LES HOTTENTOTS
Généralement parlant, on peut dire que l’usage du métal est connu depuis longtemps en Europe, en Asie et en Afrique, tandis que, en Amérique, en Australie et dans les îles de l’Océan, tous les ustensiles, ainsi que les armes, étaient, jusqu’à ces trois derniers siècles, faits de bois, d’os, de pierre ou d’autres matières semblables.
Les nations demi-civilisées de l’Amérique centrale formaient,
(1) Forsler, Observations faites durant un voyage autour du monde , p. 327. Vojc* aussi Lllis, Recherches sur la Polynésit, vol. Il, p. 29.
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il est vrai, une remarquable exception à la règle, puisqu’elles connaissaient l’usage du bronze. Les Indiens de l’Amérique du Nord avaient aussi des cognées de cuivre, mais elles étaient simplement façonnées à coups de marteau, sans qu’on eût recours au feu. Ici donc nous entrevoyons, en quelque sorte, la manière dont nos ancêtres peuvent avoir acquis la connaissance du métal. Sans doute la possession du fer marque généralement un grand progrès dans la civilisation, mais la manière de s’en servir comporte beaucoup de degrés; et il y a des nations qui, bien que pourvues d’instruments de métal, ne sont néanmoins que peu éloignées de l’état de barbarie.
Ainsi, les Hottentots qui connaissaient non-seulement l’usage, mais encore la fabrication du fer, et qui possédaient de grands troupeaux de moutons et de gros bétail, comptaient pourtant, à beaucoup d’égards, parmi les sauvages les plus repoussants. Kolben lui-même, qui, en général, les voit sous un jour favorable, avoue qu'ils sont, sous beaucoup de rapports, le peuple le plus sale du monde (1). Nous pourrions aller plus loin, et dire les plus sales animaux : ce serait, je crois, faire tort à une espèce quelconque de mammifères que de la comparer avec eux sous ce rapport. Leur corps est couvert de graisse, ils ne lavent jamais leurs vêtements; «leur tête semble coiffée d’une croûte de mortier noir, tant leur chevelure, de jour à autre, amasse de suie, de graisse, de poussière, et autres substances malpropres, que, par défaut de soin, ils laissent s’y coaguler et s’y durcir (2). » Ils couvrent leur dos d’une peau de bête, attachée par devant. Ils portent ce vêtement toute leur vie, et, quand ils meurent, c’est là leur linceul. Le reste de leur • costume se réduit à un morceau dé peau, de forme carrée, qu’ils fixent autour de la taille à l’aide d’un cordon, et qu’ils laissent pendre devant eux. Néanmoins, pendant l’hiver, ils
(1) Kolben, Histoire du cap de Bonnt-Etpéranee, vol. I, p. 47»
(2) Id., loc. cit., p. 188.
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mettent quelquefois un bonnet. En guise d’ornements, ils portent des anneaux de fer, de cuivre, d’ivoire ou de cuir. Ces derniers offrent l’avantage de servir de nourriture dans les temps difficiles.
Leurs huttes sont généralement ovales, d’environ 14 pieds sur 10 de diamètre, et dépassant rarement une hauteur de 4 ou 5 pieds. Elles sont faites de bâtons et de nattes. Ils courbent les bâtons pour en ficher les deux extrémités dans le sol ; si ceuxci ne sont pas assez longs, ils les accouplent deux à deux en les réunissant par le haut. Une des extrémités de la hutte est laissée libre pour fermer la porte. Les nattes sont faites de joncs et de glaïeuls séchés au soleil, et d’un tissu si serré, que les plus fortes pluies peuvent seules le pénétrer (1). « Quant au mobilier domestique, dit Thunberg, ils en ont peu ou point. IiC même vêtement, qui couvre une partie de leur corps pendant le jour, leur sert aussi de couche pour la nuit (2). » Ils font bouillir leur nourriture à l'eau dans des sacs de cuir, au moyen de pierres chauffées; mais quelquefois ils emploient des pots de terre (3). I.e lait est conservé dans des sacs de cuir, des vessies d’animaux, ou des paniers de jonc absolument imperméables. Ces objets, une bourse de peau pour mettre du tabac, une pipe de pierre ou de bois et leurs armes, voilà de quoi se compose toute la liste de leurs meubles. Suivant Kolben, tantôt ils mangent leur viande grillée, tantôt ils la font bouillir dans du sang, en y ajoutant souvent du lait, « ce qu’ils considèrent comme un mets recherché ». Néanmoins, ils font leur cuisine à la fois avec malpropreté et avec négligence; ils mangent souvent la viande à moitié gâtée, et plus d’à moitié crue (4). Leurs armes cousis-
(1) Thunberg, Voyages de Pinkerton, vol. XVI, p. 33. — Kolben, loc. cil. p. 221. — Sparrman, vol. I, p. 195.
(2) Page 141.
(3) Toutefois, ils semblent avoir emprunté cet usage aux Européens.
(4) Thunberg, p. 141. — Kolben, p. 203. — Harris, IVild Sports of Africa,
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tent en arcs et flèches empoisonnées, lances, javelines ou zagaies, pierres et bâtons do trait ou kinis longs de 3 pieds environ et épais d’un pouce. Us sont très-habiles à se servir de ces armes et ne craignent point d’attaquer l’éléphant, le rhinocéros, ni même le lion. Ils tuent aussi quelquefois les gros animaux dans des trappes de 6 à 8 pieds de profondeur sur h environ de diamètre. Au milieu est fiché un pieu énorme et pointu. « L’éléphant enfonçant les pieds de devant dans ce trou, qui n’est pas assez grand pour recevoir tout son corps, a le cou et la poitrine traversés par le pieu, et est mis ainsi hors d’état de nuire » (1), car le pieu pénètre d’autant plus profondément que l’animal fait plus d’efforts pour se dégager. Ils pèchent à l’hameçon et au filet. Ils mangent aussi des fruits sauvages et des racines de différentes sortes, que cependant ils ne prennent •pas la peine de cultiver.
Les animaux domestiques des Hottentots sont le bœuf, le mouton et le chien. Ou serait tenté de supposer que tout le monde a fait servir les bœufs au même usage. Ils semblent évidemment destinés au trait ou à notre alimentation. Quant aux chiens, c’est différent ; nous-mêmes nous les employons de diverses manières, et l’on éprouve par conséquent moins de surprise en voyant les différents services qu’ils rendent aux différentes races de sauvages. Mais il en est de même aussi pour ce qui concerne les bêtes à cornes; eu outre de ce qu’on peut appeler leur utilité normale, les Veddahs, c’est-à-dire les habitants sauvages de Ceylan, se servent des bœufs pour la chasse, et les Hottentots en dressent plusieurs à remplir, comme nous dirions, les fonctions de chiens de berger, c’est-à-dire à garder et à gouverner les troupeaux ; d’autres sont élevés pour la guerre , fonction qui paraît incompatible avec le caractère de ces animaux, mais où cependant ils semblent être très-utiles.
Les Hottentots, dans ces dernières années, non-seulement se
(1) Kolben,p. 250.
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servaient d'armes de fer, mais ils en fabriquaient pour leur usage. Ils faisaient fondre le minerai de la manière suivante (1) :
« Dans un terrain élevé, ils font un trou assez large pour contenir une bonne quantité de minerai de fer, que l’on trouve çà et là en abondance dans le pays des Hottentots ; c’est dans ce trou qu’ils extraient le fer de la gangue. A un pied et demi envirou du premier trou, en descendant, ils eu creusent un autre, un peu plus petit; celui-ci est le récipient du fer fondu qui y coule par un étroit canal pratiqué d’une cavité à l’autre. Avant de mettre le minerai dans le trou où doit s’opérer la séparation du fer par la fusion, ils y allument du feu jusqu’au bord, afin de chauffer parfaitement la terre qui l’environne. Quand ils supposent que la terre est suffisamment échauffée, ils remplissent le trou de minerai jusqu’en haut à peu près, et font ensuite par-dessus un grand feu, qu’ils alimentent de temps en temps avec du combus-» tible, jusqu’à ce que le fer soit fondu et qu’il ait coulé en totalité dans le récipient ; aussitôt que le fer, qui s’est rendu dans ce second trou, s’est refroidi, ils l’en retirent et le brisent en morceaux avec des pierres. Ce sont ces morceaux que les Hottentots, à loccasiou, soumettent à d'autres feux, et battent avec des pierres, pour leur donner la forme d'armes. Ils se servent rarement du fer pour un autre usage. »
Je ne décris pas les coutumes des Hottentots, parce que peu d’entre elles peuvent être publiées avec convenance. Elles sont toutefois extrêmement curieuses, et on les trouve exposées tout au long dans Thunberg (2), Kolben (3), Cook (4), Sparrman (5), et d’autres voyageurs. On peut à peine dire que les Hottentots eussent une religion (6), quoiqu’ils semblent avoir possédé quelque
(1) Kolben, loc. ciU, p. 239.
(2) ld., loc. cil., pages 141, 142.
(3) Pages 113, 115, 118, 121, 153, 252.
(4) Hawkesworlli, Voyage/, vol. III, p. 791.
(5) Vol. I, p. 357.
(6) Thunberg, loc. cit., p. 141, etc. — Kolben, pages 37, 93, etc. — Beeckmao