DE L’EMPLOI DE LA PIË11HE DANS L’ANTIQUITÉ
poinçons, ou comme pointes de flèches. Actuellement même, beaucoup de sauvages emploient de cette façon le silex ou le pétrosilex; et les Mexicains, au temps de Coï tez, se servaient pour les mêmes usages de fragments d'obsidienne.
Après les éclats de silex, les haches, les coins et les haches celtiques sont les instruments qui présentent peut-être le plus d'importance. Les plus grands et les plus beaux spécimens se trouvent au Danemark. Je possède une hache, faite de magnifique silex blanc, qui a 13 pouces de long, 1 pouce 1/2 d'épaisseur et 3 pouces 12 de largeur. Les haches de Seeland ont très-souvent, le plus ordinairement même, des côtés perpendiculaires; dans le Jutland les côtés sont obliques, et I on retrouve cette dernière forme dans presque tous 1rs autres pays du nord-ouest ‘de l’Europe. En Suisse, cependant, les haches, qui sont beaucoup plus petites que celles du Danemark, ont des côtés perpendiculaires 'fig. 120). Les figures 71 et 72 représentent des formes, qui, quoique rares dans le Seeland, sont communes dans les autres parties de l'Europe. Les haches trouvées au Danemark sont quelquefois polies, mais presque aussi souvent rugueuses. Dans les autres parties du nord-ouest de l’Europe, au contraire, les haches ont ordinairement une surface plus ou moins polie. Il est évident qu elles étaient pourvues de manches de bois, la preuve en est, dans beaucoup de spécimens, des endroits plus polis, ce qui a été produit par la friction du manche. Presque toujours le manche a depuis longtemps disparu, on en a cependant retrouvé quelquesuns. La figure 73 représente une hachette de pierre, trouvée il y a quelques années dans le comté de Monaghnn; le manche est de pin et a 13 pouces 1/2 de longueur. On a fréquemment trouvé dans les lacs suisses des manches de corne. Pour nous, qui sommes accoutumés à l'usage des métaux, il nous semble difficile de croire qu’on ait jamais pu se servir de semblables outils; nous
Fig. 73.
Hache celtique de pierre avec «on manche.
DE L’EMPLOI DE LA PIERRE DANS L’ANTIQUITÉ, savons, cependant, que bien des sauvages, aujourd’hui môme, n’en ont pas de meilleurs, et qu’avec de telles haches, en s’aidant ordinairement du feu, ils coupent de grands arbres et les creusent pour en faire des canots. LU forme des entailles, sur les pilotis employés dans les habitations lacustres de l’âge de pierre en Suisse, prouve clairement que ces pilotis ont été façonnés avec des haches de pierre ; on a en outre retrouvé, dans les tourbières du Danemark, plusieurs arbres portant les marques de haches du pierre et du feu et, dans un ou deux cas, des haches celtiques de pierre auprès de ces arbres.
Les haches de pierre servaient d’armes de guerre, c’est nonseulement une probabilité à priori, mais ce qui le prouve aussi, c'est qu’on les trouve fréquemment dans les tombeaux des chefs, à côté de dagues de bronze. Vers l’an 1809 un fermier détruisit, dans le Kirkcudbrightshire, un large amas de pierres que la tradition populaire assignait comme tombeau à un certain roi Aldus M’ Galdus. « Quand le tas de pierres eut été enlevé, les ouvriers trouvèrent un cercueil de pierre, très-grossièrement fait, et, le couvercle de ce Cercueil enlevé, on trouva le squelette d’un homme d’une taille extraordinaire. Les os étaient dans un tel état de décomposition que les côtes et les vertèbres tombèrent en poussière quand on essaya de les soulever. Les autres ossements étaient un peu moins décomposés, et l’on découvrit qu’un des bras avait presque été séparé du tronc par un coup de hache, de pierre certainement, car un morceau de cette hache s’était brisé et était resté emboîté dans l’os. Cette hache était de diorite, substance qui ne se trouve pas dans cette partie de l’Écosse. Dans le cercueil se trouvait aussi une balle de silex ayant environ trois pouces de diamètre, parfaitement ronde et admirablement polie, une pointe de flèche, aussi de silex, mais pas un morceau de métal (1). »
(1) New statist. Acc. Kirkcudbrightshire, vol. IV, p. 332. Cité par Wilson, dans les Prehist. Ann. of Scotland, 2' édil., vol. 1, p. 187.