‹ L'homme avant l'histoireChapitre 105 sur 124 · I.KS SALVAl.KS MODEH.NKS · texte numérisé non relu

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tageaient le produit de leurs eoimmms efforts. Peu a peu l'esprit affirma sa prédominance sur la matière, et l'homme devint le maître, le chien fut alors employé de diverses autres manières, moins en rapport avec sa nature. L'Esquimau le força à s'atteler au traîneau; le Chinook l’éleva pour avoir sa fourrure; les insulaires de la mer du Sud, n'ayant pas de gibier, eurent des chiens pour les manger ; les Indiens Chonos leur apprirent ii pécher ; lii où les tribus devenaient pastorales, les chiens devenaient bergers. Enfin, Pline rapporte que dans les temps anciens, on dressait des troupes de chiens pour la guerre. I ai bœuf lui-mème, quoique moins éducable que le chien, a reçu aussi une destination cynégétique et militaire.

D'autre part, pour obtenir du feu, on suit deux méthodes absolument différentes. Certains sauvages, tels que les habitants de la Terre île Feu, emploient la percussion, tandis que d’autres, comme les insulaires de la mer du Sud, frottent deux morceaux de bois l’un contre l'autre. On est partagé sur la question de savoir si nous connaissons réellement un peuple incapable de se procurer du feu. Nous avons déjà mentionné (p. 357) l'assertion de M. Dove concernant les Tasmaniens, qui, bien que connaissant le feu, ignoraient le moyen de l’obtenir. Dans son Histoire t/e t urchi/tet des Larrons , le père Gobieu assure que le feu, « cet élément d'une utilité si universelle, leur était profondément inconnu, jusqu'à ce que Magellan, provoqué par leui*s vols incessants, eût brûlé un de leurs villages. Quand ils virent flamber leurs maisons de bois, leur première pensée fut que le feu était une béte qui se nourrissait de bois, et plusieurs d’entre eux, qui s’étaient approchés .outre mesure de l’incendie, ayant été brûlés, les autres se tinrent à distance, craignant d’ètre dévorés et empoisonnés par le souffle violent de ce terrible animal. » Ce fait n’est pas mentionné dans la relation originale du voyage de Magellan. Freycinet croit que l’assertion du père Gobien est entièrement dénuée de fondement. Le langage des habitants, dit-il, contient les mots équivalents à « feu, incendie, charbon de

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terre, four, action de griller et de faire bouillir», etc.; et, avant même l’arrivée des Européens, ils connaissaient la poterie (1). Il est difficile, toutefois, de rejeter le témoignage contraire de Gobien, d’autant plus qu'il est appuyé par des renseignements semblables émanant d’autres voyageurs. Ainsi, Alvaro de Saavedra dit que les habitants de certaines petites îles du Pacifique, qu’il appelle « les Jardines», mais qu’il est impossible de déterminer aujourd’hui d’une manière satisfaisante, éprouvaient de la terreur en face du feu, parce qu’ils n’en avaient jamais vu (2). Wilkes nous dit encore (3) que dans l’tle de Fakaafo, qu’il appelle Bowditch, « il n’y avait pas trace de lieu pour faire la cuisine, et nulle apparence de feu » .

Ia‘s naturels étaient aussi fort alarmés quand ils voyaient des étincelles jaillir d’un caillou battu avec un briquet. Ici, du moins, on pourrait croire que le cas est hors de doute et ne saurait soulever d’objection : il est presque impossible que la présence du feu échappe à l’observation, car les traces qu’il laisse sont bien visibles. Si l’on ne peut ajouter foi à de telles informations, fournies par un officier de la marine des États-Unis, dans le compte rendu officiel d’une mission dont le but était spécialement scientifique, il y a de quoi se décourager, et perdre toute confiance dans les investigations ethnologiques. Cependant les assertions de Wilkes sont contestées, et non sans une grande apparence de raison, par M. Tvlor (h). Dans X Ethnographie de la mission (T exploration des Etats-Unis , Haie donne une liste de mots de Fakaafo, où nous trouvons afi pour « feu » . C’est évidemment le même mot que le Néo-Zélandais ahi; mais comme il signifie lumière et chaleur, aussi bien que feu, on peut supposer que c’est ainsi qu’il est entré dans le vocabulaire de Fakaafo. Cet argument n’a donc pas, à mes yeux, toute la force qu’il a

(1) Loc. cil., vol. Il, p. 16G.

(2) Hackluyt, Soc., 1862, p. 178.

(3) Wilkes, Voyage d'exploration dans les États-Unis, vol. V, p. 18.

(,'i) Tylor, Histoire primitive de l’humanité, p. 230.

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aux yeux <le M. Tylor. 11 est évident, néanmoins, que le capitaine Wilkes ne s'est pas aperçu de l'importance de l’observation; autrement il eût, à coup sûr, essayé de résoudre la question, et puisque Haie, dans un ouvrage spécial sur l’ethnologie de l’expédition, ne dit pas un mot à ce sujet, il est clair qu’il n imaginait point chez les habitants de Fakaafo une anomalie aussi curieuse. Le t'ait, s’il était établi, aurait beaucoup d’importance, mais on ne peut admettre comme suffisamment prouvé, ni qu’il existe actuellement, ni qu’il y ait eu, à une époque historique, une race d’hommes entièrement ignorante du feu. Ce qui est certain, c’est qu’en remontant aux plus anciens villages lacustres de la Suisse, et aux amas de coquillages du Danemark, on trouve l’usage du feu bien connu en Europe.

En outre, on imaginerait à peine un traitement applicable aux morts qui n'ait pas été adopté dans quelque partie du monde. Chez beaucoup de peuples, on se borne il enterre!1 le cadavre ; d’autres le brûlent. Quelques tribus indiennes de l’Amérique du Nord échafaudent leurs morts sur des branches d’arbres. Certaines tribus les déposent dans des rivières sacrées, d’autres dans la mer. Chez les Dyaks maritimes, le chef défunt est placé dans son canot de guerre avec ses armes favorites et les principaux objets qui lui ont appartenu : dans cet état, il est abandonné à la dérive. D’autres tribus laissaient leurs morts devenir la pâture des bôtes sauvages, d’autres encore préféraient s’en nourrir elles-mêmes. Certaines tribus du Brésil boivent les morts (1). « Les Tarianas, les Tucanos et quelques autres peuples, un mois environ après les funérailles, exhument le cadavre, dont la décomposition est alors fort avancée, et le mettent sur le feu dans une grande poêle ou dans un four, jusqu’à ce que toutes les parties volatiles se soient évanouies en exhalant l’odeur la plus infecte, et en ne laissant qu’une masse noire et carbonisée. Celle-ci est réduite en une fine poussière, mêlée dans plusieurs

(1) Wallace, Voyaye sur l’ Amazone, p. 498.

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