I.ES SAUVAGES MODERNES
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Je no puis m'empêcher de penser qu’il y a plus de différences encore que de ressemblances à observer entre les peuples sauvages.
En essayant d’apprécier le caractère moral des sauvages, il faut se souvenir non-seulement que chez eux la règle du bien et du mal était, et est encore, en beaucoup de cas, fort éloignée de la nôtre, mais aussi que, suivant les renseignements des voyageurs, — et ici j’avoue que je suis fort indécis, — plusieurs d’entre eux peuvent à peine être regardés comme des êtres responsables, et ne possèdent aucune notion, même défectueuse et vague, de rectitude morale (1). Mais là où existent des notions de ce genre, elles diffèrent, comme nous l’avons vu, profondément des nôtres, et ce serait élargir outre mesure la question, que de rechercher si , dans tous les cas, notre règle est la bonne.
Quand nous examinons le caractère des femmes qui appartiennent aux races sauvages ou demi-sauvages, nous devons nous rappeler que les sauvages considéraient les blancs comme des êtres d'un ordre supérieur à eux-mêmes. Ainsi M. du Chaillu nous apprend que certains sauvages de l’Afrique le regardaient comme un être supérieur, et les insulaires de la mer du Sud vénéraient le capitaine Cook comme une divinité- Môme après l’avoir tué et coupé en petits morceaux, les habitants d’Owhyhee s’attendaient pleinement à le voir reparaître, et se demandaient souvent « comment il les traiterait à son retour » ('2). Si absurde et si extravagante qu’une telle croyance puisse sembler au premier abord, il faut reconnaître qu’elle est à bien des égards trèsnaturelle.
L’esprit des sauvages ne peut s’élever qu'à la conception d’un être de quelques degrés seulement supérieur à eux-mêmes, et le capitaine Cook était plus puissant, plus sage, et nous pouvons
(1) Voyez, par exemple, Burcholl, vol. I, p. 661.
(2) Cook, Voyage dans l'océan Pacifique, par le capitaine King, F. R. S., vol. 111, p. 69.