‹ L'homme avant l'histoireChapitre 56 sur 124 · AMIENS · texte numérisé non relu

AMIENS

St-Roch.

PARIS. Grenelle, Ivry, Clichy

ou

la rue de Reuilly.

Elcphas primigenius, Blum

PH

Rhinocéros tichorhinus, Cuv

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HH

HH

Bos primigenius, Hoj

Bison prisais, Hoj

Equus (peut-être deux espèces). . .

— elaphus, Linn

Hippopotamus major, Nesti

Il faut ajouter à cette liste le lemming, le M y odes torçuattu, et le bœuf musqué, qu’on a trouvés à deux endroits dans la vallée de la Tamise, aussi bien qu’à Chauny, sur l’Oise.

ANTIQUITÉ DK L’HOMME.

Les mollusques sont au nombre de cinquante-deux, dont quarante-deux vivent actuellement en Suède, trente-sept en Finlande et trente-huit en Lombardie. Si nous nous rappelons que la Lombardie est plus riche en mollusques que la Finlande, ces chiffres indiquent une tendance septentrionale.

11 y a cependant trois espèces qui semblent indiquer le Midi. On pourrait dire avec raison que \' Hippopotamvs major , dont les os se trouvent dans le diluvium, aurait pu à peine exister dans un pays froid. M. Prestwich suggère, il est vrai, que cette espèce, comme peut-être un grand nombre de ses gigantesques parents, était propre à vivre dans un climat rigoureux. Mais il y a quelques différences d’opinion quant à sa présence; on ne l’a pas encore trouvé dans le diluvium de l’Allemagne (1), et, quoique ses restes soient présents sans aucun doute dans les graviers diluviens de la Somme, il y a quelque raison de croire qu’ils ne sont pas tout à fait dans le même état que les os de l'éléphant et du rhinocéros. Il est donc possible que, comme l’a suggéré le docteur Falconer, ils appartiennent à une période antérieure. Jusque tout dernièrement nous aurions regardé le tigre comme un animal essentiellement tropical; il est prouvé cependant qu’on le rencontre communément dans le voisinage du lac Aral, sous le 45e degré de latitude nord ; et « le dernier tigre tué en 1828 sur la Léna, par 52° 1/4 de latitude, était dans un climat plus froid que celui de Saint-Pétersbourg ou de Stockholm » (2). Enfin, la Cyrcna fl uminalis vit maintenant dans le Nil; mais, d’un autre côté, on la trouve aussi dans les rivières de l’Asie centrale.

Tout en admettant ces difficultés, la plupart des paléontologues pensent, je crois, que bien que la présence d'une espèce arctique ne soit pas une preuve suffisante pour nous permettre de juger d’un climat, cependant la coexistence d’un groupe tel

(1) Sir C. Lyell, Supplément to Nanuat, p. 8.

(2) Lyell’s Principes, p. 77.

que le bœuf musqué, le renne, le lemming, le Myodes torquatus, le mammouth sibérien, et son fidèle compagnon le Rhinocéros tichorhinus, indique décidément, quoiqu’il ne le prouve pas, l’existence longtemps continuée d’un climat différent de celui qui prévaut à présent dans l’Europe occidentale.

Enfin, la partie inférieure de la vallée est aujourd’hui occupée par une couche de gravier recouverte de vase et de tourbe; cette dernière, en quelques endroits, a plus de 20 pieds d’épaisseur, et on l’exploite pour en faire du combustible. Ces couches ont fourni aux antiquaires du voisinage, et surtout à M. Boucher de Perthes, une riche moisson d’objets intéressants appartenant à différentes époques. M. Boucher de Perthes a noté avec soin la profondeur à laquelle on trouve ces objets.

« Prenant, dit-il, pour terme moyen du sol de la vallée, une hauteur de 2 mètres au-dessus du niveau de la Somme, c’est à 30 ou l iO centimètres de la surface qu’on rencontre le plus abondamment les traces du moyen âge. 50 centimètres plus bas, on commence à trouver des débris romains, puis gallo-romains.

. On continue à suivre ces derniers pendant un mètre, c’est-àdire jusqu’au niveau de la Somme. Après eux, viennent les vestiges gaulois purs, qui descendent sans interruption jusqu’à près de 2 mètres au-dessous de ce niveau, preuve de la longue habitation de ces peuples dans la vallée. C’est à un mètre plus bas, ou à h mètres environ au-dessous de ce même niveau, qu’on arrive au centre du sol que nous avons nommé celtique, celui que foulèrent les Gaulois primitifs ou les peuples qui les précédèrent » ; sol qui appartenait, par conséquent, à l’àge de pierre ordinaire. Il est à peine nécessaire d’ajouter que M. Boucher de Perthes ne donne ces épaisseurs que « comme terme approximatif » .

Les Antiquités celtiques ont été publiées plusieurs années avant que les archéologues suisses ne nous aient fait connaître la nature des Pfahlbauten ; mais, d’après quelques indications données par M. Boucher de Perthes, il paraîtrait qu'il a dû y

avoir, à une certaine époque, des habitations lacustres dans le voisinage d’Abbeville. Il a trouvé des plates-formes do bois considérables, avec de grandes quantités d’os, des instruments de pierre et des manches qui ressemblent beaucoup à ceux qui proviennent des lacs de la Suisse.

On ne peut un seul instant confondre ces armes avec les armes plus grossières trouvées dans les graviers diluviens. La surface en est polie, le coupant aiguisé; tandis que les plus anciennes sont seulement cassées, et que sur les plusieurs centaines trouvées jusqu’à présent, pas une ne montre la moindre trace de polissage. Cependant, quoique les premières appartiennent à l’àge de pierre, âge si reculé, que l’usage du métal était encore évidemment inconnu dans l’Europe occidentale, elles sont séparées des armes plus anciennes qui se trouvent dans les graviers supérieurs par toute la période nécessaire pour l’excavation de la vallée de la Somme, à une profondeur de plus de 100 pieds.

Si donc nous ne' pouvons pas assigner de date déterminée à l’arrivée de l’homme dans ces pays, nous pouvons tout au moins nous faire une vive idée de son antiquité. Il a dû voir la Somme couler à une hauteur d’environ 100 pieds au-dessus de son niveau actuel. 11 est même probable qu’il est presque, sinon tout aussi ancien dans le nord de la France que les rivières elles-mêmes. La faune du pays devait être bien différente de ce qu’elle est aujourd’hui. Sur les bords des rivières vivait une race sauvage de chasseurs et de pêcheurs, et dans les forêts erraient le mammouth, le Rhinocéros tichorhinus , une espèce de tigre, le bœuf musqué, le renne et l’urus.

Cependant la géographie de la France ne devait pas être fort différente de ce qu’elle est aujourd’hui. Les rivières actuelles coulaient dans les mêmes directions, et la mer se trouvait entre la Somme et l’Adur, bien que le canal ne fût pas aussi large qu’à présent.

La rivière creusa graduellement la vallée; impuissante en

automno et en hiver, la fonte des neiges la changeait chaque printemps en un torrent furieux. Ces inondations étaient, sans doute, plus destructives pour les animaux que pour l'homme lui-même; car, quelque grossiers que fussent nos ancêtres, il est difficile de supposer qu’ils fussent incapables de prévoir le danger, et par conséquent d’y échapper. Tandis que l’eau, à une élévation de 150 pieds au-dessus de son niveau actuel, à Liercourt, par exemple, avait assez de force pour déposer des graviers grossiers, à un niveau plus haut encore elle déposait des parties plus fines, et formait ainsi le loess, qui, eu même temps, recevait çà et là des coquilles et des silex angulaires apportés des collines dans une direction plus ou moins transversale par les petits ruisseaux formés par les grosses pluies.

M. Prestwich pense que la différence de niveau entre les graviers supérieurs et le loess, est « la mesure des inondations de cette période». Ceci serait vrai, sans doute, si les couches de gravier étaient complètes; mais il me semble que les graviers supérieurs sont de simples fragments d’un 'dépôt presque continu dans l’origine, et dans ces circonstances on ne peut pas prendre les différences actuelles comme preuve de ce qu’elles étaient autrefois.

A mesure que la vallée devenait de plus en plus profonde, le gravier devait se déposer à un niveau de plus en plus bas, le loess le suivant toujours (1); nous ne devons donc pas considérer le loess comme couches distinctes, mais comme couches se déposant toujours en même temps, quoique jamais à la même place que celles du gravier. J’ai, dans la figure 1/j2, donné un diagramme pour mieux faire comprendre ma pensée. Les parties pointillées représentent le loess, les parties stratifiées le gravier. Je suppose, dans ce cas, que la rivière coulait dans l’origine sur le niveau n° 1, et qu’elle a déposé le gravier a et le loess ar ;

(1) Voyez le mémoire de M. Prestwich lu devant la Société royale le 19 juin 1862.

après uue certaine érosion qui réduit le niveau à 2, le gravier s’étend en b et le loess en b' . De même le loess en c' serait contemporain du gravier c.

Fie. 142.

Ainsi, tandis que dans chaque section les couches inférieures sont, bien entendu, les plus anciennes, cependant les graviers supérieurs doivent être les plus anciens, et les couches situées à la partie inférieure de la vallée les plus modernes.

Pour rendre l’explication plus facile, j’ai représenté les côtés de la vallée comme formant une série de terrasses; bien que ce ne soit pas toujours vrai, il y a plusieurs endroits où ces terrasses existent.

On sait que les rivières tendent continuellement à changer leur cours, la Somme ne fait pas exception à cette règle. La vallée par elle-même est, il est vrai, comparativement droite; mais la rivière fait de nombreux détours dans cette vallée, et quand, dans une de ces courbes, le courant traverse « la ligne de pente générale, il ronge le bord opposé ou les collines fermant la vallée, puis forme un angle égal, de telle sorte qu’il retraverse la ligne de pente générale, pour aller creuser l’autre côté, jusqu’à ce que la vallée présente une succession d’angles rentrants et d’angles saillants (1). » Pendant ces détours d’un côté de la vallée à l’autre, la rivière mine continuellement, et enlève le gravier qu’elle avait déposé à une époque antérieure. Ainsi les graviers supérieurs ne se trouvent plus que ça et là, par lam-

(1) Lyell’s Principles, p. 206,

beaux, pour ainsi dire, et en quelques endroits ils ont complètement disparu : sur le côté droit de la vallée, par exemple, entre Amiens et Pont-Rémy, on trouve à peine trace des graviers supérieurs.

Les côtes rapprochées de l’Angleterre et de la France indiquent un léger soulèvement récent des terres. On a observé des grèves soulevées à une hauteur de 5 à 10 pieds, sur les côtes du comté de Sussex et du Pas-de-Calais. On trouve aussi à Abbeville, à environ 25 pieds au-dessus du niveau de la mer, des coquilles marines (1). Ce changement de niveau a joué, sans doute, un rôle important dans l’excavation de la vallée, mais je ne suis pas tout à fait d’accord avec M. Prestwich, quant à l’effet produit (2).

L’excavation de la vallée était enfin complète; le climat était graduellement devenu ce qu’il est aujourd’hui ; les grands Pachydermata avaient disparu, cédant soit à ce changement de climat, soit au pouvoir irrésistible de l’homme. Dans ces conditions nouvelles, la rivière, ne pouvant plus transporter à la mer les particules fines enlevées aux terrains supérieurs, les déposa dans la vallée, et éleva ainsi quelque peu son niveau général, ce qui eut pour résultat de diminuer la vélocité du courant, et de produire des marais considérables, dans lesquels se forma graduellement un épais dépôt de tourbe. Nous ne pouvons malheureusement pas estimer avec quelle rapidité se forme cette substance; mais, quelle que soit cette rapidité, la production d’une masse qui atteint, dans quelques endroits, jusqu’à 30 pieds d’épaisseur, dut nécessiter une période considérable. C’est cependant dans ces couches que nous trouvons les débris de l’âge de pierre néolithique ou plus récent. Les tombes de Saint- Acheul, les débris

(1) Les graviers supérieurs se trouvent dans quelques endroits sur la cûte à une hauteur de 100 pieds; je serais disposé à attribuer ce phénomène principalement à un empiètement de la mer sur la terre, et en conséquence à l'intersection des vieilles rivières à un niveau plus élevé.

(2) Philos. Trant., 1864, p. 297.

romains trouvés dans la partie supérieure de la tourbe, au même niveau à peu près que la rivière, nous apprennent que quinze cents ans ont produit fort peu de changement dans la configuration de la vallée. Dans la tourbe, et à une profondeur d’environ 15 pieds dans l’alluvion, à Abbeville, on trouva les débris de l’âge de pierre, débris « qui, d’après les recherches faites au Danemark et en Suisse, ont uue antiquité si grande, qu’on ne peut l’exprimer qu’en milliers d’années. Tous ces débris cependant sont subséquents à l’excavation de la vallée ; quelle antiquité, donc, devons-nous assigner aux hommes qui vivaient alors que la Somme ne faisait que commencer son immense travail? Quiconque n’est pas monté sur les hauteurs de Liercourt, de Picquigny, ou de tout autre point commandant la vallée, ne peut apprécier justement le temps qu’il a fallu; et aucun géologue, j’en suis certain, ne peut revenir d’une semblable visite, sans se sentir écrasé à l’idée des changements qui ont eu lieu, et du „ temps énorme qui a dû s’écouler depuis que l’homme habite l’Europe occidentale.

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