LES AUSTRALIENS
Les naturels de l’Australie étaient à peine, s’ils l’étaient seulement, plus avancés en civilisation que ceux des îles Andaman. Les « maisons » observées par le capitaine Cook « à Botauy bay, où se trouvait ce qu’il y avait de mieux en ce genre, étaient
(t) Mouatl, toc. ni., p. 326.
(2) Id., loc. cil., pages 310, 333.
(3) Id., loc. cil., p. 327.
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juste assez hautes pour qu’un homme pût s’y tenir debout, mais n’étaient pas assez larges pour lui permettre de s’étendre de tout son long dans aucun sens : elles avaient la forme d’un four et étaient faites de baguettes flexibles, épaisses à peu près comme le pouce d’up homme; la demeure est formée en enfonçant dans le sol les deux bouts de ces baguettes et les couvrant ensuite de feuilles de palmier et de larges morceaux d’écorce; la porte n’est qu’un vaste trou pratiqué à l’une des extrémités, o En avançant vers le nord où le climat est plus chaud, on rencontrait des huttes moins solides encore, et qui, complètement ouvertes d’un côté, méritaient même à peine ce nom de huttes, n’étant guère qu’un abri contre le vent. Enfin, les indigènes, observés par Dampier, près du cap Lévèque, sur la côte nord-ouest, paraissaient n’avoir pas de demeures du tout. Autour de leurs lieux de résidence, le capitaiue Cook remarqua « d’énormes monceaux de coquillages, dont le poisson, à ce que nous supposâmes, leur avait servi de nourriture » (1). Le capitaine Grey décrit aussi des tas de coquillages analogues (2), dont plusieurs couvraient l’étendue d’un demi-acre et n’avaient pas moins de 10 pieds de haut. C’est Dampier, toutefois, qui semble les avoir mentionnés le premier (3).
La nourriture des sauvages de l’Australie varie beaucoup suivant les différentes parties du continent. En général , on peut dire qu’ils se nourrissent de racines diverses, de fruits, de champignons, de crustacés, de grenouilles, d’insectes, d’œufs d’oiseaux, d’oiseaux, de poissons, de tortues, de kangourous, de chiens, et quelquefois de veaux marins et de baleines (û). Cependant, autant que je puis le savoir, ils ne sont pas capables de tuer eux-mêmes des baleines, mais lorsqu’un de ces cétacés vient s’échouer sur le rivage, c’est une véritable aubaine que le ciel
(1) Cook, Premier voyage, vol. III, p. 598.
(2) Grey, loc. eit., vol. 1, p. 110. Voyez aussi King, Australie, vol. I, p. 87.
(3) Dampier, Voyages de Pinkerton, vol. II, p. 573.
(5) Grey, Explorations dans l'Australie du nord-ouest et de f ouest , p. 263.
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leur envoie. On allume aussitôt des feux pour répandre la nouvelle du joyeux événement. Alors, ils se frottent de graisse par tout le corps et font subir la même toilette à leurs épouses favorites; après quoi ils s’ouvrent un passage à travers le gras jusqu’à la viande maigre, qu’ils mangent tantôt crue, tantôt grillée sur des bâtons pointus. A mesure que d’autres indigènes arrivent, « leurs mâchoires travaillent bel et bien, dans la baleine, et vous les voyez grimpant deçà et delà, sur la puante carcasse, à la recherche des fins morceaux » . Pendant des jours entiers, « ils restent près de la carcasse, frottés de graisse fétide des pieds à la tête, gorgés de viande pourrie jusqu’à satiété, portés à la colère par leurs excès et engagés ainsi dans des rixes continuelles, affectés d’une maladie cutanée que leur donne cette nourriture de haut goût, offrant enfin un spectacle dégoûtant. Il n’y a rien au monde, ajoute le capitaine Grcy, de plus repoussant à voir, qu’une jeune indigène aux formes gracieuses, sortant de la carcasse d’une baleine en putréfaction » . Comme nous l’avons déjà remarqué, les Australiens écrasent aussi les os pour en extraire la moelle. Ils sont excessivement friands de substances grasses.
Dans une caverne de la côte nord-est, M. Cunningham observa certaines » figures passables de requins, marsouins, tortues, lézards, trépangs, étoiles de mer, massues, canots, calebasses, et de quelques quadrupèdes qui avaient, sans doute, la prétention d’être des kangourous et des chiens i> (1). Il est douteux, toutefois, que ce soit l’œuvre des indigènes d’aujourd'hui. Les Alfouras, loin d’en réclamer l’honneur, les attribuent à une intervention diabolique. En outre, ils sont, suivant le témoignage de M. Oldlield, « absolument incapables de comprendre les reproductions artistiques les plus frappantes de vérité. Comme on leur faisait voir une grande gravure coloriée représentant un aborigène de la Nouvelle-Hollande, l’un déclara que c’était un
(1) King, vol. Il, p. 26. — Grey, \ol. I, p. 259.
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vaisseau, un autre, un kangourou, et ainsi du reste; pas un, sur une douzaine, ne reconnut dans ce portrait quelque ressemblance avec lui-même (1) » .
Les Australiens observés par Cook et Dampier étaient entièrement dépourvus de vêtements, et leur principal ornement consistait en un os long de 5 ou 6 pouces et épais d’un 1/2 pouce, qu’ils se passaient dans le cartilage du nez. Ils ne se tatouaient pas. Sur la côte nord-ouest, King remarqua chez plusieurs des naturels une décoration très-singulière. De 3 pouces en 3 pouces, depuis le haut de la poitrine jusqu’au nombril, le corps présentait des incisions horizontales, dont les cicatrices avaient au moins 1 pouce de diamètre et formaient une saillie d’un 1/2 pouce au-dessus de la peau (2). Certains d’entre eux attachaient à leurs cheveux, avec de la gomme, des dents de kangourous ou même d’hommes, des queues de chiens, des os de poisson, des morceaux de bois, et autres objets qu’ils considéraient comme des ornements. Souvent ils portaient sur eux des lambeaux de la dépouille de l’opossum ou du kangourou, non toutefois par un motif de décence, mais pour se tenir chaud, et pour se garantir, à la chasse, contre les épines. Cependant, suivant d’Urville, les naturels de la Nouvelle-Galles du Sud ne trouvaient pas décent que les jeunes enfants allassent tout nus (3).
Sur les côtes nord-est, ils se servent de canots faits d’un seul tronc d’arbre, creusé probablement à l’aide du feu. « Ces canots sont longs d’environ lh pieds, très-étroits, et pourvus d’un boute-hors [h). » Vers le sud, les embarcations se réduisaient à un morceau d’écorce, dont les extrémités étaient reliées ensemble, et dont le milieu était maintenu ouvert au moyen de petits arcs-boutants de bois. Les tribus occidentales n’ont pas de
(1) OldBeld, Des aborigènes de l'Australie. Comptes rendus de la Société ethnologique, nouvelle série, vol. III.
(2) Loc. cit., p. 62,
(3) D’Urville, Voyage de l'Astrolabe, vol. I, p. 671.
(6) Freycinet, Voyage autour du monde , vol. II, p. 705.
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canots (1), parce que, suivant King (2), le gros bois y manque (3). Elles remplacent la pirogue par une longue bûche, sur laquelle on se met à cheval, en ramant de chaque main avec un morceau d’écorce. Quelques tribus attachent ensemble quatre ou cinq troncs de manglier, de manière à former, dans des proportions restreintes, une sorte de train de bois, ou de radeau. La tribu obsérvée par Dampier était encore inférieure sous ce rapport ; elle n’avait « ni bateaux, ni canots, ni même la bûche qui ailleurs en tient lieu ». Pourtant c’était une population voisine de la mer, qui vivait surtout de poisson, et qui allait à la nage d'une lie à l’autre. Il est très-curieux de constater l’absence de canots chez des gens dont les habitudes étaient si aquatiques, et dont la nourriture était presque exclusivement tirée de la mer.
Leur mobilier est très-simple. Ils n’ont aucune connaissance de la poterie, et portent l'eau dans un petit vase d’écorce. Ils ne connaissent même pas l’eau chaude, dont la vue les i-emplit d’étonnement (4). « Plusieurs portent un petit sac rappelant les dimensions moyennes d’un de nos réseaux à choux, et composé de mailles engagées les unes dans les autres, comme les bourses que tricotent chez nous les dames. Ce sac, l’homme le porte flottant sur le dos et suspendu par un petit cordon qui entoure la tête. Il contient généralement un ou deux morceaux de couleur et de résine, des hameçons et des lignes, un ou deux coquillages, dont on fait des hameçons, quelques pointes de dards, et leurs ornements accoutumés : voilà toutes les richesses terrestres du plus opulent de ces sauvages. »
Le capitaine Grey dresse un inventaire analogue, en y ajoutant, toutefois, une pierre plate pour broyer les racines (5). Ils ont
(1) Cook, Premier voyage, vol. III, p. 843.
(2) loc. cit., vol. I, pages 38, 43, 49; vol. Il, pages 66, 69.
(3) Toutefois, dans sa vue de Careening bay, le pays parait bien boisé.
(4) DTrville, vol. I, p. 461.
(5) Loc. cit., p. 266.
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Fto. m.
aussi, en pierre, des hachettes, des marteaux et des couteaux; plus des cailloux et des baguettes pour déterrer les racines. Le marteau sert à tuer les veaux marins ou les autres animaux, et à briser l’écaille des crustacés. Le manche est long de 12 à 15 pouces : l’une de ses extrémités est pointue, l’autre est garnie de chaque côté d’une pierre solide, attachée au bois avec de la gomme. Les couteaux ont un manche semblable : le bout est armé d’une rangée de morceau de quartz ou de caillou fixés avec de la gomme, de môme que pour le marteau.
Les naturels de Botany bay avaient des hameçons, mais point de filets; au contraire, le capitaine Grey, dans la description qu'il fait des indigènes de l’Australie occidentale, mentionne des filets, mais point d’hameçons, et, selon Dampier, les naturels du uord-ouest « n’avaient pas d’engins pour la pêche du gros poisson » ; ceux qui ont été vus par King étaient également dépourvus de filets et d’hameçons (1). Dans tout le continent, ils ignoraient l’emploi de la fronde, de l’arc et des flèches. En revanche, ils avaient des lances, des massues (fig. 1/|8), des boucliers et deux armes trèssingulières, savoir, le bâton de trait et le boomerang (fig. 14(j). La lance, toutefois, est leur arme nationale, o Elle est longue d’environ 10 pieds, très-mince, faite de roseau ou de bois et terminée par une pointe barbelée. Étant donnée sa légèreté, on aurait peine à croire qu elle pôt avoir quelque force de projection : cela serait impossible, en effet, sans le secours du wummera, sorte de bâton droit et plat, long de 3 pieds et terminé par un tuyau d’os ou de peau, dans lequel est fixé l’extrémité de la lance. On prend la wummera dans la main droite avec trois doigts, tandis qu’on tient la lance entre le pouce et l’index. Avant de lancer l’arme, on
Massue.
(1) Loc. c it., vol. H, 137.