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I.ES HOMMES DES CAVERNES

gnements. Les cavernes qui ont été examinées avec le plus de soin sont au nombre de dix, savoir : Laugerie, la Madelaine, les Eyzies, la Gorge d’F.nfer, le Moustier, Livcyre, Pey de l’Azé, Combe-Granal et Badegoule; j’ai eu l’avantage de visiter la plupart d’entre elles. Quelques-unes comme, par exemple, les Eyzies et le Moustier, sont à une hauteur considérable au-dessus de la rivière, d'autres au contraire, comme la Madelaine et Laugerie, sont à peu près à la hauteur de l’eau, ce qui prouve que le niveau de la rivière est aujourd'hui à peu près le même qu’à l’époque où ces cavernes étaient habitées.

Les rivières de la Dordogne coulent dans de profondes vallées creusées dans des couches calcaires; alors que les côtés des vallées dans les districts crayeux sont ordinairement inclinés, dans ce cas, à cause probablement de la dureté du rocher, ils sout eu général verticaux. On y trouve fréquemment de petites cavernes et des grottes; en outre, comme les différentes couches possèdent ordinairement un pouvoir de résistance inégal contre les influences atmosphériques, la surface du rocher est pour ainsi dire écaillée en bien des endroits, ce qui produit des abris. A une époque fort reculée, ces cavernes et ces abris étaient habités par des hommes qui ont laissé après eux des preuves évidentes de leur présence. Mais, à mesure que la civilisation s’est développée, l’homme, ne se contentant plus des demeures naturelles, mais peu commodes, qu’il trouvait ainsi de tous côtés, a creusé des habitations, et dans certains endroits la surface entière du rocher est criblée de trous, portes et fenêtres s’ouvrant sur des chambres, quelquefois même on voit des étages les uns au-dessus des autres, ce qui suggère l’idée d’une Petra française. Dans les temps agités du moyen âge, nombre de ces demeures servirent, sans doute, de fortifications efficaces; aujourd’hui même, quelques-unes servent encore de magasins. J’ai vu à Brantôme une vieille chapelle taillée dans le roc, ressemblant beaucoup aux célèbres temples de l’Inde taillés dans les rochers. Outre l’intérêt scientifique, il était impossible de ne pas jouir

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de la beauté du paysage qui se déroulait sous nos yeux pendant que nous descendions la Vezère. Tantôt la rivière passait d’un côté de la vallée, tantôt de l’autre, aussi nous avions parfois de riches prairies de chaque côté, ou nous nous trouvions tout près de la roche taillée à pic. Çà et là, nous rencontrions quelque vieux château pittoresque, et quoique les arbres ne fussent plus couverts de feuilles, les rochers étaient dans bien des endroits couverts de buis et de lierre ou de chênes toujours verts, dont la verdure s’harmonisait avec les teintes brun doré de la pierre elle-même.

Mais pour en revenir aux cavernes à ossements, on a trouvé des restes de l’ours des cavernes au Pey de l’Azé, de l’hyène des cavernes au Moustier, des molaires d’éléphants au Moustier et à Laugerie, outre un fragment de pelvis. Quant aux deux premières espèces, MM. Christy et Lartet pensent qu’elles appartiennent probablement à une période antérieure à celle des restes humains trouvés dans les mêmes cavernes. On a regardé la présence du pelvis comme une évidence de la contemporanéité du mammouth et des chasseurs de rennes de Laugerie; il est, en effet, difficile de comprendre pourquoi ces hommes auraient apporté un os fossile dans leur caverne, d’autant que les os d’élephants sont si peu résistants qu’il est impossible de s’en servir pour faire des outils. Cependant MM. Christy et Lartet n’expriment aucune opinion, se faisant, disent-ils « une loi de ne procéder dans nos inductions que par évidences incontestables. »

Quant au Felis spelœa, on a trouvé dans la caverne des Eyzies un os métacarpien appartenant probablement à cette espèce; cet os porte encore les marques de coups de couteau.

Cependant la preuve zoologique positive de l’antiquité des restes humains trouvés dans ces cavernes repose principalement sur la présence du renne; ces preuves, nous pouvons le dire, sout concluantes. Les ossements appartenant à cette espèce sont tous brisés pour en extraire la moelle ; beaucoup portent les marques de coups de couteau, et aux Eyzies on a trouvé une vertèbre percée

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par un éclat de silex. MM. Christy et Lartet sont convaincus que cet os devait être tout frais quand il a été ainsi percé. En outre, comme nous le verrons tout à l’heure, nous avons des preuves encore plus concluantes que l’homme et le renne vivaient ensemble dans cette localité.

Les preuves zoologiques sont d'ailleurs aussi très-instructives par leur côté négatif. Selou MM. Christy et Lartet, on n’a pas encore trouvé un seul ossement qu'on puisse attribuer à des animaux domestiques. On rencontre, il est vrai, des os de bœuf et de cheval, mais il n’y a aucune preuve qu’ils aient appartenu à des espèces domestiques. Les restes du porc sont très-rares, et si ces animaux avaient été réduits à l’état domestique, on les eût trouvés sans doute en plus grande quantité. Le mouton et la chèvre, et ce qui est encore plus remarquable, le chien, sont entièrement absents. D’un autre côté les ossements du cheval et du renne, surtout ces derniers, se trouvent en grande quantité, et je ne suis pas aussi certain que MM. Christy et Lartet, que quelques-uns d’entre eux, tout au moins, n’ont pas appartenu à des individus réduits à l’état domestique.

Un coup d’œil sur les collections faites par MM. Christy et Lartet, ou sur celle de M. le vicomte de Lastic de Bruniquel, suffira pour prouver que les débris organiques consistent surtout en dents, en mâchoires inférieures et en cornes. On trouve, il est vrai, d’autres ossements, mais ils ne forment qu’une petite fraction du tout. Nous ne pouvons cependant pas attribuer ce fait à la présence des chiens, parce qu’on n’a pas encore découvert de restes de cette espèce; parce que les os qui restent n’ont pas été rongés; mais surtout parce que les chiens ne mangent que certains os et certaines parties d’os, choisissant en règle générale les parties spongieuses et rejetant les parties solides.

M. Gallon a fait remarquer (pie quelques tribus sauvages de l’Afrique ne se contentant pas de la chair des animaux qu’ils tuent, écrasent aussi les os dans des mortiers pour en extraire

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les sucs nourrissants qu'ils contiennent. Selon Leems, les lapons danois avaient aussi l’habitude de briser avec un maillet les os contenant de la graisse ou de la moelle, puis de les faire bouillir pour en extraire toutes les parties grasses (1). Les Esquimaux écrasent aussi les os pour en tirer la moelle (2). Bien des mortiers, bien des marteaux de pierre, étaient sans doute employés à cet usage dans l’antiquité, et les proportions relatives des différents os nous permettent, je crois, de penser, bien que ce soit là une évidence indirecte, qu’une coutume semblable existait dans le sud de la France.

Si nous passons maintenant aux instruments de silex trouvés dans ces cavernes, nous devons tout d'abord appeler l'attention sur leur immense quantité. On peut, sans aucune exagération, dire qu'ils sont innombrables. Cette quantité augmente, sans contredit, la valeur des conclusions que nous pouvons tirer de leur présence; et cependant il n’y a rien là qui doive nous surprendre. Le silex est si cassant que les instruments faits avec ce minéral devaient se briser facilement, et dans ce cas les morceaux devenant inutiles devaient être jetés de côté, surtout dans un district crayeux où le silex est presque inépuisable. Bien des instruments, sans doute, sont inachevés, rendus inutiles, soit par un coup mal dirigé, soit par quelque défaut dans le silex. En outre, on doit naturellement s’attendre à ce que, dans de telles brèches osseuses, les instruments de silex soient relativeplus abondants que dans un kjôkkcnmôdding. Chaque huître ne fournit qu’une seule bouchée, de telle sorte que la partie alimentaire forme une plus grande partie du tout dans les mammifères que dans les mollusques. Les kjôkkemnôddings , par conséquent, doivent, cœteiïs paribus , s’accumuler plus rapidement que les brèches à ossements, et en supposant que les instruments de silex soient également nombreux dans les deux cas,

(1) Account of Danish Layland , par Leems, Copenhague, 1707. Traduit dans /‘inkerton's Voyaqes, vol. 1, p. 396.

(2) Hall, Life ivith the Esquimaux, vol. Il, p. 147, 176.

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il doivent être plus rares dans les premiers que dans les derniers.

Les objets de pierre trouvés dans les cavernes à ossements, que nous étudions actuellement, consistent en éclats simples et travaillés, en raeloirs, en « noyaux » , en poinçons, eu têtes de lance, eu instruments tranchants, en marteaux et en mortiers de pierre.

Les éclats simples et travaillés sont, bien entendu, très-nombreux, mais ils ne nécessitent aucune observation spéciale. Ils offrent les variétés ordinaires de grandeur et de forme.

Quoique moins nombreux que les éclats, les raeloirs sont cependant très-abondants. En règle générale, ils me semblent plus longs et plus étroits que le type ordinaire danois. Quelquesuns se tenaient, sans doute, par le milieu, car les deux extrémités sont taillées. D’autres devaient être fixés à des poignées, car l’extrémité opposée au racloir est brisée quelquefois d'un côté, quelquefois de l’autre, quelquefois des deux côtés, de façon à former une pointe qu’on fixait, sans doute, dans un manche de bois, d’os ou de corne. Beaucoup d’éclats sont aussi cassés à une extrémité de la même manière.

11 est évident que partout où il y avait une fabrique d’éclats de silex, on doit retrouver aussi les noyaux qui servaient à les faire. Cependant, j’ai été étonné du nombre trouvé dans ces cavernes; pendant ma courte visite, j’en ai moi-même ramassé plus de quatre-vingt-dix.

Les poinçons et les scies sont beaucoup moins fréquents ; on en a trouvé, cependant, quelques bons spécimens. Dans quelques stations, on trouve de curieux instruments plats (fig. 130). Nous pouvons conclure de la constance de leur forme qui, en outre, est quelque peu singulière, qu’on les employait à un but déterminé. En guise de marteaux, les chasseurs de rennes semblent avoir employé des pierres rondes ; on en trouve une quantité assez considérable dans les cavernes, et ces pierres portent encore les marques évidentes de l’emploi qu’on en faisait. Quel-

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ques-uncs, toutefois, ont pu aussi servir de pierres à chauffer. Les Indiens de l’Amérique du Nord, les Esquimaux et quelques autres sauvages, 11e connaissant pas la poterie, et n’ayant que des vases de bois qu'ils 11e peuvent placer sur le feu, ont l'habitude de faire chauffer des pierres et de les placer dans l'eau qu’ils veulent faire bouillir. Bien des pierres trouvées dans ces cavernes semblent avoir servi- à cet usage.

Fig. 130.

Poinçon do silex.

Les instruments de silex que nous venons de décrire, et qui sont les plus communs, se trouvent indistinctement dans toutes los cavernes, mais il y a d’autres types qui semblent être moins généralement distribués. Ainsi à Laugerie et à Badegoule, des fragments de tètes de lance en forme de feuilles, presque aussi bien faites que celle du Danemark, sont loin d’être rares. Si donc, nous essayions de classer ces cavernes selon les périodes de leur occupation, nous serions disposé à attribuer à ces dernières une époque plus rapprochée de nous qu’aux- autres. A en juger, au contraire, par les instruments de silex, la station du Mousticr serait la plus ancienne. En admettant peut-être qu'il soit encore prématuré d’essayer une semblable classification, on 11e peut douter, cependant, que le Moustier ne présente quelques types qu’on n'a pas encore trouvés dans d’autres cavernes, et qui ressemblent sous bien des rapports à ceux du diluvium.

Une de ces formes particulières consiste en ce qu’un des côtés de l'instrument n’est pas travaillé, apparemment pour qu’on

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puisse le tenir dans la main, tandis que l’autre c»Mé a un bord coupant fait par une série de petits coups. Quelques-uns de ces instruments sont fort grands, et MM. Christy et Lartet supposent

Fie, 131. Fie. 132.

Instrument de silex de le Moustier.

qu’on s’en servait pour couper le bois et peut-être aussi les gros os des mammifères. Les figures 131-3 représentent un autre type fort intéressant. Ce spécimen est travaillé des deux

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côtés, mais le plus ordinairement un des côtés reste plat. MM. Christy et Lartet pensent que ce type est identique avec les têtes de lance trouvées dans les dépôts du diluvium. Je ne suis pas d’accord avec eux à ce sujet. Non-seulement, les spécimens de le Moustier sont plus petits, mais le travail est différent, il est moins hardi. En outre, la surface plate A, n’est pas une particularité individuelle. Elle est très-fréquente, pour ne pas dire générale, et elle se trouve aussi sur l’instrument semblable découvert par M. Boyd Dawkins, dans le trou de l’hyène à Wokey llole, et publié par lui dans le Geological Journal , mai 1862, n° 70, p. 119. Ce type très-intéressant, semble plutôt être dérivé des instrument tranchants que nous avons décrits plus haut, auquel cas la ressemblance qui existe entre lui et les types du diluvium serait accidentelle et insignifiante. MM. Christy et Lartet, il est vrai, appellent les instruments de ce type des « têtes de lance » , mais on peut douter qu'ils fussent employés à cet usage, quoique certainement quelques-uns semblent l’avoir été. En résumé, donc, quoique ces types de le Moustier offrent un grand intérêt, il faut réfléchir avant d’affirmer qu’ils appartiennent aux formes du diluvium.

On n’a pas encore trouvé dans ces cavernes un seul instrument poli. Cependant la collection faite par feu M. Mourcin, dans le voisinage de Périgueux, contient, sur 5025 objets de pierre, 3002 haches polies, dont plusieurs, toutefois, sont imparfaites. Sans aucun doute, parmi les types nombreux que présentent les instruments de silex trouvés dans ces cavernes, des études plus approfondies en feront distinguer d’autres, et nous avons tout lieu d'espérer que ces études jetteront plus de lumière sur l’usage auquel ou les employait.

La station de Moustier n’a pas encore produit un seul instru ment d’os, mais on en a trouvé un assez grand nombre dans d'autres cavernes. « Ils consistent en instruments carrés affectant la forme d'un ciseau ; d’autres sont ronds, pointus, ressemblant à des poinçons, quelques-uns ont pu servir de hameçons ;

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des tètes de lance forme harpon ; des pointes de flèche simples ou barbelées, faites avec un art étonnant ; et enfin des aiguilles d’os compacte, très-pointues, polies, et dont les trous ronds sont si petits et si réguliers, que les personnes même qui sont convaincues de l’antiquité de ces objets auraient pu penser qu'il était impossible de faire un trou semblable avec une pierre, si cet observateur si consciencieux , M. Lartet, n’en avait pas fabriqué une semblable avec les instruments même qu’on a trouvés avec ces aiguilles (t). Il faut se rappeler d’ailleurs que les indigènes de la Nouvelle-Zélande parviennent, avec leurs outils de pierre, il faire des trous même dans le verre (2).

Donc, à l'exception, peut-être, des belles tètes de lance de Laugerie et de Badegoulc, toutes les évidences que nous ont jusqu’à présent fournies ces cavernes indiquent une période très-primitive, plus ancienne même que celle des premiers villages lacustres de la Suisse ou des amas coquilliers du Danemark. On n'a encore trouvé aucun fragment de métal ou de poterie qu’on puisse, avec certitude, attribuer à la période des rennes.

11 y a, toutefois, dans ces cavernes, une classe d’objets qui, prise isolément, nous eût conduit à une conclusion toute différente. On n’a pas encore trouvé dans les amas coquilliers danois, ou dans les villages lacustres de l’âge de pierre, une seule copie quelque grossière qu’elle soit, d’un animal ou d’une plaute. Ces représentations sont si rares, même sur les objets de l àge de bronze, qu’il est douteux qu'on en puisse citer un seul cas authentique. Or on a trouvé dans ces antiques cavernes à ossements un grand nombre de jolies esquisses faites sur os, ou sur pierre, probablement avec la pointe d’un silex. Dans quelques cas même, ou a essayé d’ombrer le dessin. M. Lartet nous a déjà fait connaître, dans les Annales des sciences naturelles (3),

(1) Tram. Ethmlogical Soc., N. S., vol. III.

(2) Cook's Finit Voyage, p. û6ù.

(3) Ann. des sc. nat., 1861, vol. XV.

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quelques grossiers dessins trouvés dans la caverne de Savigné et, dans son dernier mémoire, il a décrit et fait graver plusieurs objets d’une nature semblable.

On a trouvé dans la station de Laugerie plusieurs de ces dessins : l’un représente un grand animal herbivore, malheureusement sans la tète et les jambes de devant ; un second semble aussi représenter un bœuf; un troisième, un petit animal aux cornes verticales; un autre, certainement un cheval; et un cinquième est fort intéressant, car la forme des bois et de la tète indiquent évidemment un renne. M. de Lastic a trouvé plusieurs dessins semblables dans une caverne à Bruniquel.

Mais le spécimen le plus remarquable de tous, peut-être, c’est un poignard taillé dans un bois de renne (fig. L’artiste

Fig. 134.

Sdanclic d'un poignard.

a ingénieusement adapté la position de l’animal à la forme du bois. Ia's cornes sont rejetées en arrière sur le cou, les pattes de devant repliées sous le ventre, et les pattes de derrière sont étendues le long de la lame. Malheureusement le poignard semble avoir été jeté de côté avant d’être tout à fait terminé; mais plusieurs détails indiquent que l’artiste voulait représenter un renne. Bien qu’il soit naturel de ressentir quelque surprise à la vue de ces ouvrages d’art, nous trouvons, cependant, des exemples chez les sauvages modernes d’un certain talent de dessin et de sculpture, bien qu’ils ne connaissent en aucune façon la métallurgie.

En considérant la condition probable de ces antiques habitants

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des cavernes, nous devons reconnaître leur amour de l’art, quel que fût le point où il s’arrêtait; mais, d’un autre côté, ie manque de métal , d’instruments de silex polis et même de poterie (1), l’ignorance de l’agriculture, l’absence apparente de tout animal domestique, même du chien, impliquent certainement une civilisation fort peu avancée et une antiquité fort reculée.

Le climat aussi a dû singulièrement changer. Le renne est l’animal le plus abondant, et il formait évidemment le principal aliment ; or, nous savons que cet animal n'habite plus maintenant que les régions arctiques et qu'il ne pourrait pas vivre dans le sud de la France. La présence du bouquetin et du chamois, qui ne se trouvent plus actuellement que sur les sommets neigeux des Alpes et des Pyrénées, ainsi que celle d’une espèce de spermophilus, tend aussi à la même conclusion. La présence des deux premières espèces dans quelques villages lacustres de la Suisse n’est pas aussi significatif, parce que là elles se trouvent dans le voisinage de hautes montagnes, tandis que les collines les plus élevées de la Dordogne n’atteignent pas une hauteur de plus de 800 pieds.

Une autre espèce fort intéressante, déterminée récemment par M. Lartet, est l'antilope Saïgo de Pallas, qui abonde actuellement dans le nord-est de l’Europe et dans l’Asie occidentale, dans les plaines du Dnieper et du Volga, autour de la mer Caspienne et aussi loin (pie les montagnes d’Altaï. M. Christy nous dit que les plaines septentrionales de la Pologne et la vallée du Dnieper sont aujourd’hui les limites méridionales de l’espèce.

En outre, l’accumulation des débris organiques dans ces cavernes est en elle-même, comme M. Christy l’a ingénieusement suggéré, une excellente preuve d’un changement dé climat. Nous savons que les Esquimaux laissent se former de semblables

(t) La poterie est, en outre, très-rare dans les ruines desCrannogcs irlandais, et est fort peu abondante dans les amas toquilliers du Danemark.

uiraocK. 17

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dépôts dans leurs demeures, mais cela ne se peut taire que dans les régions arctiques; dans un climat tel que celui qui règne actuellement dans le sud de la France, de semblables accumulations, si ce n’est en plein hiver, deviendraient bientôt une masse de putréfaction.

Il n’est pas douteux que les recherches persévérantes de mes amis. MM. Christy et Lartct, ne jettent bientôt quelque lumière sur ce sujet, et nous permettent de parler avec plus de confiance. Mais, jusqu’à présent, les preuves que nous avons entre les mains nous autorisent à penser que cette race d'hommes vivait comme quelques Esquimaux vivent actuellement, et comme vivaient les Lapons, il y a quelques centaines d’années; elles semblent indiquer une période intermédiaire entre celle des instruments de pierre polie et celle des grands mammifères éteints et apparemment quelque peu plus ancienne que celle des amas coquilliers du Danemark. Mais si l’on parvient à prouver que ces habitants des cavernes ont été les contemporains du tigre, de l’ours et de l’hyène des cavernes, et enfin du mammouth, dont les restes se trouvent douteusement mêlés aux leurs, il faudra alors leur attribuer une antiquité bien plus reculée (1).

Il semble maintenant bien prouvé que les cavernes européennes ont été habitées par l’homme pendant l'existence de ces mammifères éteints.

Déjà, en 1828, MM. Tournai et Christol avaient trouvé dans le sud de la France des fragments de poteries, des dents et des ossements humains mêlés avec les restes d’animaux disparus. M. Tournai avait établi avec soin que ces débris n’avaient pas été introduits par une catastrophe diluvienne, mais graduellement. La présence de poterie jette cependant un grand doute sur l’antiquité supposée de ces débris.

(1) M. le vicomte de Laslic a fait dans une autre caverne à ossements, dans le sud de la France, celle de Bruniquel, une collection considérable, dont la plus grande partie est actuellement au Brilish Muséum. Comme le professeur Owcn s’est chargé de décrire cette collection, je n’en parlerai pas ici.

LKS HOMMKS DI S CAVKHMKS.

Quelques années plus tard, en 1833 et eu 183*1, le docteur Schmerling (1) publia les résultats de ses fouilles dans quelques cavernes situées auprès de Liège, en Belgique. Dans quatre ou cinq, il trouva des ossements humains, et dans toutes il découvrit des instruments grossiers, principalement des éclats de silex, dispersés de telle manière au milieu des restes du mammouth, du Rhinocéros tirhorhims, de l’hyène et de l eurs des cavernes, qu’il leur attribue la même antiquité. On ressent une surprise bien naturelle ii la pensée que de tels animaux aient jamais vécu eu Angleterre et en France, aient jamais erré dans nos bois et le long de nos fleuves; mais quand on ajoute que l’homme est leur contemporain, l'incrédulité succède à la surprise. Cependant, ces fouilles paraissent avoir été faites avec soin, et des découvertes plus récentes ont confirmé les principaux résultats obtenus.

L’hésitation avec laquelle les savants accueillirent les faits avancés par le docteur Schmerling provenait sans doute, en partie, de ce qu’il avait attribué à de fausses espèces quelques débris fossiles découverts par lui, et en partie parce qu’eu parlant de différentes espèces disparues, et surtout du mammouth, il exprimait l’opinion que les débris avaient été amenés de loin et déplacés d’un terrain plus ancien. « Nous n’hésitons point », dit-il, « à exprimer ici notre pensée , c’est que nous doutons fort que l’éléphant, lors de l’époque du remplissage de nos cavernes, habitât nos contrées. Au contraire, nous croyons plutôt que ces restes ont été amenés de loin, ou bien que ces débris ont été déplacés d'un terrain plus ancien et ont été entraînés dans les cavernes. »

Or, en admettant, avec le docteur Schmerling, que les restes humains aient été « enfouis dans ces cavernes à la même époque, et, par conséquent, par les mêmes causes qui y oui

(1) Hecherches sur les ossements fossiles découverts dans les cavernes de la province de Liéye, par le docteur P. C. Schmerling.

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