I.ES SAl TARES MODERNES
traits communs. 11 y a une grande similitude dans la manière de faire la guerre, dans le culte, la chasse et les amusements. Le sacrifice des prisonniers de guerre ; la loi du talion ; le caractère sacré attaché aux transactions publiques qu’a solennisées le calumet; l'adoption dans les familles de personnes prises à la guerre; les danses auxquelles on se livre dans presque toutes les occasions qui peuvent exciter la sympathie humaine; le style maigre et sans art de la musique; le lien générique qui unit les membres d'une même famille; l’ensemble des symboles et des figures gravés sur les poteaux funéraires, les arbres et quelquefois les rochers : tout cela témoigne d’une parfaite identité de principes, d’arts et d’opinions. La vie nomade et la guerre des buissons les tenaient seules dans l'état sauvage, quoique le maïs fût pour eux un élément de civilisation commune avec leurs voisins (1). »
Beaucoup de chefs indiens avaient de magnifiques costumes de peaux et de plumes. Plusieurs tribus, il est vrai, n’étaient point vêtues, mais c'était rarement le cas pour les femmes, et même les hommes portaient généralement un vêtement autour des reins. Toutefois ils s'habillaient plus ou moins, suivant le degré de la température. Dans les plaines et les forêts des latitudes tropicales et méridionales, « l’Indien ne porte que peu ou point de vêtements pendant une grande partie de l’année » ; mais il n'en était point de même sur les montagnes et dans le nord, où le costume ordinaire se composait de chausses et de mocassins, avec une peau de buffle jetée sur les épaules. Les habitants de l’Ile de Vancouver avaient des nattes faites, soit de poil de chien seulement, soit d'un tissu de poil de chien et de duvet d’oie, soit encore de fil provenant de l'écorce du cèdre. Ils portaient souvent « des colliers de coquilles, des griffes d'animaux ou wampums, des plumes sur la tête, et des bracelets, ainsi que des bijoux aux oreilles et au nez » (2). Beaucoup de tribus
(1) Schoolcrafl, vol. Il, p. 47.
(2) Ijir. ril ., vol. III, p. 65.
LES SAI.'VAGES MODERNES
indiennes sont propres sur leur personne, et font un usage fréquent des bains de vapeur et des bains froids; d’autres sont représentées comme d’un extérieur repoussant et d’une grande malpropreté sur elles-mêmes et dans leurs vêtements.
Les tribus de l’est n’ont point coutume de se défigurer artificiellement, sauf par l’usage de la peinture, mais tel n’est point le cas dans l’ouest. Les Indiens Sachet du détroit de Fuca portent des morceaux d’os ou de bois passés à travers le cartilage du nez. Les Indiens Classet se coupent le nez quand ils prennent une baleine. Chez les Babines, qui vivent au nord du fleuve Columbia, on juge de la beauté d’une femme par la dimension de sa lèvre inférieure (1). Dès l’enfance, on perce cette lèvre, et dans le trou on insère un petit os; de temps en temps l’os est remplacé par un plus gros, jusqu a ce qu’enfin on introduise dans l'ouverture un morceau de bois de 3 pouces de long et de 1 pouce 1/2 de large, ce qui donne à la lèvre une saillie effrayante. L'opération semble être très-douloureuse.
Grà a; à l’usage presque universel d’attacher les enfants sur une planche-berceau, ce qui caractérise les crânes américains, c’est l’aplatissement de l’occiput. Cette particularité ne s’observe pas maintenant sur les tètes européennes, mais on la constate sur beaucoup d'anciens crânes provenant des diverses parties des vieux continents, et elle atteste, comme l’ont remarqué Vesalius, Gosse et Wilson, que le berceau -planche, quoique abandonné depuis longtemps, fut à une certaine époque en usage dans l’Europe occidentale, comme il l’est encore aujourd’hui chez les Indiens de l’Amérique du Nord. La coutume étrange de mouler la forme de la tête était aussi commune à plusieurs tribus indiennes. Elle régnait au Mexique et au Pérou, dans les îles des Caraïbes et parmi les tribus sauvages de l’Orégon. Chez les Natchez, suivant l’historien de l’expédition de de Soto, la déformation consiste à amincir le crâne jusqu’à ce
(1) Kane, Les Indiens de l’Amérique du Nord, p. 2/j2. — Vancouver, loc. rit,, vol. Il, p. 280, m.
l.ES SAUVAGES MODEllNF.S.
qu'il sc termine en pointe. Les Choctaws, quoique ennemis des Natchez, modifiaient leurs têtes de la même façon. Ils plaçaient les enfants sur une planche, et leur mettaient sur le front un sac de sable. « Cette pression légère et continue fait quelque peu ressembler le front à une brique depuis les tempes jusqu’en haut; ils obtiennent ainsi des fronts élevés et fuyants (1). » Un usage pareil aurait été également en vigueur chez les Waxsaws, les Muscogees ou Creehs, les Catawbas, et les Altacapas. Il n’y avait toutefois que les enfants mâles à qui on fit subir ce traitement. Chez les Colombiens Nootka, l’aplatissement de la tête était une pratique universelle. L’enfant était placé dans une boîte ou berceau garni de mousse. L’occiput reposait sur une planche fixée à la partie supérieure de la botte, et l’on mettait sur le front une autre planche solidement attachée à la tête de l’enfant. L’opération durait jusqu’à ce que le patient pût marcher. À ce moment, la description qu’on en fait est hideuse. « Les yeux sont démesurément éloignés l’un de l’autre », les prunelles débordent en avant et sont dirigées verticalement ; la tête est très-large et affecte presque la forme d’un coin. Les Newatees, tribu située à l’extrémité septentrionale de l’île de Vancouver, obligeaient la tête à prendre une forme conique, au moyen d’une corde de peau de daim rembourrée avec l’écorce intérieure du cèdre. Cette corde, qui a environ l’épaisseur d’un pouce, est roulée autour de la tête de l’enfant, et lui donne peu à peu l’aspect d'un cène pointu (2). Chez les Péruviens, le front était écrasé et rejeté en arrière à l’aide de ligatures. Ces ligatures, à ce qu’il semble, étaient généralement au nombre de deux, laissant un intervalle entre elles, et produisant ainsi un sillon bien marqué qui faisait transversalement le tour du crâne. De cette façon, tandis que l’on empêchait le front de s’élever, et les côtés de la tête de s’élargir, une pleine liberté de croissance était laissée à la région occipitale, et le développement du cerveau était dévié
(1) Schoolcraft, loc. cit., vol. Il, p. 324.
(2) Wilson, De l'ethnolugie physique (Smilhsonian Déport, 1802, p. 288).