CHAPITRE VII
ARCHÉOLOGIE DE L’AMÉRIQUE DU NORD
Bibliographie. — Instruments. — Emploi du cuivre. — Traces d’anciennes mines de cuivre. — Poterie. — Bijoux. — Terrassements. — Enceintes défensives. — Enceintes sacrées et diverses. — Terrassements dans la vallée de Scioto. — Terrassements à Circlevillc. — Azlalan. — Terrassements modernes. — Tertres funéraires. — Anciens modes d'inhumation. — Tertres pour les sacrifices. — Contenu de ces tertres. — Le tertre de Crave Creek. — Tertres temples. — Tertres animaux. — Aspect général. — Inscriptions. — Wampum. — tes peuples qui out élevé ces tertres. — Immenses terrassements. — Traces d'une agriculture ancienne. — Antiquité de ces restes antiques. Etat des os. — Forêts américaines. — Indication de quatre époques. — L’homme et le mastodonte. — Calculs du docteur Douter.
C’est ù quatre excellents mémoires publiés sous les auspices de l'Institution Smithsonian que nous sommes principalement redevables de tout ce que nous savons au sujet de l’archéologie de l’Amérique du Nord : — 1° Amiens monuments de la vallée du Mississippi, comprenant les résultats de considérai) les explorations originales, par E. G. Squier, A. M., et E. H. Davis, M. D. — 2° Monuments aborigènes de l'Etat de New-York , comprenant les résultats d explorations originales, avec un Appendice par E. G. Squier, A. M. — 3° Les Antiquités du Wisconsin étudiées et décrites , par J. A. Lapham. — l\° L Archéologie des Etats-Unis , ou Esquisses historiques et biographiques des progrès , des connaissances et des opinions sur les antiquités des États-Unis , par Samuel F. Haven. 11 y a, il est vrai, plusieurs autres mémoires que nous aurions dû peut-être ajouter à notre liste, un surtout de M. Caleb Atwater, qui, selon MM. Squier et Davis, « mérite l’honneur d’avoir tracé la voie dans cette branche de la science » . Ses recherches forment le premier volume des Ajxhaiologia Ameri-
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cana, volume publié en 1819, et qui contient des plans et des descriptions de plusieurs édifices anciens. 11 ne faut pas non plus oublier de citer l’ouvrage de Schoolcraft : Histoire , condition et avenir des tribus indiennes des Etats-Unis.
Le mémoire de MM. Squier et Davis, qui occupe plus de trois cents pages, est consacré tout particulièrement à la description des fortifications, des enceintes, des temples, des tertres, et des • différents instruments, ornements, etc., qu’on y a trouvés. Ce - mémoire est illustré par /j8 planches et 207 gravures sur bois.
Dans son second ouvrage, M. Squier ne s'occupe que des antiquités de l’État de New-York. Dans ces limites mêmes, cependant, il décrit bien des monuments antiques différents, et il croit pouvoir estimer le nombre des monuments qui existaient dans cet état à deux cents ou deux cent cinquante. Il en arrive à la conclusion, a conclusion à laquelle je m’attendais fort peu, dit-il, quand je commençai mon voyage de recherches, que les fortifications de terre dans la partie occidentale de l'État de New- York ont été élevées par les Iroquois, ou leurs voisins occidentaux, et que l’antiquité de ces ouvrages n’a pas de beaucoup précédé leur découverte.»
L’exploration systématique des ruines du Wisconsin, exploration que relate le mémoire de M. Lapham, a été entreprise par lui pour la Société américaine des antiquaires, qui a subvenu aux dépenses nécessaires. Le mémoire a été publié aux frais de l’Institution Smithsonian, et fait partie du septième volume des Contributions de cette Société. Les frais de cette publication ont été considérables, à cause du grand nombre des gravures (55 planches, et 61 gravures sur bois).
L’ouvrage de M. Haven est bien décrit par le titre ; cet ouvrage forme une introduction intéressante à l'étude de l’archéologie de l’Amérique du Nord. M. Haven ne donne comparativement que peu d’observations ou d'opinions à lui propres; mais, après un examen approfondi de ce que les autres ont décrit, il en vient à la conclusion que les terrassements anciens des États-Unis « dif-
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fèrent moins par leur nature que par leur degré, d'autres antiquités sur lesquelles l’histoire ne garde pas tout à tait le silence.
Ils sont plus nombreux, plus concentrés, et dans quelques cas impliquent un travail plus considérable que les travaux qui se trouvent près des frontières des Etats, travaux auxquels ils ressemblent beaucoup par leurs différents caractères. Leur nombre peut être le résultat de fréquents changements de résidence par une population comparativement limitée, changement résultant • d’un trait superstitieux du caractère indien, qui pousse ces peuples à abandonner un endroit où une grande calamité les a frappés ; mais ils semblent plutôt indiquer un pays très-peuplé pendant une période assez longue, pour admettre une grande extension de mouvements progressifs. »
Quoiqu'il s’occupe plus particulièrement de l’état actuel et des mœurs des tribus indiennes, Schoolcraft, cependant, en traçant rapidement leur histoire, nous donne bien des renseignements archéologiques, et nous aurons fréquemment occasion de bure des emprunts à son ouvrage.
Les antiquité» elles-mêmes peuvent se classer en deux grandes, divisions : les Instruments (y compris les bijoux) et les Terrassements. Les archéologues américains ont subdivisé ces terrassements eu sept classes : 1° Enceintes défensives; 2" Enceintes sacrées et diverses; 3° Tertres tumulaires; 4° Tertres pour les sacrifices; 3° Tertres temples; 6” Tertres « animaux »; 7° Tertres divers. Nous passerons successivement en revue toutes ces classes, et nous serons alors plus à même de mieux étudier les terrassiers eux-mêmes.
INSTRUMENTS
Les simples armes d’os et de pierre qui se trouvent en Amérique ressemblent beaucoup à celles des autres pays. Les éclats, les hachettes, les haches, les tètes de flèche, les instrumenta d’os, sont, par exemple, très-semblables à ceux qui se trouvent dans les lacs suisses, en faisant, bien entendu, la part de la diffé-
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reuce des matériaux. Outre ces formes simples, qui, on pourrait le dire, se trouvent partout, il y en a d’autres, cependant, qui sont plus compliquées. Dans bien des cas, ces instruments sont perforés, comme ceux, par exemple, reproduits par MM. Squier et Davis (fcc. cit., p. 218). On pense ordinairement que les haches percées, trouvées en Europe, appartiennent à l’époque métallique ; mais en Amérique, les données nous manquent pour déterminer l’antiquité relative des types perforés ou non.
A l'époque de la découverte de l’Amérique, le fer était entièrement inconnu aux indigènes, à l'exception peut-être d’une tribu vivant près de l’embouchure de la Plata, tribu qui possédait des tlèchcs armées d’une pointe de fer qu'ils tiraient, suppose-t-on, de masses de fer natif. Les puissantes nations de l’Amérique du centre étaient cepeudaut au milieu de l'àge de bronze, tandis que les Américains du Nord étaient dans un état dont nous ne trouvons en Europe que quelques traces bien rares, c’est-à-dire un âge de cuivre. L'argent est. le seul autre métal qu’on ait retrouvé dans les anciens tuaiuli, et eucore n’est-ce qu’en très-petite quantité. Ce métal se trouve quelquefois, mais rarement, à l'état natif avec le cuivre du lac Supérieur, et c’est de là très-probablement qu’on le tirait. 11 ne parait pas avoir été jamais fondu. On trouve dans les tertres une si grande quantité de galène, que MM. Squier et Davis sont disposés à croire que les tribus indiennes de l'Amérique du Nord devaient employer le plomb; mais autant que je le sache, on n’a jamais trouvé le métal lui-même.
Le cuivre, au contraire, se trouve fréquemment dans les tumuli, tantôt travaillé, tantôt à l’état naturel. Les haches ressemblent beaucoup à ces haches simples d’Europe, qui contiennent la quantité minimum d’étain ; quelques peintures mexicaines nous montrent comment elles étaient emmanchées et comment on s’en servait. Les haches mexicaines, il est vrai, étaient de bronze, et avaient par conséquent été fondues, au lieu que les
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haches indiennes, qui sont de cuivre pur, paraissent dans tous les cas avoir été faites à froid, ce qui est d’autant plus remarquable que, comme le font si bien observer MM. Squier et Davis, « le feu des autels était assez intense pour fondre les instruments et les ornements de cuivre qu'on déposait sur eux. Mais ils ne semblent pas avoir profité de la facilité que le hasard leur offrait » (1). Ceci est d’autant plus surprenant, que comme Schoolcraft (2) nous le dit, « on trouve dans presque tous les tertres dernièrement ouverts des monceaux de charbon et de cendres, preuve évidente qu'ils se servaient souvent du feu». Ainsi, quoique ces Indiens connussent le métal, ils ne savaient pas s’en servir; et comme le professeur Dana le fait si bien remarquer dans une lettre qu'il m'a adressée, on pourrait dire qu’ils vivaient dans l'Age de pierre, puisqu’ils employaient le cuivre non pas comme métal, mais comme pierre. Cet état intermédiaire entre un âge de pierre et un âge de métal est fort intéressant.
Le cuivre natif se trouve en grande quantité dans le voisinage du lac Supérieur et dans quelques autres localités plus septentrionales encore; les Indiens n’avaient donc qu’à en détacher des morceaux et à lui donner à coups de marteau la forme qu’ils désiraient. Hearne entreprit son célèbre voyage aux embouchures de la rivière de la Mine de cuivre, sous les auspices de la Compagnie de la baie d'Hudson, dans le but d’examiner les localités où les indigènes de ce district se procuraient le métal. Dans ce pays, il se trouve en morceaux à la surface du sol, et les Indiens semblent l’avoir ramassé sans essayer de faire quoi que ce soit qui puisse s'appeler une mine. Autour du lac Supérieur, cependant, le cas est tout différent. MM. Squier et Davis, dans leur ouvrage que nous avons déjà si souvent cité,
(1) On dit cependant avoir trouvé une hache de cuivre fondue dans l’État de New- York, mais il est impossible de prouver par qui elle a été faite.
(2) Tribus indiennes, p. 97.
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M. Squier dans les Monuments aborigènes de l'Etat de New- York, M. Lapham (1) et M. Schoolcraft (2) décrivent en quelques mots d'anciennes mines de cuivre, et le professeur Wilson a traité longuement le même sujet. Ces mines semblent avoir été découvertes en J8/|7, par l'agent de la Compagnie des mines du Minnesota.
« Suivant une dépression continuelle du sol, il arriva enfin à une caverne où plusieurs porcs-épics avaient établi leur quartier d'hiver; apercevant des traces d’excavations artificielles, il enleva les terres qui s’étaient accumulées, et découvrit non-seulement une veine de cuivre, mais trouva dans les débris une grande quantité de maillets et de marteaux de pierre ayant appartenu aux anciens ouvriers. Des observations subséquentes firent découvrir des excavations anciennes d’une grande étendue, ayant fréquemment de 25 à 30 pieds de profondeur et répandues sur une superficie de plusieurs milles. Les terres enlevées sont accumulées sur les côtés; les tranchées elles-mêmes ont été graduellement comblées par des matières végétales, produit îles siècles qui se sont écoulés depuis l’abandon de ces mines, et sur le tout les géants de la forêt ont poussé, vécu, et ont fini par tomber en pourriture. M. Knapp, l’agent de la Compagnie des mines du Minnesota, a compté trois cent quatre-vingt-quinze anneaux dans le tronc d’un sapin qui avait poussé sur un de ces amas de terre jeté hors d'une ancienne mine. M. Foster mentionne aussi le grand âge et la grosseur d'un pin qui a dit croître et mourir depuis que les mines ont été abandonnées; et M. C. Whittesley cite non-seulement les arbres vivant maintenant sur le sol des tranchées abandonnées, dont quelques-uns, dit-il, ont plus de trois cents ans, mais il ajoute : « Au même endroit, on voit les troncs pourris d'une génération ou des générations précédentes, arbres qui sont arrivés à leur maturité et
(1) Loc. cit., p. 74.
12) Loc. cil , p. 95.
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qui sont tombés de vieillesse. » Selon le même écrivain, dans une communication faite par lui à l’Association américaine, à son meeting à Montréal en 1857, ces anciennes mines s’étendent sur une longueur de cent à cent cinquante milles, sur le bord méridional du lac.
Dans une autre excavation, on a trouvé une masse de cuivre natif pesant plus de six tonnes. Elle reposait sur un support artificiel de chêne noir, conservé en partie par l'immersion dans l’eau. On trouva à côté plusieurs instruments et plusieurs outils du même métal. Les outils les plus communs sont des maillets ou des marteaux de pierre ; dans un seul endroit on en a enlevé dix charretées. Dans ce même endroit, il y avait des haches de pierre très-grandes, de diorite, et faites de façon à être emmanchées, et aussi de grosses masses rondes de diorite qui servaient probablement de rouleaux. On avait creusé à l’intérieur des trous profonds de quelques pouces, sans doute pour y fixer un manche de bois long, de façon que plusieurs hommes pussent le manier et s’en servir en guise de massue pour briser le rocher et les masses de cuivre. Quelques-uns étaient brisés, et l’on voyait encore sur les pointes dos rochers les traces de coups portés de la manière que nous venons d’indiquer (I).
Les instruments de bois sont si périssables, que nous ne pouvions pas nous attendre à en trouver beaucoup. On n’a découvert, en somme, que deux ou trois écuelles de bois, une auge et quelques pelles il long manche.
Ou a souvent affirmé que les Indiens possédaient le moyen, à présent inconnu, de durcir le cuivre. S'il faut en croire le professeur Wilson, qui a fait de nombreuses recherches à cet effet, c’est là une erreur. Le professeur Crofts, à qui il avait remis quelques instruments de cuivre, a trouvé qu’ils notaient pas plus durs que le cuivre natif ordinaire du lac Supérieur. «Le métal offrait une
(1) Le professeur W. W. Matlier, dans une lettre adressée à M. Squicr (/oc. cil., p. 18A).
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structure très-lamellée, comme si l' instrument avait été fait avec nue masse de cuivre amenée à sa forme actuelle il force de coups de marteau. »