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I.ES SAUVAIS MODKRXKS

3 pieds de long. Leurs (lûtes étaient de bambou, et l'on en jouait par le nez. Ils avaient différentes sortes de jeux, dont plusieurs paraissaient ressembler à notre hockey et à notre balle au pied. Ils aimaient aussi beaucoup la danse.

Ils ignoraient complètement la poterie, mais ils avaient de grands plats de bois poli. Les coquilles des noix do coco servaient de bouteilles ii eau et de coupes. On les raclait pour les amincir; on les polissait, non sans les orner souvent de ciselures trèsingénieuses, et on les tenait extrêmement propres. Généralement, les naturels de Taïti étaient assis, les jambes croisées, sur des nattes qui couvraient le sol, mais les chefs avaient souvent des tabourets à quatre pieds. C était aussi sur des nattes qu’ils couchaient, avec un oreiller de bois qui ressemblait fort à un petit tabouret. La partie supérieure était inclinée comme le siège d'un tabouret, pour recevoir la tète. Chaque maison renfermait aussi un mince poteau fiché dans le sol et garni de branches auxquelles étaient pendus les divers plats, calebasses à eau, paniers de vivres, etc. (1).

lueurs armes étaient redoutables, quoique simples. Elles consistaient en frondes, en piques terminées par une pierre, et en longues massues d’un bois dur et pesant. Ils étaient fort adrdîts à se servir de la première de ces armes. Leurs pierres de fronde étaient de deux sortes : « les unes lisses, polies par le frottement dans le lit d une rivière; les autres pointues, anguleuses et rudes; on les appelait ofai ara : pierres plates ou pierres aiguës » (2). Nous avons déjà dit (p. 77) que deux sortes de pierres de fronde, exactement correspondantes à celles-ci, étaient en usage chez les habitants primitifs de l’Europe. Il serait intéressant de connaître les avantages respectifs de ces deux espèces, dont, à coup sûr, l’emploi devait être différent. Ils avaient aussi des arcs et des flèches, mais dont la force n’était pas suffisante pour qu’ils

(1) Kllis, toc. cil., vol. Il, p. 184.

(2) Dllis, loc. cil., vol. il, p. 49.

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pussent servir à la guerre. La corde de l’arc était laite avec l’écorce du raova (1). Les insulaires des lies de la Société étaient, dit-on, cruels à la guerre, mais, suivant le capitaine Cook, « ils sont rarement troublés par des luttes extérieures ou intestines » . •

Quoiqu'ils ne soient point lâches, « ils trouvent bien moins honteux de prendre la fuite devant l’ennemi, en conservant l'intégrité de leurs membres, que de se battre et d’ètre blessés » (2).

« En fait d animaux domestiques, ils n’avaient que des porcs, des chiens et de la volaille (8). 11 n’v avait pas non plus d’animaux sauvages dans l’île, à l’exception des canards, des pigeons, des perroquets et de quelques autres oiseaux, ainsi que des rats; point d’autre quadrupède et aucun serpent (h). » On n’élevait les chiens que pour l’alimentation, et le capitaine Cook nous assure « qu’un chien des mers du Sud n’était guère inférieur en qualité à un agneau d’Angleterre; ils doivent probablement l'excellence de leur goût aux soins qu’on prend d’eux et il leur nourriture, exclusivement composée de végétaux ». Ces indigènes préféraient la viande du chien à celle du porc. La mer leur fournissait des poissons et des crustacés excellents. Ils avaient aussi des arbres à pain, des bananiers, des plantains, des ignames, des cocotiers, des patates, des cannes à sucre, un fruit assez semblable à la pomme, et plusieurs autres plantes qui, en leur procurant du fruit, n’exigeaient que très-peu de culture. L’arbre à pain leur fournissait en abondance du fruit frais pendant huit mois, et durant les quatre autres ils mangeaient du mahie, espèce de pâle aigre qu'on obtenait en faisant fermenter le fruit mûr de cet arbre. 11 est probable que les neuf dixièmes de leur alimentation se composaient de nourriture végétale, et que le bas peuple ne goûtait presque jamais ni du porc, ni du chien, bien que les premiers semblent avoir été très-abondants.

(1) Wilson, loc. cil., p. £68.

(2) Wilson, loc. cil., p. 363.

(3) Wallis, Voyage autour du monde. — Hawkeswnrlh, Voyages, vol. I, p. 482.

(4) Cook, Voyage autour du monde, p. 187.

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Ils sc procuraient du leu par le frottement. Quand le bois était tout à fait sec, l’opération ne prenait pas plus de deux minutes, mais en temps d’humidité elle était très-ennuyeuse. N’ayant point de poterie, ils ne faisaient point bouillir leur nourriture. « Ils témoignèrent, dit Wallis, un étonnement impossible à décrire, quand ils virent le canonnier, qui, tandis qu’il gardait h; marché, avait coutume de dîner sur le rivage, préparer sou porc et sa volaille en les faisant bouillir dans un pot; comme ils n’avaient, ainsi que je l'ai déjà fait observer, aucune vaisselle capable d’aller au feu, ils n’avaient point d’idée de l’eau chaude (1). » Le capitaine Cook dit aussi en termes exprès « qu’ils n’avaient que deux manières d’appliquer le feu à leur cuisine : ils grillaient ou cuisaient leurs aliments au four o (*2). Toutefois M. Tvlor a montré (3) qu'ils connaissaient l’usage des pierres à bouillir, et que par conséquent ils ne pouvaient absolument avoir ignoré l’eau chaude. Pour cuire un porc, ils faisaient dans le sol une petite fosse qu’ils pavaient de larges pierres, sur lesquelles ils allumaient ensuite un feu. Quand les pierres étaient assez échauffées, ils retiraient les braises, balayaient les cendres, et couvraient les pierres de feuilles vertes de cocotier. L’animal qu’il s'agissait d'apprêter, après avoir été nettoyé et mis en état, était enveloppé dans des feuilles de plantain et couvert de braises chaudes; là-dessus, on plaçait des fruits de l’arbre à pain et des ignames, le tout également enveloppé de feuilles de plantain. On couvrait cela avec le reste des braises et quelques pierres chaudes, et en dernier lieu on répandait sur le tout une couche de terre. La viande ainsi cuite était, dit-on, tendre et succulente ; il est de fait que Wallis et Cook la trouvaient « meilleure à tous égards que quand elle est préparée (T une autre manière » . En guise de sauce, ils prenaient de l’eau salée, sans laquelle ils ne mangeaient jamais rien, et une sorte de pâte épaisse faite avec le noyau

(1) Wallis, toc. cit., vol. I, p. Wi.

(2) Cook, Second Voyage , vol. Il, p. 197.

(3, Tvlor, Histoire primitive de l'humanité , J). ‘266.

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l.UDBOCK.

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de la noix de coco. A leurs repas, ils buvaient de l'eau ou du jus de coco. Les insulaires des Sandwich aimaient beaucoup la viande salée, et ils avaient de véritables salines sur le rivage de la nier (t).

Leur seule liqueur enivrante était l’ava, infusion faite avec la racine, la tige et les feuilles d’une espèce de poivre. Toutefois cette boisson, heureusement pour eux, était entièrement interdite aux femmes, et rarement permise aux classes inférieures. Dans certaines lies, on la préparait d’une façon très-dégoûtante. Les racines étaient mises en morceaux, nettoyées, mâchées, et placées ensuite dans une tasse de bois, avec une certaine quantité d’eau, pour être remuées à la main. Toutefois, à Tai’ti, on se dispensait de la mâcher. Les bols de bois dans lesquels les chefs buvaient leur ava étaient souvent de très-beaux échantillons de ciselure. Ceux des îles Sandwich sont représentés « comme ayant ordinairement un diamètre d’environ 8 à 10 pouces, parfaitement ronds et bien polis. Ils sont supportés par de petites figures humaines, au nombre de trois et quelquefois de quatre, dans des attitudes variées. Plusieurs de ces caryatides soutiennent leur fardeau sur les mains élevées au-dessus de la tète, d’autres sur la tète et les mains, d’autres sur les épaules. » Ces figures « se distinguent autant, dit-on, par l’exactitude des proportions que par la perfection du travail, et même l’anatomie des muscles tendus dans l’effort était bien rendue » (2).

Le capitaine Cook (3) fait une description intéressante de la manière dont dînaient les chefs. Ils n’avaient point de table, et chacun mangeait seul et en silence. Quelques feuilles étaient étendues sur le sol, en guise de nappe, et à côté du chef était placé un panier contenant ses provisions, lesquelles, chair ou poisson, étaient enveloppées de feuilles. Deux coquilles de noix de coco étaient près de lui, contenant, l’une de l’eau salée, et

(1) Troisième Voyage, vol. III, p. 151.

(î) Troisième Voyage, vol. III, p. I/18.

(3) Cook, Premier Voyage, vol. Il, p. 200.

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l’autre de l’eau douce. 11 se lavait d’abord avec soin les mains et la bouche avec de l’eau douce, et cet exercice « il le répétait presque continuellement durant tout le repas. Il tirait ensuite du panier une partie de ses vivres, qui consistaient généralement en un ou deux petits poissons, deux ou trois fruits de l’arbre à pain, quatorze ou quinze bananes mûres, ou bien six ou sept pommes. » Il commençait par manger du fruit de l’arbre «à pain, rompant en mémo temps un des poissons dans l’eau salée. Puis il retirait les morceaux avec ses doigts, de manière à amener avec eux le plus d’eau salée possible, et très-souvent il buvait une gorgée de cette eau dans la noix de coco ou dans sa main. Quelquefois aussi il buvait du jus de coco. Quand il avait fini le fruit de l'arbre à pain et le poisson, il entamait son plantain ou ses pommes, après quoi il mangeait d’une sorte de pâte faite du fruit de l’arbre à pain, et généralement mêlée de bananes ou autres fruits qui lui donnaient du goût. Une écaille ou un éclat de bambou lui tenait lieu de couteau, et pour finir, il se lavait de nouveau les mains et la bouche. Ils ignoraient complètement l’usage des fourchettes, et le capitaine Wallis (1) nous dit que, durant sa visite dans ces Iles, un des naturels qui « essaya de manger avec cet instrument ne put le guider, mais que la force de l’habitude ramena sa main à sa bouche, tandis que les morceaux qui pendaient au bout de sa fourchette allèrent à son oreille. » Ils ne se servaient pas non plus d’assiettes. Poulaho, chef des Iles des Amis, dînant un jour à bord du vaisseau, fut tellement stupéfait de voir des assiettes d’étain, que le capitaine Cook lui en donna uue. 11 ne songea pas toutefois à l’employer à la manière ordinaire, mais il dit que « toutes les fois qu’il aurait occasion de visiter une autre Ile, il laisserait en partant cette assiette à Tongataboo, pour le représenter pendant son absence » (2).

(1) Wallis, Voyage autour du monde, p. ÙS'J,

(2) Troisième Voyage, vol. I, p. 32ü.

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Le capitaine Cook remarqua, avec beaucoup de surprise , qu’un peuple si sociable, et qui trouvait tant de plaisir dans le commerce des femmes, ne prenait jamais ses repas en commun. Frères et sœurs même avaient chacun leur panier, et quand ils voulaient manger, ils sortaient, « allaient s’asseoir par terre à deux ou trois mètres de distance l'un de l’autre, et, détournant la tête, prenaient leur nourriture sans échanger un seul mot » . Ils mangeaient seuls, disaient-ils, « parce que c’était comme il faut. » Mais pourquoi était-ce comme il faut? c’est ce qu’ils ne pouvaient expliquer. Nous devons, toutefois, nous souvenir que ces insulaires étaient ensemble beaucoup plus que nous ne le sommes. Nous aimons à dîner en société, parce que nos nombreuses occupations nous tiennent séparés dans les autres moments ; mais chez des gens dont les besoins exigeaient si peu d’efforts pour être satisfaits, des gens qui étaient tout le long du jour ensemble, et qui n’avaient point d’appartements où ils pussent se retirer pour trouver la solitude, ce devait être un grand point que d’avoir un moyen d’échapper à ses amis, et d’être laissé tranquille, sans blesser personne. Comme il n’y avait pas d’heure fixée pour les repas, un homme qui voulait être seul n’avait qu'à emporter son panier de provisions, et il pouvait être sûr qu’on ne viendrait pas le déranger. Cet usage semble donc avoir été à la fois ingénieux et convenable (1).

Quoiqu'ils allassent ordinairement se coucher à la nuit tombante, les indigènes de Taïti n’étaient pourtant pas entièrement dépourvus de chandelles. Ils employaient, pour cet usage, l’amande d’une sorte de noix huileuse. « Ils les fichent l’une à

(1) Depuis que les lignes ci-dcssus ont été écrites, j’ai rencontré dans Burchcll le passage suivant : o J'avais un motif suffisant pour admirer un des usages des Bachapins, à savoir que, bien qu’en tout autre temps, ils ne me laissassent jamais seul, ils se retiraient toujours au moment où l’on m’apportait mon déjeuner ou mon dîner. Cela me reposait quelques instants de la fatigue d'une incessante conversation. » (t ’oyages dans l’Afrique méridionale, vol. Il, p. m.)

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la suite de l’autre, sur uue brochette plantée au milieu d eux. » Ces chandelles brillaient lentement et fournissaient, dit-on, une assez bonne lumière. Les insulaires des lies de la Société confondaient la médecine avec la sorcellerie, mais on raconte des histoires étonnantes de leur habileté chirurgicale. Je vais donner celle qui est peut-être la plus extraordinaire. « On raconte, dit M. Ellis (quoiqu’il ajoute avec le pl us grand sérieux : « j’avoue que je puis à peine le croire »), que dans de certains cas de lésion au cerveau, aussi bien qu'à la boite osseuse, ils out ouvert le crâne, retiré la partie malade de la cervelle, et après avoir tué un porc qu’ils tenaient prêt pour cet usage, ont introduit la cervelle de l’animal dans la tête de l’homme, et refermé le crâne (1). »

Le nez des iilles était souvent écrasé ou aplati dès l’enfance, parce qu’ils considéraient un nez plat comme un signe de beauté. C’est ainsi que les enfants mâles avaient quelquefois le front et le derrière de la tète écrasés, de manière il donner à la partie supérieure du crâne la forme d’un coin. On supposait que cela rendait leur aspect plus formidable à la guerre (2).

Les morts n’étaient pas inhumés immédiatement, mais on les plaçait sur une estrade élevée de plusieurs pieds au-dessus du sol, et proprement entourée d’une balustrade de bambou. Le corps était couvert d’un drap et abrité par une toiture. A côté étaient déposées les armes du défunt, ainsi qu’une provision de vivres et d’eau. Quand le cadavre avait subi une décomposition complète, les. os étaient recueillis, nettoyés avec soin et enterrés, suivant le rang du mort, soit au dedans d’un « moraï » , soit au dehors (3). Le plus grand moraï observé par le capitaine Cook, était celui qu’on avait préparé pour Oamo et Obërea, les souverains du moment. C’était, de fait, « le prin-

(1) Loc. cit., vol. U, p. 277.

(2) Ellis, loc. cit., vol. I, p. 343.

(3) Dans certains cas, la tête n'était pas enterrée avec les autres ossements, mais déposée dans une espèce do boîte.

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