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Les auteurs des « Anciens monuments de la vallée du Mississippi » affirment qu'on n’a jamais trouvé de travaux sur la première terrasse ou terrasse inférieure des grandes rivières et que cette « observation est confirmée par tous ceux qui ont étudié ce sujet. » Si cette affirmation est fondée, ce serait la preuve d’une haute antiquité, mais dans son ouvrage subséquent , M. Squier nous informe que les travaux en terre « se trouvent indistinctement sur toutes les terrasses et môme sur les îles des lacs et des fleuves. » M.M. Squier et Davis (I). pensent que la détérioration des squelettes, trouvés dans les tertres, nous permet « d’estimer approximativement leur haute antiquité », surtout quand nous venons à considérer que la terre qui les entoure « est très-compacte, très-sèche, et que les conditions dans lesquelles ils sont placés sont de tout point favorables à leur conservation T» « Dans les tumuli des anciens Bretons», ajoutent-ils, « on a trouvé des squelettes entiers bien conservés quoiqu’il n’y ait pas lieu de douter qu'ils soient enterrés depuis dix-huit cents ans au moins. » Le docteur Nilsson (2), s’appuie
(1) Lac. cil., p. 168.
(2) Loc. cil., p. 359.
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aussi beaucoup sur ce fait, qui, selon lui « nous fournit des preuves plus concluantes de leur grande antiquité que celles que l’on peut tirer, soit de l’âge d’une forêt subséquente, soit des changements accomplis sur les bords des rivières où ils se trouvent le plus communément. » Il est vrai que les ossements dans les tombeaux de l’àge de pierre sont souvent admirablement conservés; mais il est également vrai que ceux qui se trouvent dans les tombeaux saxons ont souvent presque entièrement disparu. En un mot, l’état des anciens ossements dépend tellement des circonstances dans lesquelles on les a placés, que nous ne pouvons pas attribuer beaucoup d’importance à cet argument. Les preuves que nous tirons des forêts sont plus concluantes. Ainsi le capitaine I’eck (1) a observé’ auprès de la rivière Ontonagon, et à une profondeur de 25 pieds, quelques maillets et autres instruments de pierre, en contact avec une veine île cuivre. Au-dessus se trouvait le tronc abattu d’un grand cèdre et par-dessus le tout croissait un sapin dont les racines entouraient l’arbre tombé. Ce sapin avait au moins trois cents ans, auxquels il faut ajouter l’âge du cèdre, ce qui implique une succession de siècles encore plus considérable, subséquemment à la longue période qui a dù s’écouler, pour que la tranchée abandonnée se remplit lentement par les accumulations successives de bien des hivers.
Feu le président Harrison, dans un discours prononcé devant la Société historique de l’Ohio, a fait quelques remarques fort intéressantes à ce sujet, remarques citées par .MM. Squier et Davis (2). « La marche », dit-il, « que suit la nature pour remettre la forêt en son état primitif, après qu’elle a été défrichée, est extrêmement lente. Les riches terres de l’Ouest sont, il est vrai, bientôt recouvertes, mais le caractère de la nouvelle forêt est essentiellement different, et cette différence se continue
(1) Wilson, Inc. cit„ vol. I, p. 256.
(•->) l.oc. cil., p. 30G.
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longtemps. Dans plusieurs parties rie l'Ohio et sur la ferme que j’occupe, on a fait des défrichements à l’époque où le pays a commencé à être habité; plus tard ces parties défrichées ont été abandonnées et l’on y a laissé repousser les arbres. Quelques-unes de ces nouvelles forêts ont maintenant plus de cinquante ans, mais elles sont si peu semblables à la forêt immédiatement contiguë que tout homme qui réfléchit devra, en les voyant, arriver •à la conclusion, qu’il faudra au moins dix fois cinquante ans avant que l’assimilation ne soit complète. Nous trouvons dans les forêts qui recouvrent les anciens travaux toute cette variété d’arbres qui, par leurs proportions naturelles, donnent à nos forêts une beauté sans égale. Mais quand la terre a été défrichée et qu’elle est ensuite abandonnée à la nature, la forêt au contraire est presque homogène et ne consiste souvent qu’en une, deux, ou tout au plus trois essences d’arbres. Si le sol a été cultivé, le caroube jaune croit en immense quantité; s’il ne l’a pas été,
le noyer noir et le blanc seront les espèces principales Quelle
immense antiquité doivent donc avoir les travaux dont on a si souvent parlé, recouverts qu’ils sont par des forêts qui se sont renouvelées au moins deux fois depuis leur abandon. »
Nous trouvons une autre preuve de haute antiquité dans les a jardins» que nous avons déjà décrits. Ce système de culture est depuis longtemps remplacé par les simples collines à maïs irrégulièrement disséminées, et cependant, selon M. Lapham (1) les « jardins » sont beaucoup plus récents que les tertres, à travers lesquels ils s’étendent quelquefois de la même manière que sur les terrains avoisinants. Si donc ces tertres appartiennent à la même époque que ceux qui sont couverts de bois, nous obtenons ainsi les traces de trois périodes: la première, celle des tertres eux-mêmes; la seconde, celle des jardins; et la troisième, celle des forêts.
En outre, l’agriculture américaine n’a pas été importée de
(1) Loc. cil., p. 19.
AHCHÉOI.OC.IE DE l.’AMÉRIQEE DE Non».
l'extérieur; elle résulta du développement graduel de la demicivilisation américaine et par contre la rendit possible. Ceci est prouvé par le lait que les céréales du vieux monde manquent complètement et que l’agriculture américaine est fondée sur le maïs, plante américaine. Ainsi donc, nous paraissons avoir l’indication de quatre longues périodes.
1° Celle pendant laquelle les tribus américaines, sortant de la barbarie primitive, ont développé chez elles la connaissance de l’agriculture et le pouvoir de la combiner.
2° Celle pendant laquelle, pour la première fois, on élève les tertres et l’on entreprend d'autres grands travaux.
3° L’époque des « jardins » qui occupent au moins quelques tertres. Aussi est-il probable que ces « jardins » n’ont été faits que quand ces tertres avaient perdu leur caractère sacré aux yeux des indigènes; car il est difficile de supposer que des travaux exécutés avec tant de soin aient été ainsi profanés par ceux-là même qui les avaient construits.
h° La période pendant laquelle les Indiens redeviennent sauvages, et pendant laquelle les endroits qui d’abord avaient été forêts, puis, peut-être, monuments sacrés, et enfin sol cultivé, redeviennent forêts une fois de plus.
Mais en attribuant même à ces changements toute l’importance qui leur convient, ils ne nécessitent pas une antiquité de plus de trois mille ans. Je ne prétends pas dire, bien entendu, «pie cette période n'ait pas été plus considérable; mais, selon moi, tout au moins, il n’est pas nécessaire qu’elle l’ait été. En même temps il y a d’autres observations, qui, si elles finissent par être prouvées, indiqueraient une bien plus haute antiquité.
L’une de ces observations est la description faite par le docteur A. C. Koch (1), d’un mastodonte trouvé dans Gasconade County (Missouri), mastodonte qui semblait avoir été lapidé par les Indiens, puis brûlé en partie. Le feu, dit-il, « n’a certainement
(1) Trans. of the Academy of science of Saint-Luuis, 1857, p. Gl.
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pas été un feu accidentel, tout au contraire, il semble avoir été allumé par les hommes, et selon toute apparence clans le but de tuer l’immense animal qui s'était enfoncé dans un bourbier et ne pouvait se mouvoir
Tous les os qui n’avaient pas été consumés par le feu
avaient conservé leur position originale, ils étaient droits dans l’argile et ne paraissaient pas avoir été dérangés. Les portions extérieures, au contraire, avaient été en partie consumées
Au milieu de ces cendres et de ces os, il y avait un grand
nombre de morceaux de rochers qui certainement avaient été apportés des bords de la rivière Bourbeuse, pour être lancées à l’animal, car la couche d'argile, dont je viens de parler, ne contient pas le plus petit caillou, et en allant sur le bord de la rivière, je trouvai des roches semblables aux morceaux, et il est évident qu’on était venu les prendre à cet endroit
Je trouvai jmssi, au milieu des cendres, des os et des
pierres, plusieurs têtes de flèche, une tète de lance de pierre et des haches de pierre. »
Dans un second cas, le même auteur nous affirme qu’il a trouvé plusieurs tètes de flèche de pierre, mêlées aux ossements d'un mastodonte. « Une des pointes de flèche se trouvait sous l'os de la cuisse du squelette, l’os reposant sur l'arme, de telle sorte qu’elle n’aurait pu y être placée après l'os, fait que j observai avec soin. »
Dans la vallée du Mississippi, le docteur Dickeson, de Natchcz, a trouvé lVw innominatum d’un homme avec quelques os du Mastodon ohioticiis, (pii étaient tombés du haut d’une dune minée par un ruisseau; mais comme Sir (',. Lycll l’a déjà fait remarquer, il est parfaitement possible que cet os provienne d’un des tombeaux indiens qui sont très-nombreux dans cet endroit. En outre, le comte Pourtalis a trouvé quelques ossements humains dans un congloméré calcaire, auquel M. Agassiz assigne une antiquité de plus de dix mille ans; et, enfin, le docteur Douter a découvert dans dos fouilles auprès de la Nouvelle-
an
AHCIIÉOIjOGIB I)K l.'AM KHIUI K Dl NOHD.
Orléans, du charbon et un squelette humain auxquels il attribue une antiquité de cinquante mille ans au moins. Aucun de ces exemples, cependant, n’est entièrement concluant ; et, en somme, quoique l’idée soit certainement moins improbable qu’elle ne l’était, il y a quelques années, il ne parait pas y avoir encore de preuve satisfaisante que l'homme coexistât en Amérique avec le mammouth et le mastodonte.
Si, cependant, les faits que nous venons de citer justifient la conclusion que des parties, au moins, de l’Amérique du Nord, ont autrefois été habitées par une nombreuse population agricole, nous ne pouvons alors que nous demander : Quelle cause fatale a détruit cette première civilisation ? Pourquoi ces fortifications ont-elles été abandonnées? Pourquoi ces cités sont-elles en ruines? Comment les nations puissantes, qui habitaient autrefois les riches vallées américaines, ont-elles été réduites aux pauvres tribus sauvages que les Européens y ont trouvées? Le Nord et le Sud se sont-ils une fois déjà levés en armes l’un contre l’autre? Le terrible nom de « Terre sombre et sanglante » que l’on donne au Kentucky, est-il un souvenir de ces antiques guerres? Absil omen. Espérons que nos cousins d’Amérique s’arrêteront, avant de sacrifier ainsi la prospérité commune à une haine mutuelle.