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cipal morceau d’architecture de l’tle. 11 consistait en un monceau de pierres, élevé en forme do pyramide, sur une base oblongue ou carrée , longue de 207 pieds et large de 87. Sa construction ressemblait à celle de ces petites éminences pyramidales sur lesquelles nous plantons quelquefois le poteau d’un cadran solaire, et dont chaque côté est une suite de degrés; toutefois ceux-ci étaient plus larges sur les côtés qu’à l’extrémité, si bien que le monument, au lieu de se terminer par un carré reproduisant la même figure qu’à la base, finissait en forme de faite, comme le toit d’une maison. Il y avait onze degrés de h pieds de haut chacun, ce qui donnait pour hauteur totale hh pieds. Chaque degré était fait d’un seul bloc de corail blanc, équarri et poli soigneusement. Le reste de la masse, car l’édifice n'était point creux à l’intérieur, se composait de petits cailloux ronds, dont la régularité semblait accuser le travail de l’homme (1). » Plus récemment, Wilson (2) a donné une description presque identique de ce rooraï, sauf qu’il en fait l’étendue et la hauteur un peu plus considérables ; et quand on songe que les ouvriers n’avaient ni outils de fer pour tailler les pierres, ni ciment pour les fixer ensemble, il est impossible, de n’être point frappé d’admiration à la vue de la grandeur de l’entreprise, et de f habileté qu’on a dû déployer pour la mener à terme. De tous les monuments construits exclusivement à l’aide d’instruments de pierre, c’est peut-être le plus important que l’on connaisse, et celui qui rend la moins invraisemblable l’opinion que plusieurs des vastes tumuli et autres anciens monuments de l’Europe peuvent appartenir à l’àge de pierre. Quand
(1) Cook, Voyage autour du monde, vol. II, p. 160. Des moraïs semblables, mais un peu plus petits, ont été observés dans les îles Sandwich ( Troisième Voyage, vol. III, p. 6). Dans les lies des Amis, d’Urville vit un mausolée semblable bilti de blocs depierre dont plusieurs avaient vingt pieds de long, six ou huit de large, et deux de haut. Ils étaient parfaitement équarris. (hoc. cil., vol. IV, p. 106.)
(2) Wilson, toc. eit., p. 207.
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un chef mourait, ses parents et ses serviteurs se tailladaient et se déchiraient le corps d’une manière effrayante. Ils se passaient des lances à travers les cuisses, les bras et les joues, et se donnaient des coups de massue sur la tète, « jusqu'à faire jaillir des ruisseaux de sang » ; souvent aussi, dans ces occasions, ils se coupaient le petit doigt : coutume bizarre qu’on retrouve également dans les îles des Amis.
À Tiarrabou, le capitaine Cook vit un grossier ouvrage de vannier, figurant la forme humaine, et haut d’environ 7 pieds. Cet objet était censé représenter un des dieux inférieurs ; mais, dit-on, c’était le seul de ce genre qui existât dans l’île, car les naturels, quoique adorant de nombreuses divinités, auxquelles ils offraient même parfois des sacrifices humains, n’étaient pourtant pas idolâtres. Cependant Ellis vit chez eux beaucoup d’idoles grossières (1). Le capitaine Cook trouva leur religion, « comme celle de la plupart des autres pays, enveloppée de mystère, et embarrassée d’apparentes contradictions » (2). Ils croyaient à l’immortalité de l ame, et à « deux situations où le bonheur différerait de degré, quelque chose d’à peu près analogue à notre ciel et à notre enfer » ; mais, bien loin de les considérer comme des lieux do récompense et de punition, ils croyaient que le sort le plus heureux était naturellement destiné aux chefs et aux classes supérieures, tandis (pie l’autre était réservé aux gens de condition inférieure (3). Ils ne supposaient pas (pie leurs actions d’ici-bas eussent la moindre inlluence sur leur état futur; si bien que leur religion n’agissait point sur eux par promesses, ni par menaces, et « que l’adoration et le respect qu’ils exprimaient par des paroles ou par des actes naissaient uniquement de l’humble sentiment de leur propre infériorité et de l’ineffable excellence de la perfection divine » . Quelles qu’aient pu être leurs erreurs sur plusieurs .points, et quelque
(t) Ellis, loc. cit., vol. I, p. 526. — Wilson, loc. cit., p. 2û2.
(2) Voyez aussi Forster, loc. cil., p. 539.
(3) Cook, l'remier Voyage, vol. U, p. 239. — Ellis, vol. I, p. 518.
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mauvais que nous paraissent sans cloute beaucoup de leurs usages, a coup sûr une croyance comme celle-là rend les bonnes actions doublement vertueuses, et donne à la vertu ellemême un nouvel éclat.
Ils n’avaient ni lois, ni cours de justice. On ne s’inquiétait que médiocrement, chez eux, de la sécurité personnelle et des droits de la propriété privée. Les chefs et les prêtres exerçaient une autorité fondée sur la crainte et la superstition. Ils n’avaient point de mot dans leur langue pour dire « loi » (1). 11 faut rendre aux chefs cette justice, d’ajouter qu’ils n’étaient point oisifs, et qu’ils considéraient comme une honte de ne point se distinguer dans toutes les branches de travail (2). Quant au caractère, les habitants de Taïti, d'après le capitaine Cook, « étaient libéraux, braves, francs et candides, point défiants ni perfides, point cruels ni haineux» (3). Ils tenaient beaucoup à l’éducation. Les femmes étaient affectionnées, tendres et obéissantes; les hommes doux, généreux, lents à se mettre en colère et prompts à s’apaiser. La santé des deux sexes était très-bonne. « Jamais, dit Forster (à), je n’ai vu dans toute la nation quelqu'un d’un caractère maussade, chagrin ou ennuyé; tous joignent à leur humeur enjouée une politesse et une élégance qui s'unissent heureusement à la plus innocente simplicité de mœurs. » Les meurtres étaient trèsrares parmi eux, et, quoiqu'on accordât beaucoup de licence aux jeunes filles avant le mariage, les femmes mariées, suivant h* capitaine Cook (5), se conduisaient aussi bien « que dans tout autre pays». Ils étaient très-enclins au vol, mais nous devons tenir compte des tentations immenses auxquelles ils étaient en butte, et de la valeur, à leurs yeux inestimable, des objets qu’ils dérobaient. Comme les autres sauvages, ils ressemblaient, sous
(1) Ellis, loc. cil., vol. Il, p. /|27.
(2) Ellis, loc. cil., vol. II, p. 178.
(3) Cook, Premier Voyage, vol. II, p. 188.
(û) Forster, loc. cil., p. 582.
(5) Cook, Voyage au pôle sud, vol. I, p. 187.
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beaucoup de rapports, à des enfants : leurs chagrins étaient fugitifs, leurs passions se traduisaient avec fougue et énergie. Un jour, Oberea, la reine, alors âgée d'environ quarante ans, prit fantaisie d’avoir une grande poupée, dont en conséquence on lui fit cadeau. Peu de temps après, on rencontra Tootahah, un des principaux chefs, et celui-ci devint si jaloux de la poupée d'Oberea, qu'on se vit obligé de lui en donner une aussi.
Il n’y a guère de nation, soit barbare, soit civilisée, où les relations des deux sexes soient tout à fait satisfaisantes. Les sauvages, presque sans exception, traitent leurs femmes comme des esclaves, et trop souvent les peuples civilisés n’évitent cet abus que pour tomber dans d’autres.
Les habitants de Taïti étaient, dit-on, absolument dépourvus de toute idée de décence, ou plutôt, comme s’exprime avec plus de justesse peut-être le capitaine Cook, « d'indécence». Sans doute, cela venait en partie de ce que leurs maisons étaient tout ouvertes, et non divisées en appartements séparés. Quoi qu’il en soit, là où il n'y avait point de mal, ils ne voyaient point de honte, et il faut avouer qu’en beaucoup de cas, l’idée qu’fisse faisaient du mal était très-différente de la nôtre. Toutefois, avant de les condamner, souvenons-nous qu’ils eussent été aussi scandalisés d’un dîner en société que nous le sommes de beaucoup de leurs coutumes. Si la liberté de langage et d'action qu'ils se permettaient nous semble prêtera plus d’une objection, nous ne devons pas oublier que nos idées de délicatesse excluent de la conversation générale beaucoup de sujets d’un intérêt et d’une importance considérables.
11 y avait à Taïti une association nombreuse formée des personnes les plus distinguées des deux sexes, et qu’on appelait les « Arreoy » . Tous les membres étaient regardés comme mariés l'un à l’autre. Si une des femmes de la société avait un enfant, il était presque invariablement mis à mort; mais, quand on le laissait vivre, le père et la mère étaient considérés comme définitivement engagés l'un à l’autre, et on les bannissait de l'asso-
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dation : la femme étant, dès lors, connue comme « une porteuse d’enfants », ce qui, chez ce peuple extraordinaire, était une qualification injurieuse. L’existence d’une telle société montre les différences fondamentales qui peuvent exister dans 1 idée de vertu, suivant les divers pays. Pourtant les femmes mariées étaient fidèles à leurs époux et remplies de modestie. On ne saurait les acquitter de l’accusation d’infanticide, crime auquel nous pouvons trouver une cause, mais non une excuse. Je ne fais pas allusion à la loi curieuse d’après laquelle un enfant, à peine né, héritait des titres, rang et biens de son père, de telle façon qu'un homme qui. hier, était chef, pouvait se voir ainsi réduit immédiatement à la condition de particulier; je ne parle pas non plus do ce fait que toute Arreoy qui épargnait son enfant était à l’instant exclue de l’association. Nous ne pouvons pas supposer que de tels usages n’aient pas ou leur influence, mais il y a peut-être une raison plus puissante à tirer de cette observation, que Taïti étant déjà très-peuplée, les moyens d’existence limités, et, d’autre part, la guerre ou la maladie n’enlevant que peu de personnes, la population eût bientôt dépassé toute proportion avec les ressources du pays, si l’on n’eût pris des mesures pour en restreindre l’accroissement (I). Quoi qu'il en soit, l’infanticide paraît avoir atteint chez eux un effrayant développement. On a estimé que les deux tiers des enfants étaient mis à mort par leurs propres parents (2), et MM. Nott et Ellis s’accordent à dire que, durant tout leur séjour dans l’île, jusqu’à l'adoption du christianisme, ils n’ont pas connu une seule mère qui ne fût point coupable de ce crime.
Selon Wilson (3), le mot « merci » n’existait point dans leur vocabulaire, et Cook lui-même reconnaît qu’ils n’avaient point tle respect pour la vieillesse. Fitzroy va plus loin encore : il nous assure qu’ « ils ne se faisaient aucun scrupule de faire mourir
(1) Voyez, par exemple, Kolzcbue, Nouveau Voyage, vol. I, p. 308.
(ï) Ellis, vol. 1, p. 335, 33G.
(3) Wilson, loc, cil., p. 365.
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ceux d'entre eux qui étaient âgés ou malades, et jusqu'à leurs propres parents, quand ceux-ci étaient affaiblis par la vieillesse ou la maladie » (1). Toutefois les écrivains primitifs ne portent point contre eux cette accusation, ce qui fait croire que les faits de ce genre étaient probablement très-rares, et que, comme chez les Vitiens, ils avaient peut-être pour cause une affection mal dirigée plutôt qu'une cruauté raisonnée.
Ils n’avaient point d’argent, et quoiqu'il fût facile de se procurer les choses nécessaires à la vie, il était presque impossible d’amasser des richesses. En outre, l’absence de liqueurs spiritueuses et les relations qui existaient entre les sexes (bien que fâcheuses à d’autres égards) écartaient d’eux plusieurs des mobiles ordinaires du crime. En général donc, si, pour les juger, nous empruntons les idées des mers du Sud, les naturels des Iles de la Société paraissent très-purs d’actions criminelles.
Malgré les différends qui s’élevèrent quelquefois par suite du penchant de ces indigènes pour le vol, et aussi peut-être, en grande partie, faute de pouvoir bien se comprendre réciproquement. le capitaine Cook et ses officiers vécurent avec les naturels « sur le pied de la plus cordiale amitié », et ne prirent congé d'eux qu’avec beaucoup de regret. M. Ellis, au contraire, nous assure « qu’aucune portion de la race humaine n’est peut-être jamais tombée plus bas dans la licence brutale et dans la dégradation morale que ce peuple isolé » (*2). Une telle assertion ne s'accorde point, à coup sûr, avec ce qu’il dit de leur désir de posséder des exemplaires de la Bible, quand elle eut été traduite dans leur langue, a Ils les jugeaient, dit-il, plus précieux que l’or, oui, que l'or le plus pur», et «ce livre devenait immédiatement leur compagnon de toutes les heures, la source de leurs plus vives jouissances» (3).
(1) Fitzrov, toc. cit., vol. Il, p. 551.
(2) Ellis, toc. cit., vol. II, p. 25.
(3) Ellis, loc. cil., vol. I, p. 393-408.