‹ L'homme avant l'histoireChapitre 47 sur 124 · INSCRIPTIONS · texte numérisé non relu

INSCRIPTIONS

11 y a une classe d’objets dont je n’ai pas encore parlé et qui, cependant, mérite une certaine attention.

228 ARCHÉOLOGIE DE L'AMÉRIQUE DU NORD

Le plus remarquable de ces objets est le célèbre rocher de Dighton, sur la rive orientale de la rivière de Taunton. Le docteur Wilson raconte d'une façon fort amusante l’histoire de ce rocher et les différentes conclusions qu’on en a tirées (1). En 1783, le rév. Ezra Stiles, 1). I)., président du collège de Yale, prêchant devant le gouverneur de l’État de Connecticut, cita ce rocher, couvert, croyait-il, de caractères phéniciens, comme preuve que les Indiens descendaient de Chanaan et étaient par conséquent maudits. Le comte de Gcbelin pensait que l’inscription était carthaginoise. Dans le huitième volume des « Archæologia » , le colonel Yallency essaye de prouver quelle est sibérienne, tandis que certains antiquaires danois pensent qu elle est en caractères runiques, et qu’ils ont pu y déchiffrer le nom de « Thorfinn », « avec une énumération exacte, quoique pas aussi claire, des guerriers qui, selon le «Saga», accompagnèrent l’expédition de Karlsefne, en Yinland, en 1007, A. I). ». Enfin, M. Schoolcraft en présenta une copieàChiugwauk, chef indien fort intelligent, qui « y lut le récit d'une victoire indienne sur quelque tribu rivale » , mais sans exprimer aucune opinion, quant à son antiquité.

On a trouvé, dans le tertre de Grave Creek, un petit disque ovale de grès blanc, sur lequel étaient gravées vingt-deux lettres. Selon le docteur Wilson (2), M. Schoolcraft, qui a étudié cette relique avec soin, en arrive, après avoir correspondu avec un grand nombre d'archéologues américains et européens, à la conclusion que, sur ces vingt-deux lettres, « quatre correspondent à l'ancien grec, quatre à l'étrusque, cinq aux vieux caractères runiques du Nord, six à l’ancien gaélique, sept au vieux erse, dix au phénicien, quatorze à l’anglo-saxon et seize au celtibérique; qu'en outre on peut trouver des équivalents dans le vieil hébreu. 11 parait ainsi que cette ingénieuse petite pierre

(1) Prchisloric Man , vol. II, p. 172.

(2) Ibid., p. 180.

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est encore plus accommodante que le rocher de Dighton et quelle s’adapte à toutes les théories possibles de colonisation antécolombienne. » Une pierre ayant un caractère aussi douteux serait une preuve bien insignifiante dans toutes les circonstances; mais nous devons ajouter que le docteur James W. Clemens a communiqué au docteur Morton tous les détails

de l'exploration du tertre de Grave Creek, sans parler de

la découverte de la pierre à inscriptions. Et ce ne fut que quand le souterrain eut été arrangé par son propriétaire comme une exhibition ouverte à tous ceux qui voulaient bien payer le privilège d’y être admis, que la merveilleuse inscription surgit tout à coup pour ajouter à l’attrait du spectacle. »

On cite un ou deux autres cas également douteux; mais, en somme, nous pouvons affirmer, sans crainte de nous tromper, qu’il n’y a aucune raison de supposer que les peuples de l’Amérique fussent arrivés à un degré tel de civilisation qu’ils étaient parvenus à se faire un alphabet. Les Indiens de l’Amérique du Nord, outre l’art des hiéroglyphes, qu’ils partageaient avec les Aztecs et les Quipa des Péruviens, avaient encore le « wampum ». Ce curieux substitut de l’écriture consistait en grains de diverses couleurs fixés ordinairement sur du cuir. Un exemple fort intéressant est la ceinture de wampum « donnée par les sachems des Lenni Lenape au fondateur de la Pensylvanie, à la conclusion du grand traité sous l’orme de Shachamox en 1082». Ce wampum est encore conservé dans la collection de la Société historique de Philadelphie; il consiste en dix-huit courroies de cuir ornées de grains blancs et violets, le tout formant une ceinture de 28 pouces de long sur 2 pouces 1/2 de large. «On y voit cinq dessins de grains violets sur fond blanc et au centre se trouve Pcun donnant la main au sachem indien. » Peut-être le grand nombre de grains trouvés dans les tumuli étaient-ils dest i nés à rappeler les actions et les vertus du défunt?

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