I.KS SAUVAGES MODEHNES
notion de la Divinité. Kolben, lui-mèrae, admet qu’ils n'avaient o aucun culte constitué. » Les premiers écrivains considéraient, il est vrai, certaines de leurs danses comme des cérémonies religieuses ; mais cette opinion était formellement démentie par les naturels eux-mêmes (1), ce qui n’empêche pas Kolben de nous assurer « que c'étaient des actes religieux » et d’ajouter naïvement « quoi qu’en disent les Hottentots » . Ils aiment beaucoup à fumer et sont très-adonnés à la boisson ; seulement, il est juste de dire que Kolben rend un bon témoignage de leur honnêteté, de leurs mœurs, de leur fidélité et de leur libéralité; il nous affirme qu’ils •sont certainement, dans leurs rapports les uns avec les autres, le peuple le plus serviable, le plus libéral et le plus bienveillant qui ait jamais paru sur la terre (2). En même temps, il est difficile de voir comment il peut concilier cette assertion avec le fait avéré : qu’aussitôt qu’un individu, homme ou femme, est mis par l’âgo hors d’état de travailler « et ne peut plus, je cite les paroles même de Kolben, rendre aucune espèce de service, on le bannit de la société de ses semblables et on le relègue dans une hutte solitaire, à une distance considérable du kraal, avec une petite provision de vivres laissée à sa portée, mais sans que personne l’assiste et lui vienne en aide, jusqu’à ce qu’il meure de vieillesse, de faim, ou sous la dent des bêtes féroces » (3). Ce n’est pas là, il faut s’en souvenir, une atrocité exceptionnelle, mais un usage général qui s’applique aussi bien au riche qu’au pauvre, car si un vieillard a quelque bien, on l’en dépouille. L’infanticide est, en outre, très-commun parmi eux, et n’est pas regardé comme un crime. Les filles en sont les victimes les plus ordinaires, et quand une femme donne le jour à deux jumeaux, le plus mal conformé des deux est presque toujours exposé ou enterré vivant. Cela se
croit qu’ils n’avaient pas de religion du tout. ( Voyages de Pinkerton, vol. II, p. 153.) — Voyez aussi Harris, Chasses sauvages en Afrique, p. 160. — Sparrman, vol. I, p. 207.
(1) Sparrman, vol. I, p. 212. — Kolben, /oc, cil.
(2) Lac. cil., p. 335.
(3) Ijoc. cil., p. 321. *
LES SAUVAGES MODERNES
fait du consentement de tout lo kraal, « qui généralement l’autorise, sans prendre la peine d’y regarder de bien près » (1). La misère et les souffrances qu’ils ont à endurer pourraient être des circonstances atténuantes pour ces deux coutumes contre nature; mais il y en a une. autre que je rapporterai aussi sur la foi de Kolben (2), et qui me paraît tout à fait incompatible avec la bonté qu’il prête aux Hottentots. Quand un garçon atteint l’âge de la puberté, il est admis dans la société des hommes, avec certaines cérémonies burlesques et si dégoûtantes, qu’il est difficile d'imaginer ce qui a pu leur donner naissance; après quoi il est entièrement exclu de la société des femmes; il ne lui estpermis ni de manger, ni de boire avec elles, ni de prendre part à aucune de leurs réunions. Mais voici qui est pis ; « Le Hottentot, ainsi délivré de la tutelle de sa mère, peut l’insulter impunément, quand bon lui semble. 11 peut la bétonner à son gré, par pur caprice, et sans encourir de responsabilité ; et ces faits se sont passés plusieurs fois à ma connaissance. Des extravagances si dénaturées, ajoute Kolben, n’excitent pas le moindre scandale. » Je n’en dirai pas plus du caractère des Hottentots.
Les Boschimans ressemblent aux Hottentots sous beaucoup de rapports, mais ils sont encore moins civilisés. Ils n’ont ni connaissances métallurgiques, ni animaux domestiques, ni canots. Ils volent souvent le bétail de leurs voisins plus avancés, mais toujours ils tuent et mangent leur butin aussi vite que possible. Leurs principales armes sont des arcs et des flèches empoisonnées.
LES VEDDAHS.
Les Veddalis, ou tribus sauvages qui habitent l’intérieur de Ceylan, ont été décrits par Knox (3), Tennenl (4), et Bailey (5).
(1) Kolben, loc. cit., p. 144.
(2) Loc. cit., p. 122.
(3) Knox, ftelation historique de Ceylan, 1681.
(4) Tennenl, Ceylan.
(5) Transactions de la Sociétéeelhnologique, nouvelle série, vol. U, p. 278.
LES SAUVAGES MODERNES
Ils vivent dans des huttes très-grossièrement faites de branches d’arbres et d’écorce, et cultivent de petits champs de chena, mais le fond de leur nourriture se compose de miel et du produit de leur chasse. Leurs armes consistent en haches, arcs et flèches. * Ils ne sont pas très-habiles à se servir de ces dernières, car ils ne chassent que le gros gibier, et l’art de la vénerie consiste pour eux à se glisser en rampant près de leur proie et à la saisir à l’improviste. Ils chassent très-bien le daim à l'affût, et, outre d’excellents chiens, ils ont aussi des buffles pour la chasse. Ces animaux sont si bien dressés qu’ils se laissent conduire avec une corde passée autour de leur corne. C’est la nuit qu’on les emploie. Le buffle broute, l’homme se tient tapi derrière lui, et ainsi, sans être vu, sans éveiller de soupçon, il se jette sur sa proie.
Ils n’ont point de poterie et leur cuisine est des plus primitives. C’est à peine s’ils portent des vêtements : tout leur costume sc réduit à un sordide haillon retenu sur le devant par un cordon qui fait le tour de la taille. Peut-être le vêtement des femmes est-il un peu plus grand que celui des hommes, mais à cela se borne, semble-t-il, toute la différence. Ces indigènes sont trèssales et très-petits; la taille ordinaire des hommes est de 4 pieds G pouces à 5 pieds I pouce, celle des femmes de 4 pieds 4 pouces à 4 pieds 8 pouces. Au jugement de M. Bailey, il serait impossible d’imaginer un plus barbare échantillon de la race humaine.
Ils offrent toutefois une particularité remarquable qu’il serait injuste de passer sous silence. Ils sont doux, affectueux et fidèles dans leurs rapports conjugaux; ils abhorrent la polygamie et ont un proverbe qui dit : la mort seule peut séparer le mari et la femme. A cet égard ils diffèrent beaucoup de leurs voisins plus civilisés (I). Un intelligent chef kandien, qui accompagnait
(1) Il est juste d’ajouter que les Kandiens ont, dit-on, fait beaucoup de progrès sous ce rapport depuis quelques années.
LES SAUVAGES MODEHNES.
M. Bailey dans sa visite à ces Veddahs, « se montra très-scandalisé de cette barbarie qui consiste à n’avoir qu’une seule femme, et à ne la quitter que séparé d’elle par la mort. » C’est disait-il, « absolument comme les Wandoroos » (singes). Toutefois, jusque dans leurs relations matrimoniales, les Veddahs ne sont pas de tout point recommandables, car il est, ou il était jusqu’à ces derniers temps, très-ordinaire de les voir épouser leur sœur cadette. Ce fait est d’autant plus étrange que le mariage avec uno sœur aînée leur semble aussi horrible qu'à nous. Ils ne paraissent pas avoir de religion.