DE L’EMI‘1.01 DE LA P1EHKE DANS L'ANTIQUITÉ
antiquaires danois ont donné à ces amas le nom de «Kystfunden » ce qui, traduit mot à mot, voudrait dire « trouvailles sur les côtes » ou « amas côtiers. » Le soulèvement du terrain, qui, depuis l’Age de pierre, s’est produit au Jutland, fait que quelques-uns de ces dépôts se trouvent maintenant hors de la portée des vagues, et, comme la côte est très- plate, ce léger soulèvement a sufii pour les éloigner assez considérablement du bord de la mer. D’autres au contraire sont à un niveau inférieur; un, par exemple, auprès de la station du chemin de fer à Korsoer, n’est découvert qu’à la marée basse; d’autres enfin sont toujours recouverts par la mer. On pourrait probablement diviser ces amas en différentes classes. Ainsi celui d’Anholt était évidemment une fabrique d’instruments de silex, le grand nombre des éclats, la présence de plus de soixante « noyaux » de silex, le prouvent surabondamment. Ceux au contraire qui, même actuellement, se trouvent sous l’eau, doivent dans ces temps reculés avoir été dans la même position, et, comme il n’y a pas de traces d’habitations lacustres au Danemark, il est très-naturel de supposer que c’étaient là les endroits où les pêcheurs avaient l’habitude de tirer leurs filets. On choisit encore actuellement des endroits particuliers pour cette opération, et il est évident qu’il devait s’y perdre beaucoup d’objets grossiers, employés à la pêche et surtout les pierres servant de poids pour faire enfoncer les filets. Les objets découverts sont exactement ceux que, dans ces circonstances, on devait s’attendre à trouver. Ce sont des fragments irréguliers de silex, des poids à filets ou pierres de fronde, des éclats, des racloirs, des poinçons et des haches.
Ces six différentes classes d’objets se retrouvent dans la plupart, sinon dans tous les amas côtiers, quoiqu’on proportions différentes. Pour donner une idée de la quantité de
Ahcicn harpon d'os
(Danemark)*
DE L’EMPLOI DE (.A PIEHUE DANS L'A.VTIUIJITÉ.
ces objets, je puis mentionner que le professeur Steeustrup et moi, nous avons recueilli, en une heure environ, à Froëlund, auprès de Korsoer, l.'il éclats, 8/i poids, 5 haches, I racloir et environ 150 morceaux de silex; tandis que sur un amas semblable, auprès d’Aarhuus, dans le Jutlaud, j'ai ramassé seul, en deux heures et demie, 70 poids, hO éclats, 39 racloirs, 17 poinçons et un nombre considérable de fragments de silex.
La mer est ordinairement calme dans les fjords abrités et peu profonds du Danemark, souvent même une couche de sable s’est accumulée sur ces amas et les a garantis. 11 en était ainsi dans les deux amas que je viens de citer; l’un fut découvert en faisant des travaux de dessèchement, l’autre en construisant le chemin de fer. Quelquefois un changement de direction dans les courants enlève la couche de sable, et laisse apparaître les instruments de silex, qui, souvent aussi, sont restés exposés à l’air depuis qu’ils ont été déposés dans ces endroits; dans ce dernier cas les silex blancs sont si nombreux qu’ils attirent l’attention à une distance considérable.
Il va sans dire que sur des côtes telles que celles de l’Angleterre, de semblables amas seraient bientôt réduits en gravier. 11 faut se rappeler en outre que sur nos côtes méridionales et orientales, môme depuis les temps historiques, la mer a beaucoup gagné sur la terre. Des amas d’instruments de silex, ressemblant beaucoup aux « amas côtiers » danois, ne sont cependant pas tout ;\ fait inconnus dans notre pays. M. Shelley a trouvé, il y a quelques années, dans un champ auprès de Reigate, un grand nombre d’éclats de silex ainsi que quelques flèches et des « noyaux » de silex ; mais je ne sache pas qu’on y ait trouvé d’autres instruments de silex.
M. T. F. Jamieson indique, dans le Journal d’Aberdeen , (octobre 1803), un endroit sur les bords de l’Ythan, au-dessous d’Ellon, où, en quelques minutes, il a rempli « ses poches d’éclats de silex, de têtes de flèche inachevées, de blocs de silex, dont on avait enlevé des éclats, et de différents autres articles de coutel-
8i DE L’EMPLOI DE LA PIEKHE DANS L’ANTiyi’ITÉ.
lei’ie anlique » . Ou a trouvé d’immenses quantités de hachettes grossières, de « noyaux », d’éclats, de têtes de lance, etc., dans d’autres endroits tels, par exemple, que Bridliugton, l’ont le Voy, Spiennes, près de Mous, Pressigny le Grand, etc. 11 y a tout lieu de croire que l’attention ayant été appelée sur ces dépôts de silex, on fera autre part de semblables découvertes.