DE L’EMPLOI DE LA PIKHRE DANS L'ANTIQUITÉ
Sir W. R. Wilde divise les pointes de flèche en cinq variétés : 1° triangulaires (tîg. 90) ; ces pointes de flèche ont souvent une entaille de chaque côté, entaille destinée à recevoir la corde qui les attachait à la tige; 2° celles qui sont creusées ou èvidées à la base, comme dans la figure 91 ; 3° les pointes de flèche à tige, qui portent une saillie destinée à s’enfoncer dans la tige; /j° celles où les côtés se prolongent comme dans la figure 92 ; et enfin la pointe de flèche en forme de feuille, dont un magnifique spécimen est représenté dans la figure 93. Les vraies pointes de flèche ont ordinairement environ 1 pouce de longueur; plus .grandes, ce sont des javelines et enfin des tètes de lance. Il y a plusieurs autres espèces d’instruments de silex, tels que marteaux, scies, harpons, etc., mais, si nous omettons actuellement les types du diluvium, nous avons passé en revue les formes principales.
Quelques vieux écrivains espagnols, en parlant du Mexique, décrivent les moyens qu'employaient les Aztecs pour se procurer leurs éclats d’obsidienne. Torquemada (I), dont les récits sont confirmés par ceux de Hernandez, dit (j’emprunte cette citation au livre de M. Tylor sur Anahuac) : « Ils avaient et ont encore des ouvriers qui font des couteaux avec une certaine pierre noire ou silex (obsidienne); c’est une chose étonnante qu’ils aient jamais pensé à faire des couteaux avec cette pierre, et l’habileté qu'ils déployaient pour cette fabrication est digne de tous éloges. Voici la manière dont ils s’y prennent, s’il est possible, toutefois, de l’expliquer par des mots. Un de ces ouvriers indiens s’assied à terre et prend un morceau de cette pierre noire, qui ressemble au jais, et qui est aussi dure que le silex ; on pourrait appeler cette pierre, une pierre précieuse, car elle est plus belle et plus brillante que l’albâtre ou le jaspe, si bien, qu’on en fait des tablettes et des miroirs. Le morceau qu’ils prennent a environ huit pouces de long ou un peu plus, et est à peu près aussi gros que la jambe d’un homme et cylindrique; ils ont un bâton gros comme la
(1) Torquemada, Moiiarquia Indiana. Séville, 1015.
1)K L’EMPLOI DK LA PIKHRE DANS L'ANTIQI'ITÉ. hampe d’une lance, et d'un mètre et demi à peu près de longueur, à l'extrémité duquel ils attachent avec soin un autre morceau de bois de huit pouces de long, pour augmenter le poids de cette partie; puis ils tiennent la pierre entre leurs pieds nus, où elle se trouve fixée connue dans des tenailles ou dans un étau. Ils prennent alors le bâton (qui est poli à l’extrémité) à deux mains et le fixent contre le bord de la pierre (y poncnlo avesar con <?/ canto de la fi ente de la piedra); ils appuient l'autre extrémité du bâton contre leur poitrine et, par la force de la pression, parviennent à détacher un couteau pointu et à deux tranchants, et aussi facilement que s'ils en taillaient un dans un navet avec un couteau bien aiguisé, ou -que s’ils eu faisaient un de fer dans une lorge. Puis ils l’aiguisent sur une pierre, et enfin sur une pierre à aiguiser, pour lui donner un fil très-aigu; et en très-peu de temps ces ouvriers parviennent à faire plus de vingt couteaux de la sorte. Ces couteaux affectent à peu près la même forme que les lancettes de nos chirurgiens, si ce n’est qu’ils sont bombés au milieu, et qu’ils sont légèrement et gracieusement recourbés à l’extrémité. »
Ainsi il paraît que les éclats d’obsidienne s’obtenaient non pas par percussion mais par une forte pression. Selon Sir E. Belcher (1), les Esquimaux emploient le même procédé pour fabriquer leurs instruments de pétrosilcx. « Choisissant, dit-il, une pièce de bois dans laquelle ils ont creusé une cavité ayant la forme d’une cuiller, ils placent sur celte cavité le morceau de pierre qu’ils travaillent, puis ils pressent verticalement sur les bords, tantôt d'un côté, tantôt do l’autre, jusqu’à ce qu’à force d’enlever de petits éclats ils soient parvenus à donner à la pierre la forme d’une pointe de lance ou de flèche, ayant deux tranchants dentelés. » Le lieutenant Beckwith dit que les Indiens de l’Amérique du Nord emploient à peu [très les mêmes procédés (*2).
(1) Trans. of the Elhnohgical Society. New Ser., vol. I, p. 138.
(2) Report of Explorations ami Surveys ofthe Pacific Railroad, 1865, vol. 11, p.43.
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Outre qu'ils servaient à faire des manches pour les haches de pierre, les os et les cornes des animaux étaient aussi fort employés à la fabrication de différents instruments plus simples; les bois de cerf surtout paraissent avoir été préféré à cause de leur dureté. L’objet d’os le plus commun est l’épingle ou le poinçon (tig. (J/i); quelques outils affectant la forme d’un
ne. y 3.
Poinçon tl'os (tëcowe).
ciseau oblong (tig. 122), et dont il n’est pas facile de déterminer l’emploi, sont presque aussi nombreux. On trouve quelquefois des eûtes fendues, appointies à une extrémité, que quelques archéologues regardent comme des moules à faire le filet, tandis que d’autres pensent qu elles étaient employées à la fabrication de la poterie. On trouve aussi dos harpons, des têtes de flèche, et des pointes de lance d’os; les hommes de cette époque semblent avoir souvent porté des dents percées en guise d amulettes.
Les instruments de pierre que nous venons de décrire se trouvent fréquemment à la surface du sol ou sont mis il découvert dans les opérations agricoles. Les objets trouvés ainsi séparément ont, comparativement, peu de valeur scientifique; ce n’est que quand on les trouve réunis en quantité considérable et surtout quand ils sont accompagnés d’autres restes, qu’ils servent it jeter une vive lumière sur les coutumes et les manières de ces temps reculés. Comme je l’ai déjà fait remarquer, les tumuli, les habitations lacustres, les amas de coquilles, sont surtout précieux sous ce rapport, mais je dois aussi dire quelques mots sur les a amas côtiers » des antiquaires danois. « Les amas côtiers » sont des quantités de grossiers instruments de silex qui se trouvent en nombre considérable le long de la vieille ligne des côtes. Les
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