‹ L'homme avant l'histoireChapitre 54 sur 124 · I.ES HOMMES DES CAVERNES · texte numérisé non relu

I.ES HOMMES DES CAVERNES

furent changées, et tout le contenu de la caverne s’écoula au dehors, sauf les parties fixées à la voit te. Les débris de ces ejecta sont encore visibles dans les las de « ceneri impastate » contenant des os fossiles au-dessous de l’ouverture de la caverne. Il est certain qu'une longue période a dû s’écouler pour amener l’extinction de l’hyène, du lion des cavernes et des autres espèces fossiles, niais il ne nous reste aucun indice qui nous permette de mesurer cette période. L’auteur appelle l’attention des géologues à la conclusion que la caverne de Maccagnone fut remplie jusqu'à la voûte pendant la période humaine, de telle sorte qu’une couche épaisse d’ossements, de dents, de coquilles terrestres, de eoprolithes d'hyènes et d'objets humains, s’est agglutinée à la voûte par l’infiltration d'eau chargée de chaux. Que subséquemment, et pendant la période humaine, un si grand changement a eu lieu dans la configuration physique du district, que le contenu de la caverne s'est écoulé, excepté les parties cimentées à la voûte et depuis revêtues d'une nouvelle couche de stalagmites. »

L’observation de certaines cavernes de Espagne a produit des preuves semblables «le grands changements géographiques récents. M. Busk et le docteur Falconer ont découvert, dans la caverne de Genista à^ Gibraltar, 1 ' Ihjœna brunnea, espèce africaine existant encore, le léopard, le lynx, le serval et le cerf de Barbarie. M. Lartet a aussi trouvé des molaires de l’éléphant africain actuel, au milieu de quelques ossements trouvés dans une caverne auprès de Madrid.

M. Lartet (I) a décrit avec son habileté ordinaire une grotte, ou petite caverne, fort intéressante, découverte il y a quelques années à Aurignac, dans le sud de la France. Un paysan nommé Bonnemaison, voyant un lapin entrer dans un trou sur une côte escarpée, fourra la main dans le trou et, à sa grande surprise, retira un os humain. La curiosité le poussa à faire de nouvelles

(1) Annales des sciences naturelles, 1861, p. 177.

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explorations, et après avoir enlevé une quantité de débris, il trouva un grand bloc de pierre qui fermait presque l’entrée d’une petite chambre où se trouvait dix-sept squelettes humains. Malheureusement pour la science, le maire d'Aurignac, en apprenant cette découverte, recueillit les ossements humains et les fit réenterrer, et quand M. Lartet, quelques années après, explora la caverne, on ne put retrouver l’endroit où ils avaient été enterrés.

Après un examen soigneux, M. Lartet en arriva à la conclusion, que cette petite caverne avait été employée comme lieu de sépulture, et il jugea, d’après lès restes d’os brisés pour en tirer la moelle et les traces de feu, immédiatement à l’entrée de la caverne, qu’on avait dù y faire des festins.

La liste suivante indique les espèces trouvées par M. lartet, ainsi que le nombre approximatif d’individus appartenant à chaque espèce :

Nombre d'individus.

1° Ours des cavernes { Ursus spelieus) 5 — (j

2° Ours brun (U. arctos?) 1

3° Blaireau (Meles taxus) 1—2

4° Putois ( Pulorius vulgaris) 1

6° Lion des cavernes (Felis spelœa) 1

6° Chat sauvage (F. eu tus) 1

7° Hyène (Hgœna spelœa) 5 — 6

8" Loup ( Canis lupus) 3

9° Renard (C. vulpes) '. 18—20

10° Mammouth ( Elephas primigenius). Deux molaires et un astragale.

11° Rhinocéros ( Rhinocéros tichorhinus) 1

12° Cheval ( Equus caballus) 12—15

13° Ane ? (1) (E. asinus) 1

14“ Sanglier (Sus scrofa). Deux incisives.

15° Cerf (Cervus elaphus) 1

IG” Elan irlandais (Megaceros hibernicus) 1

17° Chèvre { C . rapreolus) 3—4

18“ Renne {C. tarandus) 10 — 12

19° Aurochs (Bison europœus) 12 — 15

(Mil doit certainement y avoir erreur quant à celte espèce. L’interrogation est dans l'original.

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Quelques-uns de ces restes d'animaux furent trouvés dans la grotte, d’autres à l’extérieur ; ces derniers avaient été rongés par quelque grand animal carnivore, sans doute l’hyène, dont on trouva des coprolithcs dans les cendres. D’un autre côté, les os, à l’intérieur de la caverne, n’avaient pas été touchés, d’où M. Lartet conclut que, après le festin des funérailles, les hyènes vinrent et dévorèrent tout ce qu’avaient laissé les hommes, mais qu’elles ne purent entrer dans la caverne à cause du gros bloc de pierre qui en fermait l’entrée, bloc retrouvé à sa place par Bonnemaison.

Outre l'hyène, les animaux se trouvant sur cette liste et n’existant plus, ou qu’on sait historiquement avoir existé en France, sont : le renne, l'ours des cavernes, le rhinocéros, le lion des cavernes, l’élan irlandais et le mammouth. La contemporanéité du renne et de l’homme est évidente; tous les os sont brisés pour en tirer la moelle, beaucoup gardent l’empreinte do couteaux, et en outre le plus grand nombre des instruments d’os est fait avec les os ou les cornes de cette espèce. M. Lartet conclut à la contemporanéité de l’homme et du rhinocéros en se basant, d’abord, sur des raisons chimiques, en ce que les os de cette espèce, aussi bien que ceux du renne, de l’aurochs, etc., ont conservé la même quantité d’azote que les ossements humains trouvés dans les mêmes localités; secondement, parce que les os paraissent avoir été brisés par l’homme, et dans ([uniques cas portent les marques de couteaux. En outre, il a ingénieusement fait remarquer que ces os doivent avoir appartenu à un individu récemment tué, parce qu’après avoir été brisés par l’homme, ils ont été rongés par les hyènes, ce qui ne serait pas arrivé s'ils n’avaient pas été encore frais et pleins de leurs sucs naturels.

L’éléphant n’était représenté que par quelques molaires et un calcanéum. Ce dernier os était le seul qui fût rongé, trouvé à l’intérieur do la grotte. On ne peut douter que les molaires aient été séparées exprès, et le calcanéum semble avoir été placé

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dans la grotte au moment des derniers enterrements; mais il n’y a rien qui prouve qu’il fût alors frais. Le fait qu’il est rongé semble indiquer le contraire.

Les restes de l’ bruns spelmts (ours des cavernes) étaient beaucoup plus abondants, et quelques-uns furent trouvés dans la grotte. Un membre tout entier paraît y avoir été renfermé encore couvert de la chair, car les différents os ont été trouvés tous ensemble. C'est un fait bien connu que des aliments et des boissons étaient, dans l’antiquité, fréquemment ensevelis avec les morts, et M. Lartet pense que nous pouvons expliquer de cette manière la présence d’os de quadrupèdes dans la grotte d’Aurignac.

Dans ce cas donc, il semble que nous avons une sépulture appartenant à l’époque où fours des cavernes, le renne, l’élan irlandais, le llhinoceros tichorhinus et le mammouth vivaient encore dans le sud de la France. Il est fort à regretter, cependant, que M. Lartet n’ait pas été présent quand cette sépulture fut découverte, car il faut avouer que s’il avait vu les dépôts avant qu’ils ne fussent dérangés, nous aurions pu affirmer avec plus de certitude que les squelettes humains appartenaient à la même époque que les autres restes.

Un autre exemple fort intéressant est celui de l’antre aux hyènes à Wokey-Hole, auprès de Wells, qui a été exploré avec soin et décrit avec talent par M. Boyd Dawkins (1). Dans ce cas, la caverne était remplie de débris jusqu’à la voûte, et il parait que l'accumulation des matériaux provenait en partie de la division d’un congloméré dolomitique, formant le plafond et les parois de la caverne et en partie de sédiments apportés graduellement par les pluies et de petits cours d’eau. 11 est évident que les os et les pierres n’ont pas été amenés dans la caverne par l’action de l'eau ; premièrement, parce qu’aucun des os n’est roulé; deuxièmement, parce que, quoiqu’on ait trouvé dans la

(1) Geol. Journal, mai 1862, p. 115.

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caverne plusieurs instruments grossiers de silex, on n’y a trouvé qu’un seul silex non travaillé; et, troisièmement, parce que, dans quelques cas, des fragments du même os ont été trouvés l’un près de l’autre et que, s'ils avaient été amenés d’une certaine distance, il est presque incroyable qu’ils se fussent déposés l’un près de l’autre. En outre, il y a plusieurs couches, l’une audessus de l’autre, A' album grœn/rn , c’est-à-dire, d’excréments d’hyènes. Chacune de ces couches indique, bien entendu, un vieux plancher et une période d’occupation distincte; de telle sorte que la présence d’au moins un tel plancher au-dessus des instruments de silex prouve deux choses : 1° que les hyènes qui ont produit l 'album grœcum ont occupé la caverne après les sauvages qui se servaient des instruments de silex; et 2° que ces instruments n’ont pas été dérangés par l’eau depuis l’époque où vivaient les hyènes.

Quant aux hommes des cavernes eux-mêmes, nous avons malheureusement peu de renseignements. Quoique des fragments d’ossements humains aient, il est vrai, été fréquemment trouvés, on ne connaît encore que deux cas dans lesquels on ait découvert, dans les cavernes, des crânes dans un état tel que nous puissions les étudier. L’un de ces crânes a été trouvé par le docteur Schmerling dans la caverne d’Engis, auprès de Liège; l’autre par le docteur Fuhlrott, dans le Neanderthal, auprès de Dusseldorf ; nous les décrirons dans un chapitre subséquent.

Il serait, sans doute, fort imprudent de généraliser d’après deux spécimens, en admettant même qu'ils fussent semblables et qu’on ne pût douter de leur antiquité. Mais il se trouve que quant au spécimen de Neanderthal, la preuve de son antiquité est loin d’être concluante, et que les deux crânes sont trèsdissemblables.

En somme, donc, quoique nous ne puissions pas encore déterminer quelle variété ou variétés d’hommes existaient alors, nous trouvons dans les cavernes à ossements des preuves suffisantes pour affirmer que l’homme était, en Europe, le contcm-

l.KS HOMMES OKS CASKKNES.

porain du grand groupe de mammifères -quaternaires. La présence, l’association, dans les cavernes osseuses, d’antiques instruments et de restes humains avec les restes de mammifères éteints, est un phénomène qui n'est ni rare, ni exceptionnel. Et si nous nous plaçons au point de vue de la science, il n’v a rien là qui doive exciter notre étonnement. Depuis l’époque à laquelle ces cavernes ont été remplies, les changements qui se sont produits ont eu plutôt pour résultat l’extinction que la création d’espèces. Le cerf, le cheval, le sanglier, le chien, en un mot tous nos mammifères existaient déjà, et c’eût été certainement une bien plus juste cause de surprise (pie l’homme seul n’eût pas été représenté.

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