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Tumuli antéhislorique.*. — Tuinuli cités dans riiisloirc ancienne — Ilcsseniblance entre les tumuli à salles funéraires et les habitations de quelques peuples du cercle polaire arctique. — Les objets enfouis avec les cadavres n'étaient pas toujours des objets usuels. — Tables de sépultures. — On déposait quelquefois dans les tombeaux des modèles d’instruments au lieu des instruments eux-mêmes. — Tertres tumulaires de différentes époques.
— Difficulté de déterminer l’époque à laquelle appartiennent ces tertres. — Statistiques.
— Traitement du cadavre. — Description d’un tuinulus danois. — Un tertre turmilaire à West Kennel. — Instruments de pierre et poteries trouvés dans les tumuli de West Kennet. — Tumuli des sauvages modernes. — Poterie funéraire. — Ossements d’animaux trouvés dans des tumuli. — Fêtes de» funérailles. — Sacrifices. — Daces d’hommes antébistoriques.
Dans toute l’Europe, nous pourrions même dire dans le inonde tout entier, partout où ils n’ont pas été détruits par la charrue ou le marteau, nous trouvons des monuments des temps antéhistoriques, camps, fortifications, digues, temples, tumuli, etc.; lieaucoup d’entre eux nous étonnent par leur grandeur, tous excitent notre intérêt par l’antiquité qu’ils nous rappellent et le mystère qui les entoure. Il y en a certainement quelques-uns, tels par exemple que la muraille romaine en Angleterre, le Dannevirke, le tumulus de la reine Thyra au Danemark, dont la date et l’origine nous sont connues, mais de beaucoup le plus grand nombre, tels que le Wausdyke, le « temple » de Carnac en Bretagne, les tumuli qu’on suppose être ceux de Thor, d’Odin et de Freya à ITpsala, et les grands tumuli auprès de Drogheda, sont certainement antéhistoriques. «Les uns, sans aucun doute, appartiennent à l'àge de bronze, les autres à l’âge de pierre, mais il arrive très-rarement que nous puissions avec
TI'Ml’LI.
quelque certitude les attribuer à une période plutôt qu’à une autre. Il en est surtout ainsi pour les anciens tertres et pour les temples ou cercles mégalithiques; les tertres tumulaires contiennent souvent des objets qui nous permettent de nous faire quelque idée de leur antiquité relative. Ces anciens tombeaux sont excessivement nombreux ; les figures 9G à 100 en représentent quelques-uns que l’on peut considérer comme types.
Turmilu* danois.
En Angleterre, on peut en voir sur presque toutes les collines. Dans les Orcades seules, on estime que plus de deux mille existent encore; au Danemark ils sont encore plus abondants; on en trouve dans toute l’Europe, des côtes de l’Atlantique jusqu’aux montagnes de l’Oural ; ils couvrent les grandes steppes de l'Asie depuis les frontières de la Russie jusqu'à l’océan Pacifique, et des plaines de la Sibérie jusqu’à celles de l'Indoustan ; en Amérique on les compte par milliers et par dizaines de nulle; ils se trouvent aussi en Afrique où les pyramides elles-mêmes représentent le plus admirable développement de la môme idée; si bien que le monde entier est parsemé de ces tombeaux. I.es
Tl Mi 1.1.
menhirs, les dolmens, et les cistvacns (fig. 09), sont actuellement regardés comme des tombeaux, et leur grand nombre est en lui— môme une preuve de leur antiquité, car l'immense travail nécessaire à la construction d’un tumulus implique qu’on ne les élevait qu’eu l’honneur des chefs et des grands hommes. Beaucoup sont petits, mais quelques-uns sont trôs-considérables ; Silhury Hill, le plus grand qui soit) en Angleterre, a 170 pieds de haut;
PUn du prccéJctil.
FlC. 97.
bien que ce soit certainement une colline artificielle, il n’est pas prouvé, cependant, qu’elle ait été élevée en l’honneur d'un mort.
M. Bateman dans la préface de son second ouvrage (1), Dix ans de fouilles dans les collines sépulcrales celtiques et saxonnes,
(1) Ten Yrars Diggings in the Celtic and Saxon Gravehtlls.
HS
Tl Ml 1.1.
il recueilli les allusions les plus anciennes faites aux cérémonies funèbres; il prouve que «l’élévation d’une colline» a prévalu dans les temps les plus reculés dont f histoire ait conservé le sou-
Fir.. 98.
Cerrlo île pierres sépulcrales.
venir. Hacan et toute sa famille furent lapidés et bnïlés, « après quoi Israël éleva sur leur corps un grand monceau de pierres qui dura jusqu’à ce jour. Et l' Éternel revint de l’ardeur de sa
Fin. 99.
Dolmen ilniii*.«.
colère » . De même le roi d'Ai fut enseveli sous un grand amas de pierres.
Selon Diodore, Sémiramis, veuve de Ninus, fit enterrer son mari dans l’enceinte du palais, et élever sur sa tombe une haute colline de terre. Quelques lumuli de la Grèce étaient des anti-
TL'Ml'IJ.
quitté, même au temps d'Homère, et ce poète les appelle les tombeaux des héros. Pausanias rapporte qu’on rassembla des pierres et qu’on les entassa sur le tombeau de Laïus, père d’Œdipe.
Fie. 100.
Cercle de pierre» slpulcrnîc'.
Pendant la guerre de Troie, on éleva sur les tombeaux de Tydeus et de Lycus deux collines de terre. « Le tertre tumulaire d’Hector était composé de jtierres et de terre. Achille éleva sur les restes de son ami Patrocle un tunmlus de plus de 100 pieds de diamètre. La colline que Xénophon supposait devoir contenir les restes d’Alyattes, père de Crésus, roi de Lydie, était faite de pierres et de terre, et avait plus d'un quart de lieue de circonférence. A une époque plus récente, Alexandre le Grand fit élever sur les restes de son ami Héphestion, un tumulus qui lui coûta 1200 talents, somme énorme, même pour un conquérant comme Alexandre, puisqu'elle équivaut à 5812500 francs (1), » Virgile nous dit que Dercennus, roi du Latium, fut enterré sous une colline de terre; et selon les plus anciens historiens, dont les récits ont été* confirmés par les recherches des archéologues, l 'élévation de collines sur les tombeaux, se pratiquait anciennement chez les Scythes, les Grecs, les Étrusques, les Germains et d’autres peuples. On peut grossièrement évaluer le degré d’estime que l’on avait pour le mort par la grandeur du tumulus;
(I) Ten Y cars' Diggings in lhe Celtic and Saxon Gravehilh, p. v.
TL'Mtï.l.
les montagnards drossais (1) disent encore en manière de compliment : Cvrri mi clach er do a ri ni, c’est-à-dire : j’ajouterai une pierre au tas qui recouvrira votre tombeau.
Ce que Schoolcraft dit des Indiens de l’Amérique du Nord peut s’appliquer à bien des tribus sauvages. « Rien n’est trop précieux parmi les objets que possède le mort, pour qu’on ne le dépose pas dans son tombeau. Les vêtements, les armes, les ornements et les outils les plus précieux, sont enfouis dans le tombeau, qui est toujours placé dans la position la plus pittoresque, au sommet de quelque haute colline ou sur une douce éminence dans une vallée retirée. » Les Indiens de l’Amérique du nord ont gardé, dit-on, jusque pendant ces dernières années, des sentiments d’amitié pour les Français, parce qu’au temps de leur suprématie ils eurent au moins le grand mérite de ne jamais profaner les tombeaux.
Quelques-uns des plus vieux tumuli de la Scandinavie sont de grands monticules contenant un passage formé par d’immenses blocs de pierre, s’ouvrant presque toujours vers le sud ou l’est, jamais vers le nord, et conduisant à une grande salle centrale autour de laquelle sont assis les cadavres. A Goldhavn, par exemple, on ouvrit en 1830 un tombeau de cette espèce (si toutefois on peut leur donner le nom de tombeau); on y trouva de nombreux squelettes, assis sur un rebord peu élevé attenant au mur; auprès de chaque squelette se trouvaient les armes et les bijoux du mort. Or, les maisons qu’habitent les peuples des régions arctiques, les « maisons d’hiver » des Esquimaux et des Groenlandais, les « Yurts » des Sibériens, ressemblent beaucoup à ces « Ganggraben » ou « tombeau à passage. » Le « Yurt » des Sibériens, par exemple, tel (pie nous le décrit Ermau, consiste en une salle centrale, enfoncée quelque peu dans le sol, les côtés, en l’absence de grosses pierres, sont faits de bois, puis ils empilent de la terre sur le toit et sur les côtés, ce qui fait ressem-
(I) Wilson, Pre-historic Annalsof Scott and, vol. I, p. 86, 2* édition.
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hier ces habitations à un monticule. L’ouverture est toujours tournée vers le sud, quelquefois en guise de croisée ils ménagent un petit trou dans la direction de l’est. Au lieu de verre, ils ferment ce trou avec un morceau de glace d’un pied d’épaisseur et qu’ils remplacent quatre ou cinq fois pendant l’hiver. Le foyer est en face de l’entrée; tout autour de la chambre, contre le mur, « est une espèce de banc d’environ six pieds de large et élevé au-dessus du sol; c’est sur ce banc que les habitants dorment pendant la nuit et qu’ils s’asseyent le jour pour travailler » .
Le capitaine Cook nous fait une description presque semblable des habitations d’hiver des Tschutski, à l’extrémité nord-est de l’Asie. Ces habitations, dit-il (1), « ressemblent exactement à une cave voûtée; le plancher se trouve un peu au-dessous du sol environnant. Celle que je visitai était ovale, elle avait environ 20 pieds de long et à peu près 1*2 pieds de haut. Les murs étaient faits de bois et de côtes de baleine parfaitement agencés, le tout était relié par des matériaux plus petits de la même espèce. Sur ces murs ils placent de forte herbe grossière, puis recouvrent le tout de terre ; si bien qu’à l’extérieur la maison ressemble à une petite butte, supportée par un mur de pierre de A ou à pieds de haut, qui l’entoure de trois côtés. »
Ces habitations paraissent donc ressembler beaucoup aux « Ganggraben » et il est fort possible qu’on ait souvent pris des ruines d’habitations semblables pour des tumuli, car on a examiné quelques-uns de ces monticules qui contenaient des outils brisés, de la poterie, des cendres, etc., mais aucun ossement humain; en un mot, de nombreuses indications de la vie, mais pas de traces de la mort. Nous savons, aussi, que bien des tribus sauvages ont une répugnance superstitieuse à se servir de quoi que ce soit ayant appartenu ii une personne décédée; quelquefois même cette répugnance s’étend jusqu a sa maison qui est abandonnée ou
(1) Voyage to the Pacific Océan, vol. II, p. 450. — Voyez aussi vol. III, p. 374.