‹ L'homme avant l'histoireChapitre 65 sur 124 · I.KS SAUVAI! HS MOUKHNKS · texte numérisé non relu

I.KS SAUVAI! HS MOUKHNKS

seur. A première vue, il ressemble à une épée de bois trèsgrossièrement faite. Il est employé également à la chasse et à la guerre. « On le prend par un bout dans la main droite, et on le jette comme une faucille, soit en l’air, de bas en haut, soit de haut en bas, de façon qu’il frappe la terre à quelque distance de celui qui l’a lancé. Dans le premier cas, il vole avec un mouvement do rotation indiqué par sa forme; après s’ètre élevé dans l’air à une grande hauteur, il décrit soudain une orbite elliptique qui le ramène à un endroit voisin de son point de départ. Si on le jette en bas sur le sol, il rebondit en ligne droite en poursuivant un mouvement de ricochet, jusqu’à ce qu'il frappe l’objet que Tou veut atteindre. Ou tue de cette façon les oiseaux et les petits animaux, ainsi que les canards, l.a plus singulière courbe décrite par cette arme a lieu quand elle est lancée en l’air, au-dessus d’un angle de Û5 degrés; invariablement, alors, elle revient en arrière, et l’indigène qui la lance, au lieu de faire face à l’objet qu’il veut atteindre, lui tourne le dos (1). » M. Merry, gentleman (pii résida quelque temps en Australie, m’apprend qu’un jour, voulant s’assurer de l’habileté avec laquelle on pouvait se servir du boomerang, il offrit une récompense do 0 pence pour chaque fois que le boomerang reviendrait à l’endroit d'où on l'aurait jeté. 11 traça sur le sable un cercle de 5 à 6 pieds do diamètre, et, quoique l’arme fût lancée avec beaucoup de force, l’indigène réussit à la faire retomber dans le cercle cinq fois sur douze. M. Oldfield (2), au contraire, parle bien moins favorablement du boomerang. Il n’est, dit-il, que peu usité à la guerre, et les naturels « n’y recourent jamais pour tuer un oiseau ou un animal isolé » . En revanche, dans les localités marécageuses où les poules d’eau se réunissent par grandes troupes, le boomerang est d’un usage essentiel, car si l’on en jette beaucoup à la fois au milieu d’une

(1) United States explor. Ex/)., toc. cil.

(2) Comptes rendus de la Société ethnologique, nouvelle série, vol. III, )>. 2(ii.

LES SAUVAGES MODERNES

bande considérable do poules d’eau, on est sûr de prendre bon nombre de ces oiseaux. »

Ils se procurent du feu en frottant deux morceaux de bois l’un contre l’autre. Toutefois, comme cette opération est très-fatigante, surtout quand le temps est humide, ils prennent grand soin d’empêcher le feu, une fois allumé, de s’éteindre. Pour cela, ils emportent souvent avec eux une pomme de banksia, qui brûle lentement, comme de l’amadou (1).

Les Australiens observés par le capitaine Cook « n’avaient nulle idée du trafic et, dit-il, nous ne pouvions leur en communiquer aucune : ils recevaient les objets que nous leur donnions, mais ils ne paraissaient jamais comprendre nos signes, quand nous leur demandions quelque chose en retour. La même indifférence qui les empêchait d’acheter ce que nous avions, les empêchait aussi d’essayer de nous voler : s’ils avaient eu plus de convoitises, ils auraient été moins honnêtes» (2). Néanmoins, dans d’autres endroits, ils sont plus avancés sous ce rapport. Diverses espèces de couleurs, des plumes, des coquillages, des ustensiles et, en particulier, des cailloux, tels sont les principaux articles de leur commerce.

La polygamie est permise, mais on regarde comme un acte d’égoïsme et de déraison de prendre plus de deux épouses. Si un homme marié meurt, son frère hérite de la veuve, qui « se rend dans la hutte de son second mari trois jours après la mort du premier » . Cette coutume ne témoigne pas que leurs affections soient bien solides.

Ils n’ont ni religion, ni idée de la prière; mais la plupart croient aux mauvais esprits, et tous ont grand peur des sorciers. Une superstition remarquable chez eux, c'est de s’imaginer que personne ne meurt jamais de mort naturelle.

Le capitaine Wilkes (3) décrit, comme il suit, un enterrement

(1) D’Urville, vol. I, p. 194.

(2) Cook, loc. cil., p. 635.

(3) Wilkes, loc. cil., vol. Il, p. 195. — FilEroy, loc. cil., vol. Il, p. 628.

LES SAI VALES MODEK.NES

australien. Presque immédiatement après la mort, on arrange le cadavre dans la position assise, les genoux ramenés contre le corps, et la tête fléchie en avant; le cadavre tout entier est enveloppé dans un linceul. On creuse, alors une tombe ovale, d’environ G pieds de long, sur 3 de large et 5 de profondeur. Au fond est un lit de feuilles couvert d’un manteau de peau d’opossum, et d’un sac de peau de kangourou rembourré, pour servir d’oreiller; le corps est déposé là-dessus avec les armes et les autres objets qui ont appartenu au défunt. Ou répand ensuite sur le cadavre des feuilles et des branches d’arbre, puis on comble la fosse avec des pierres. Enfin, la terre qu’on a retirée est remise sur le tout, et forme un monticule do 8 ou 9 pieds de haut. Selon d’Urville, les naturels de la Nouvelle-Galles du Sud enterrent les jeunes et brûlent les vieux (1). D’autres tribus en usent différemment avec leurs morts; mais, nulle part, les Australiens ne s’adonnent au cannibalisme comme à un fait d’habitude ou volontaire, bien qu’assez souvent ils y soient poussés par l’absence d’une autre nourriture.

Rien, peut-être, ne nous donne une idée plus nette de la condition intellectuelle de ces misérables sauvages, que le fait qu’ils sont incapables de compter leurs propres doigts, ceux même d’une seule main. M. Crawford (k2) a examiné la numération de trente dialectes australiens « et, dans aucun cas, ils ne semblent dépasser le nombre quatre ». M. Scott Nind, il est vrai, a donné une relation des Australiens du détroit du Roi-George. Il y a ajouté un vocabulaire contenant les noms de nombre, et ceux-ci atteignent jusqu’à cinq. Mais le terme qui traduit ce dernier chiffre équivaut à notre mot « beaucoup » . En réalité, le mot « cinq » éveille dans leur esprit l’idée d’un grand nombre, comme chez nous « cent » ou « mille » .

(1) D’Urvillc, vol. I, p. U 72.

(2 Comptes rendus de la Société clhnotuyùiue , nouvelle série, vol. Il, p. 84.

LES SA l'V AG ES M0DEHNES.

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