‹ L'homme avant l'histoireChapitre 36 sur 124 · I.UIIliOtK · texte numérisé non relu

I.UIIliOtK

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ont été trouvés à quelque distance des autres et ont peut-être une origine plus récente.

On pourrait citer (1) d’autres exemples semblables de tumuli de grandeur considérable, recouvrant une salle fuuéraire, construite à force de travail, au moyen d’immeuses blocs de pierre, salle contenant plusieurs squelettes, évidemment les cadavres de personnes de haut rang, accompagnés de nombreux instruments de pierre et de fragments de poterie, mais sans un morceau de métal. Il paraît raisonnable de conclure que ces tumuli appartiennent à la période antémétallique, surtout quand, comme

Fie. 113. Fie. 114.

Polcrie trouvée dan» le tumulus do West Kcnnct.

dans le cas de celui que nous avons cité d’abord, nous trouvons plusieurs sépultures secondaires, certainement d’une époque plus récente, qui, quoique ne présentant pas les preuves que leurs occupants appartenaient à un rang élevé, sont cependant accompagnés d’objets de bronze.

Il peut paraître tout d’abord très-peu probable que des travaux aussi considérables aient pu être entrepris et exécutés par des peuples qui ignoraient l’usage des métaux. Le tumulus d’Obcrea, à Otahiti, a 267 pieds de long, 87 pieds de large et hlx pieds de haut. Quand je parlerai des sauvages modernes,

(1) Voyez, par exemple, Lukis Archœologia, vol. XXXV, p. 247

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j’aurai occasion de citer d’autres exemples tout aussi extraordinaires.

La coutume d'enterrer daus de vieux tumuli, coutume qui s’est perpétuée jusqu’au temps môme de Charlemagne (1), a produit quelque confusion, parce que des objets de dates très différentes sont souvent décrits comme provenant du mémo tombeau ; d’un autre côté, c’est un fait qui ne manque pas d’importance, car on connaît plusieurs cas où, outre celui que j’ai cité plus haut, on retrouve des sépultures, contenant des objets de bronze, placées au-dessus de tombeaux ne contenant que des objets de pierre, et qui sont, par conséquent, postérieures à ces derniers.

En somme, cependant, quoiqu’il soit évident que les objets le plus communément placés dans les tombeaux soient ceux qui étaient les plus usuels ; quoique la quantité des objets de pierre prouve le rôle important que la pierre a joué dans l’antiquité, et justifie, en quelque sorte, la croyance à un âge de pierre, les preuves que nous présenterons sur ce point, dans les chapitres suivants, serout probablement plus satisfaisantes pour beaucoup de personnes. Dans tous les cas, il faut admettre que, dans l’état actuel de nos connaissances , il y a comparativement peu de sépultures que nous puissions avec confiance attribuer à la période néolithique de l'àge de pierre, quelque convaincus que nous puissions être qu’un grand nombre doivent remonter jusque-là.

M. Bateman a proposé de diviser les poteries trouvées dans les anciens tumuli anglais en quatre classes distinctes : 1° urnes ; 2° vases à encens; 3° vases à aliments; li° coupes à boire. Les urnes se trouvent ordinairement dans les cas où la sépulture a été précédée par l’incinération du cadavre; ces urnes contiennent

(1) Un des règlements de Charlemagne était à l'effet suivant : « Jubemus ut » corpora christianorum Saxonorurn ad cœmeleria ecclesiæ deferantur, et non » ad lumulos paganorum. »

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des ossements humains calcinés ou sont renversées au-dessus. Elles sont ordinairement grandes; elles ont « de 10 à 16 pouces de hauteur, un rebord très-profond ; elles sont plus ou moins décorées par l’impression de courroies tordues, ou de dessins incisés, dans lesquels l’arète du hareng, combinée de plusieurs façons, se retrouve constamment. » Toutes sont faites à la main ; on ne trouve jamais sur elles la trace du tour à potier. Elles sont

faites d'argile môléc de cailloux ; quelques-unes sont , dit-on , séchées au soleil. M. Bateman n’en a trouvé aucune de cette espèce, et il considère que c’est là une méprise qui a pu provenir de l’imperfection de leur cuisson. Elles sont ordinairement brunes ou couleur ambre brûlée à l’extérieur et noires à l’intérieur.

Secondement, les « coupes à encens » , ainsi appelées par Sir R. Colt Hoare. Elles varient beaucoup de forme et ont rarement plus de 3 pouces de haut. Les dessins qui les décoreut sont les mêmes (pie ceux des urnes, mais le plus souvent elles sont toutes simples. 11 est probable que, comme l’a, je crois, suggéré d’abord M. Bircii, elles servaient de lampes.

« La troisième division comprend des vases ayant tous les

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styles de décoration, depuis la plus grossière jusqu’à la plus recherchée; presque tous ont la même grandeur; mais il est plus

Fie. 110. Fig. 117.

Vues trouvés dans un tumulus h Arbor Low.

difficile de leur assigner une date certaine qu’à toutes les autres poteries, par le fait qu’on trouve souvent ensemble des

Fig. 118.

Coupc à boire.

spécimens grossiers et des spécimens parfaits. » Les figures H6 et 117 représentent deux vases trouvés dans un tombeau à Arbor Low, dans le Derbyshire.

Enfin les « coupes à boire » (fig. 118) ont ordinairement de

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6 pouces et demi à 9 pouces de haut ; leur forme est (‘lancée ; elles sont rétrécies au milieu, globulaires par en bas et évasées à l’ouverture. Elles sont faites à la main, mais avec beaucoup de soin, de belle argile et de sable fin, et bien cuites; elles ont en moyenne une épaisseur de 3 huitièmes d’un pouce; elles sont brun clair à l’extérieur et grises à l’intérieur. Elles sont ordinairement très-ornées, et accompagnent habituellement des instruments de silex bien faits ; quelquefois aussi on a retrouvé près de ces coupes des poinçons de bronze. M. Bateman pense que le plus grand nombre appartient à la période antémétallique.

Quelque nombreuses que soient les variétés de poteries trouvées dans les tumuli autéromains, elles semblent (quant à celles tout au moins qu’a découvertes M. Bateman) avoir été toutes faites à la main, sans se servir du tour à potier; elles sont composées d'argile mélangée de sable et souvent de cailloux ; très-, rarement on rencontre des anses, les goulots semblent avoir été inconnus. Leur ornementation consiste en lignes droites, en points, ou marques telles que si une corde avait été pressée sur l’argile humide; on ne trouve jamais de lignes courbes ou circulaires, et jamais non plus le moindre essai de représentation d’un animal ou d’une plante.

Les restes de mammifères trouvés avec d’antiques restes humains présentent beaucoup plus d’intérêt depuis les admirables recherches des zoologico-archéologues suisses et danois, et surtout depuis les travaux de Steenstrup et de Rütimeyer, qui ont tiré, de matériaux dont l’apparence promettait fort peu, des témoignages précieux et inattendus. Quels que soient nos regrets, nous ne pouvons nous étonner que non-seulement les premiers archéologues, mais que M. Bateman lui-mème, aient prêté si peu d’attention aux ossements non humains, qu’ils ont pu rencontrer dans leurs recherches. Il serait très-intéressant de savoir quels étaient les animaux domestiques de l'Europe septentrionale pendant l’àge de pierre. Quelques archéologues, le professeur Steenstrup, par exemple, croient que le chien était à cette

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époque le seul animal réduit à l’état de domesticité; d’autres, au contraire, pensent que la vache, le mouton, le cochon et la chèvre, peut-être même le cheval, ont été réduits à l’état domestique dans le Nord depuis une époque fort reculée. Ceci paraît vrai pour la Suisse, tout au moins quant à ki vache. On a fréquemment trouvé dans les tombeaux anglais des os de quadrupèdes, mais il est difficile de savoir s’ils appartenaient à des individus sauvages ou domestiques.

Quant au cheval, il est fort probable que tous les restes retrouvés sont ceux d’une race domestique, car il n’y a aucune raison de supposer qu’il existât en Grande-Bretagne des chevaux sauvages à une époque aussi récente. J'ai donc pensé qu’il serait intéressant d’indiquer la classe de tombeaux dans lesquels on a trouvé des os ou des dents de cheval. M. Bateman # en cite en tout 28; mais sur ces 28 tumuli, 9 avaient déjà été ouverts; dans un autre cas on ne trouva pas de cadavre. Sur les 18 restants, «5 contenaient des objets de fer et 7 des objets de bronze. Il est douteux en outre qu’un autre tumulus, celui de LifTs, n’eût jamais été fouillé. Sur les 6 tumuli restants, deux contenaient de beaux vases à boire, d'un type remarquable, certainement en usage pendant l’àge de bronze, s’ils ne lui sont pas particuliers; et, dans ces deux cas, aussi bien que dans un troisième, le cadavre était accompagné d’ossements humains calcinés, ce qui suggère l’idée de terribles cérémonies. En admettant même que ces tombeaux ne puissent pas être attribués à l’âge de bronze, il n’en est pas moins vrai que sur 297 tumuli, 63 seulement, ou environ 21 pour 100, contenaient des objets de métal, tandis que sur les 18 contenant des restes de chevaux, 12, ou environ 66 pour 100, appartenaient certainement à la période métallique. Ces chiffres semblent prouver, prima fade , que le cheval était très-rare, sinon tout à fait inconnu en Angleterre pendant l’âge de pierre. A une époque plus rapprochée, le cheval et le taureau semblent avoir été sacrifiés sur les tombeaux, et faisaient probablement partie du

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festin des funérailles. Les dents de bœuf sont si communes dans les tumuli, que M. Batejnan a pu dire, avec toute raison,

« qu'on les trouve presque constamment dans les tombeaux les plus anciens » .

La présence .fréquente d’ossements d’animaux dans les tumuli semble montrer qu’on faisait ordinairement des festins des funérailles en l’honneur des morts, et les cas nombreux où so retrouvent des ossements humains calcinés tendent à prouver que des coutumes plus horribles prévalaient, et qu’on ne se contentait pas de sacrifier des chevaux (1) et des chiens, mais qu’on sacrifiait aussi des esclaves sur le tombeau de leurs maîtres; il est probable qu’on brûlait souvent les femmes avec le cadavre de leur mari, comme cela se pratique dans l’Inde et chez de nombreuses tribus sauvages. Chez les Feegees, par exemple, il est usuel, à la mort d'un chef, de sacrifier un certain nombre d’esclaves, dont les cadavres font, disent-ils, une * couche pour le tombeau (2). « 11 est probable, dit M. Bateman, que l’examen critique de tous les dépôts d’ossements calcinés conduirait à des résultats curieux sur les statistiques de sacrifices de veuves et de l’infanticide, abominations qui, des preuves nombreuses nous forcent d’y croire malgré nous, se pratiquaient dans la Bretagne païenne. » Il semble probable, quand on considère les cas nombreux où le squelette d’une femme est accompagné de celui d’un enfant, que, lorsqu’une femme mourait en donnant le jour à un eufant, ou qu elle le nourrissait encore , l’enfant était enterré vivant avec elle, comme cela se fait encore chez quelques tribus d’Esquimaux.

Je désirerais particulièrement recommander à ceux qui à l’avenir feront des fouilles dans les tumuli :

1° D’indiquer le sexe de la personne enterrée. Il vaut mieux déterminer le sexe par la forme du pelvis que par celle du

(1) A une époque récente, en 1781, le cheval de Frédéric Casimir fut immolé sur le corps de son maître et déposé avec lui dans le tombeau, (llortr ferales, p.66.)

(2) Manners and customs of tlie Fceijees, par T. Williams, 1800, vol, I, p. 189.

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crâne. De cette façon, nous pouvons espérer de déterminer la position relative et les occupations distinctes (si tel était le cas) de l’homme et de la femme.

2° D’observer avec soin l’état des dents, ce qui peut nous procurer des témoignages précieux quant à la nature des aliments.

3“ De conserver avec soin les os des quadrupèdes présents, afin de connaître les espèces, et au cas où ce seraient des os do bœuf et de cochon, de déterminer, s’il est possible, s’ils appartenaient à une race sauvage ou à une race domestique.

Quant aux races d’hommes antéhisloriques, l’examen des tumuli nous a jusqu’à présent fourni peu de preuves certaines. 11 semblerait prouvé, cependant, que les Celtes no sont pas les premiers habitants de l’Europe septentrionale. En laissant de côté les mystérieux crânes « kumbécéphaliques », auxquels nous avons déjà fait allusion (page 92), les hommes de luge de pierre, dans l’Europe septentrionale, semblent avoir été bracbycéphaliqucs au plus haut degré, et avoir eu l’arcade sourcilière lourde et épaisse. Bien des ethnologues sont disposés à croire que la race Touranienne, représentée actuellement en Europe par les Lapons, et probablement par les Basques, occupait autrefois la plus grande partie de notre continent, d’où les Celtes et les Teutons les chassèrent avant le commencement même de la tradition historique.

Worsaæ déclare sans hésitation que les « habitants du Danemark, pendant l’àge de pierre, ne peuvent pas avoir été de la môme race que ceux dont les descendants habitent aujourd’hui la Laponie (1) » ; il base son opinion principalement sur le fait que les tumuli mégalithiques de l’àgo de pierre ne se retrouvent jamais au nord de la Suède ou de la Norvège. Nous devons nous rappeler en outre que le renne est intimement associé aux Lapons, et qu’on n’a encore retrouvé aucun reste de c<5t animal dans nos tumuli ou dans les amas de coquilles du Danemark.

(1) Antiquités du Danemark, p. 131.

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11 me semble cependant qu’avant de pouvoir espérer de résoudre cette question d’une manière satisfaisante, il nous faut plus de preuves. Mais, en admettant même que la race Touranienne ait autrefois peuplé l’Europe, il n’en faudrait pas conclure que ce sont les habitants primitifs de notre continent. Il est au contraire très-possible qu’ils aient été précédés par d’autres, et nous pouvons être sûrs que pendant la longue période qui s’est écoulée depuis le commencement du diluvium jusqu’à l’àge de pierre polie, il y a eu bien des guerres, bien des rumeurs de guerre, et probablement bien des changements de populations. Quelles étaient ces populations? Dans l’état actuel de nos connaissances, nous n’en savons absolument rien ; nous ne pouvons donc que confesser notre ignorance, et attendre avec confiance que la lumière se fasse.

Pour en revenir un instant aux tumuli, nous pouvons espérer que, quand ils seront interrogés avec soin, ils répondront nonseulement à beaucoup de ces questions intéressantes, mais qu’ils nous apprendront aussi bien des choses que nous ne penserions certainement pas à leur demander. Il est évident tout au moins que, quand on en aura examiné un nombre suffisant, nous apprendrons bien des faits importants sur le mode de vie à ces époques reculées: nous saurons si dans le nord de l’Europe les habitants avaient, pendant l’âge de pierre, des animaux domestiques, comme il paraît qu’ils en ont eu en Suisse; nous saurons, en partie, quelle sorte de vêtements ils portaient, et au moyen des objets accompagnant les squelettes de femmes, nous pourrons même comprendre, jusqu’à un certain point, quelle était la position occupée par la femme par rapport à l'homme.

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