .. de quel malheur parlezvous !

Il y eut une seconde de silence terrible. .. Jonathan Pressait ses tempes de ses : vux mains, et son regard s’abaiseait sous le regard plein d'effluves troublés que lui jetait le comte,

—On ne pense pas à tout! répondit-il, au bout d’un instant, et M. Cox, qui est pourtant un habile coquin, n'avait pas prévu que le hasard, plus juste souvent que les hommes, pouvait déjouer ses combinaisons. . C'était la voiture de Max qui devait venir, c’est. Je jeune due que la balle de l'assassin devait atteindre, et à l'heure qu’il est...

—Qu'est-il arrivé ?

—Voyez!

En ce moment, un bruit de voix, scandé par les pas mesurés et lents de quelques *ommes, se fit entendre, et + le comte effaré tourna ses regards vers Ja porte.

Sur le seuil, trois hommes venaient d’apperaître, portant entre leurs bras un basses dont il ne pouvait encore distinguer les traits,

A côté des trois hommes, marchait un médecin, l'air

fausne et

Pas, 8 eu qu'il ours vous

grave, le front soucieux, qui suivait le funèbre cortège, tenant dans sa main, la main de la victime,

C'était lugubre.

Chacun observait un silence profond, et il y eut comme un temps d'arrêt, quand on aperçut la figure désespérée et livide du cor S

Ce dernier n'avait rien vu, rien deviné,

Il esérait encore!

Mais quand il eut reconnu Max qui était là, à deux pas derrière le moribond, tout son coeur sembla près d'6clater,

Il ne fi: qu'un bond vers le blest!..,

—Qui done est là? murmura-t-il, en comprimunt ses lèvres glacées,

Et quand il atteignit le groupe, un grand cri déchira sa poitrine, et il tomba sur ses genoux, à côté du malheureux que l'on venait de déposer sur un divan.

—Lui! lui! dit-il, en prenant sa tête dans ses mains, par un geste affolé de douleur, mon pauvre enfant!..,

Et il suisit ses mains froides, et se mit À les baiser +vec transport, comme s'il eut voulu y rappeler la Chaleur sous son souffle paternel,

Mais Anatole était inerte et immobile, les joues blémes, les bras baïlants le long du divan.

’est moi, parle! répondsmoi! continuait l’infortuné père ; ah! ma vie, ma vie! ma vie! pour un mot de ses lèvres.

Puis se tournant brusquement vers le docteur qui gardait son attitude silencieuse et sombre :

—Doctèur! supplia4-il, éperdu, il n’est pas mort, west-ce pas? On ne me l’a pas tué... Vous me répondez de lui... Dites... dites... un mot... un seul!...

C'était terrible !

Le docteur se taisait, ému par les accents de «

douleur si navrante et si vraie, et il n’osait avouer tour: la vérité,

Cependant, i1 fallait en finir,

Il se pencha ane fois ‘hcore, vers je blessé, consulta #0 pouls, puis laissa doucement retomber ja main qu'il venait de prendre,

—Eh bien? fit le comte qui auivait chacun de ses Mouvements avec une épouvantable anxiété,

—Le malhewreux jeune homme à été "appé en Pia Coeur, répondit le docteur.

—Mais : vest Pas mort ?

—Du cou. .ge!

—C'est impo.sble! Co serait affreux ! docteur !

—Tout est fini !

Le comte ent un suprême sanglot et roula à terre,

On s'empressa de le relever, et de lui prodiguer les soins que réclamaient son état,

C'était facile, il ne s'agissait que d’une syncope, dont quelqes sels eurent vite raison, et quand il sortit de . Cette défaillance Dassagère, ce fut Pour fondre en larmes,, sans souci de s'offrir ainsi en spectacle aux té- Moins de cette ecèr douloureuse,

Il ne restait plus là d'ailleurs que le docteur et Jonathan,

Pendant l’évanouissoment qu comte, ‘es hommes qu avaient apporté le blessé s'étaient discrètement retirés, et Jonathan éta.t allé vivement à Max.

—Vot:e présence ic: est tout à fait inutile, dit PAméricain ; et l'humanité “ous commande de ne pas ajouter à la douleur de ce père aujourd’hui bien puni!... Par. te» donc sans tarder, et rendez-vous auprès d'Edmée qui doit vous attendre avec bien de l’impatience, Je ne doute pas que dans quelques minutes, je ne sois en mesure d'aller vous rejoindre, 2

—Ah ! vous ne sauriez croire à quel point je me sens ému et navré, dit Max, sur un ton de compassion sincère.

—J'en suis convaincu, répondit l'Américain 3; et cela

neulta | qu'il

le 04

Pin

fait l'éloge de votre bon cour; mais tout est bien qui finit bien, comme dit l’immorte Shakespeare, et quand je songe que c'est vous qui pourriez être là, à cette heure, étendu sans vie, sur ce divan de restaurant, «… J'avoue que le dénouement auquel nous venons d'assister ne m'inspire que des regrets modérés. Allez done, mon ami, et félicitons-nous d'en être quittes à 8i bon marohé,

Quand la douleur du comte se fut un peu cnlmée, et qu'il eut rocouvré une partie de ss facultés, il se tourna vers le docteur et lui serra la main avec effusion.

—Je vous remercie de toute mon âme, monsieur, lui dit-il; il n'a pas dépendu de vous que mon fils ne me fût conservé; mais désormais votre présence devient inutile, Pardonaez-moi,

Je vous comprends, monsieur, et je vous laisse avec e enfant!...

* docteur salua alors profondément, et, ayant fait

un ‘igne à Jonathan, ils scrtirent tous les deux et gagnèrent le bois,

Le comte était resté seul.

Chose bizarre !

En dépit de l'évidence, le malheureux avait peine à croire à ce que le docteur lui avait dit.

Le corps de son enfant était là, livide, glacé, les membres empruntant déjà la rigidité de la mort, le pouls ne battait plus. Les yeux étaient clos, ct pourtant il s’obstinait dans un dernier et fol espoir.

Mais cela ne dura pas longtemps, et il lui fallut bien s’arracher à cette illusion, si chère qu’elle fut.

Mort ! il était bien mort!

Ces yeux ne se rouvriraient plus pour lui sourire, ces lèvres resteraient décolcrées et muettes, et lui, le père, allait vivre désormais misérable, avec le remords du passé et l’épouvante de l'avenir.

Uae terrible expression de colère se peignit sur ses traits, à cette pensée qui traversa son cerveau comme un éclair.

Et il pensa à Cox, qui avait été en tout ceci l'instrument fatal du plus terrible des châtiments,

La haine souleva sa poitrine, un voile de sang passa devant ses yeux, ct ses ongles labourèrent son crâne avec une fureur aveugle ct sauvage,

Où était-il? I] avait fui sans doute ; il avait eu peur... mais qu'importe ! il saurait bien l’atteindre et se venger.

Il songeait à se venger.

Le malheur ne l'avait pas instruit ; il ne se disait pas que le châtiment qu'il subissait en ce moment était la juste punition des crimes qu'il avait médités, I] aceusait tout le monde, excepté lui!

Que n’eût-il pas donné Pour tenir, ne fût-ce qu’une minute, ce Cox au bout de son revolver ; avec quelle âcre volupté il eût immolé sur le corps inanimé de son fils!

Il secoua da tête à la manière des fauves et se dressa la main armée d’un poignard qu’il venait de tirer de la poche de son paletot.

Mais presque aussitôt, un rugissement profond s’échappa de sa poitrine, et il bondit vers Ja porte.

Pendant qu’il était agenouillé auprès de son fils, un

homme était entré, sans qu’il lentendit.

C'était Cox! :

A cette vue, son visage resplendit d’une joie farouche, il se rua vers l'Américain la main levée, et le menaçant de son arme.

Mais Cox se contenta de lui prendre le bras, d’un geste prompt et vif, et de lui enlever son poignard qu’il rejeta au milieu de la chambre.

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—Ah! misérable!... misérable! cria le comte. .…. c'est toi! toi! qui l'as assassiné!

Cox haussa les épaules et ent un ricanement.

—Que ce soit moi où un autre, répondit-il avec calme; cela importe peu, puisque le mal est fait. pour mon compte, je ne regrette qu’une chose, et c’est les deux millions que j'y perds.

—Tais-toi! Tais-toi! tu n'es donc venu que pour insulter à mon malheur.

—N'’en croyez rien.

—Qui t’amène ?

—Votre intérêt et le mien.

—Et que puis-je avoir désormais de commun avec Wir

Cox ébaucha un sourire.

—Pardieu! répliqua+-il, vous en parlez bien à votre aise, monsieur le comte; ce que nous avons de commun, c’est le crime qui vient d’être commis et pour lequel je puis être recherché,

Eh bien, je ne veux pas que cela soit, entendez-vous.. parce que si j'étais arrêté, je pourrais être amené, pour ma défense, à dire des choses qui vous seraient désagréables, et qu’en somme tant que je ne serai pas menacé, je n'ai aucune envie de vous faire de la peine.

Le comte recula de deux pas avec stupeur.

—Quelle nouvelle épreuve m'est donc réservée? balbutia-t-il, gagné tout à coup par une terreur subite.

—Aucune épreuve, monsieur le comte, repartit Cox : car il s’agit tout simplement pour vous de me cacher dans votre hôtel, jusqu’au moment où je pourrai gagner VAmérique en toute sûreté.

—Et tu as cru que je prêterais les mains à une paréille infamie ?

—Pen suis convainen.

—Eh bien... tu te seras trompé cette fois encore, car

on premier soin sera de te livrer à la justice à laquel'e tu rendras compte enfin de tes forfaits!

Cox s’inclina avec un geste ironique,

—Comme il vous plaira, dit-il, sans rien perdre de ça°

que vous ne soyez vous-même appréhendé au corps, et arrêté comme mon complice.

—"lu me dénoncerais ?

-- Cest le meilleur moyen que j'aie d’attendrie mes juges. Songez-y donc : moi, je ne suis qu'un criminel sans importance, et ma cause ne provouucrait aneune pitié, si je reste seul. mais que je me présente devant la cour avec le comte de Blangy; que je dise et que ‘c Prouve... que ce comte m’a poussé à un crime qui devait lui rapporter neuf millions!... mon humble personne disparaît aussitôt, je ne suis plus qu’un malheureux fasciné, séduit, entraîné, et j'accapare à mon profit tout le bénéfice des circonstances atténuantes,

Le comte mordait ses lèvres avec rage...

—Non! non!.., murmurait-il... la mesure est comble... je préfère en finir tout de suite...

—Ce que je vous Propose est pourtant bien acceptable...

—Assez lassez!...

Cox allait continuer: il s'arrêta court.

Une main venait de se poser sur son épaule, et l’étreignait comme dans un étau de fer.

Il se retourna et reconnut Jonathan.

Ses sourcils se froncèrent.

—Jonathan ! balbutia-+-il, partagé entre la curiosité et l’appréhension.

—Est-ce que cela ne vous fait pas plaisir de nous revoir, monsieur Cox, dit Jonathan d’une voix mordante : en fout cas, ma présence profitera à quelqu’un, et je vois que j'arrive à temps pour débarrasser M. de Blangy..

—Auriez-vous, par hasard, l’intention de me faire arrêter ? interrogea Cox.

—Ah! par grâce!... intervint le comte, encore sous. l'influence de ce dernier.

Jonathan le rassura du geste.

—Ne craignez rien, monsieur, dit-il en même temps; j'ai entendu les dernières paroles de ce misérable et j’espère qu’il reviendra à de meilleurs sentiments.

—Vous croyez! fit ox, d’un air de défi.

—J’en suis sûr, mon gentleman...

—Eh bien, je jure, moi, que si vous appelez la police à votre 1 }, à l’instant même je dénonce M. le comte de Blang,, et toute la honte rejaillira sur lui...

—C’est ce que nous allons voir!

Jonathan marcha vers la porte qu’il ouvrit, et sur le seuil de laquelle trois hommes attendaient.

—Emparez-vous de cet homme! dit-il d’une voix ferme et claire, en désignant Cox.

Les trois hommes se précipitèrent sur ce dernier, et l’un d’eux lui mit les menottes, avec une sûreté de mouvement qui témoignait d’une longue habitude.

Cox se laissa faire sans protester : il avait son plan, et ne doutait pas qu’il dût se tirer à bon compte de ce mauvais pas en y entraînant le comte.

Mais Jonathan n’avait pas fini.

Quand ses hommes se furent emparés du bandit, il se pencha vivement vers l’un d'eux, celui qui paraissait être le chef, et, à voix basse et rapide :

—La voiture est en bas? demanda-t-il, du même ton calme, comme s’il se fut agi de la chose la plus naturelle.

—QOui, sir Jonathan, une voiture à quatre places, répondit celui qu’il interrogeait.

—C’est bien.—Quelle heure est-il ?

—Six heures.

—Et le train part?...

—À neuf.

—Tout cela est À merveille, Vous arriverez au Havre vers deux heures de l'après-midi et pourrez prendre passage à vord du Washington, qui part à trois heures : al right!

Cependant, durant ce rapide colloque, Cox s’était senti subitement intéressé, et avait prêté uue oreille avide,

Sur les derniers mots prononcés par Jonathan, un frisson avait mordu sa chair.

Il regarda autour de lui d’un air inquiet :

—Ah! çà... où me conduisez-vous done ? dit-il, avec un vague soupçon du danger qu’il courait.

Jonathan fit ce sourire silencieux auquel il s’abandonnait volontiers dane les circonstances exceptionnelles.

—Au fait, répondit-il, je tiens à mettre jusqu’au bout tous les bons procédés de raon côté, et il est de convenance élémentaire, que l’on vous donne conriaissance de l'itinéraire que vous allez suivre,

Done, cher monsieur Cox, apprenez que ces messieurs veulent bien vous accompagner jusqu’au Havre.—Une fois là, ils s’embarqueront avec voüs sur le Washington, où une cabine a été retenue à votre intention, et ils ne vou: quitteront qu'après vous avoir remis entre les mains de la Détective de New-York.

—Mais cela est impossible ! protesta Cox. On n’en a pas la droit.

—Oh! nous avons pris toutes nos précautions, cher monsieur: tout le monde sait en Amérique, que Jonathan est un homme pratique, et qu’il ne s’exposerait pas à être pris en faute, Or, depuis le jour où vous m’avez joué si indignement, j'ai voulu me procurer des renseinements sur le compte d’un aussi habile coquin.—(Cela m'a été facile jet ayant appris que vous étiez ms'heureusement soupçonné d’avoir criminellement arraché un feuillet an registre de Cincinnati, j'ai demandé et obte-

Havre é pas-

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