‹ L'homme avant l'histoireChapitre 86 sur 124 · I.ES SAUVAGES MODERNES · texte numérisé non relu

I.ES SAUVAGES MODERNES

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de sa direction naturelle. Tel était le changement produit ; si bizarre est la forme de ces crânes anormaux, que plusieurs ethnologues ont été portés à les considérer comme appartenant à une race particulière. Toutefois on a clairement démontré la fausseté de cette théorie, qui est maintenant abandonnée de tout le monde. Il est très-remarquable qu’une opération si contraire à la nature ne paraît porter aucun préjudice à l’intelligence de ceux qui y sont soumis (1).

Les tribus indiennes, en général, croyaient à l’existence d'un Grand-Esprit et à l'immortalité de l’âme, mais elles ne semblent guère avoir eu de pratiques religieuses, et moins encore d'édifices sacrés. Burnet (2) n’a jamais trouvé chez les Comanches l’ombre d’un culte. Les Dacotahs ne prient jamais le Créateur; s’ils veulent du beau temps, ils implorent le temps lui-méme. Ils croient que le Grand-Esprit a tout fait, excepté le tonnerre et le riz, mais ils ne nous disent pas sur quel motif ils fondent ces deux singulières exceptions.

La condition sociale des femmes semble avoir été dégradée parmi les tribus aborigènes de l’Amérique du Nord. « Leurs épouses, ou leurs chiens, comme plusieurs Indiens les appellent » , sont bien traitées aussi longtemps quelles font tout l'ouvrage et qu’il y a abondance de vivres; mais dans tout le continent, comme chez tous les sauvages, les occupations serviles sont leur lot, et les hommes n’ont d’autre besogne que la chasse et la guerre, quoique, pour être juste envers eux, il faille se souvenir que la première au moins de ces deux occupations était de la plus haute importance, et que leurs principaux moyens d'existence en dépendaient. La polygamie régnait généralement ; le mari avait un pouvoir absolu sur ses épouses, et le mariage ne durait que tant qu’il lui plaisait. Chez quelques Indiens de la

(1) Bcecher, Voyage autour du monde, vol. I, p. 308. — Wilson, in Smithsonian Déport, 1862, p. 287.

(2) Schoolcrafl, vol. I, p. 237. — Voyez aussi Richardson, Expédition arctique, vol. Il, p. 21.

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Californie septentrionale, on ne trouve pas juste de battre les femmes, mais les hommes « se réservent le privilège de les tuer quand ils en sont fatigués » (1). Chez les Dogribs et autres tribus du nord, les femmes sont la propriété du plus fort. On considère que c’est pour chacun un droit légal et moral à la fois de prendre l’épouse d'un homme plus faible que lui. 11 est de fait que les hommes se battent pour la possession des femmes, comme les cerfs et les mâles d’autres espèces d’animaux.

«L'impassibilité (2), dans toutes les situations de la vie, est un des traits les plus frappants et les plus généraux du caractère indien. Se rendre maître de ses muscles, de manière à ne manifester aucune émotion, tel semble être le point à atteindre, et on l’observe particulièrement dans les occasions publiques. Ni la crainte, ni la joie, ne doivent altérer cette égalité d ame à laquelle ils sont formés, » Même entre parents « il est rare qu'on s'abandonne à de chaleureuses effusions de tendresse. La fierté et le stoïcisme du chasseur et du guerrier s’y opposent, la fierté de l’épouse, créature faite pour tout souffrir, s’y oppose également. »

Mais la preuve la plus évidente, peut-être, de ce qu'on vient de lire, est dans le fait que le dialecte algonquin, l’un des plus riches pourtant, ne renfermait point de mot pour dire « aimer », et quand Elliot traduisit la Bible à l’usage de ce peuple en 1001 , il fut obligé d'en forger un. Pour combler cette lacune, il introduisit le mot « ivomon ». La langue Tinnee (S) ne contient, elle, aucun terme qui rende « cher » ou « bien-aimé ». 11 est juste d'ajouter que Kane trouva les Indiens Creehs jurant en français, car leur propre idiome ne leur fournissait aucune formule de serment {h). M. Schoolcraft veut prouver qu’ils ont réellement des sentiments affectueux : « Un jour, dit- il. m’étant aventuré

(1) Col. M'Kce, dans les Tribus indiennes de Schoolcraft, vol. III, p. 127.

(2) Schoolcraft, vol. III, p. 58.

(3) Richardson, Expédition arctique, vol. il, p. 2/|.

(5) Lie. cil., p. 339.

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à son insu, non loin du wigwam d’un Indien Renard, je le vis prendre son fds dans ses bras et l’embrasser à plusieurs reprises (1). » Mais en mentionnant ce fait d'une manière spéciale, il produit une impression contraire à celle qu’il se proposait. Néanmoins, parmi les meilleures tribus, beaucoup sans doute sont capables de fortes affections, et l’on cite même des cas où un père a racheté son fils du supplice en se faisant brûler pour lui.

Par suite de la haine que développaient des guerres presque incessantes, peut-être aussi excités par ce stoïque mépris de la douleur qu’ils mettaient leur orgueil à affecter, les Indiens de l’Amérique du Nord étaient très-cruels envers les prisonniers de guerre. L'habitude de scalper semble avoir régné universellement, et l'on dit même que les Sioux dévoraient quelquefois le cœur de leurs ennemis : chaque guerrier, si c’était possible, en mangeait une bouchée.

L'infanticide était commun dans le nord, mais il ne paraît pas avoir atteint, chez les tribus du sud, de grandes proportions. Jusqu’à l’arrivée des Européens, ils semblent n’avoir point connu les liqueurs fermentées. Les Sioux, les Assiniboines et autres tribus riveraines du Missouri, avaient, dit-on, l’habitude d'abandonner ceux que l’àge ou les infirmités mettaient dans l’impuissance de suivre les camps de chasse. Le même cas se présentait fréquemment parmi les tribus du nord.

En tant que race, les Américains du Nord disparaissent rapidement. Laissés à eux-mêmes, ils auraient peut-être donné naissance à une civilisation indigène, mais ils étaient impropres à la nôtre. Trop inférieurs aux Européens pour rivaliser avec eux, et trop fiers pour se réduire à un rôle subalterne, le seul endroit où ils aient profité du contact avec la race supérieure, c’est dans la baie d'Hudson, où le gouvernement paternel de la Compagnie les a protégés à la fois contre les colons et contre eux-mêmes,

(1) Scliooleraft, loc. rit., vol. 111, p. 64.

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a favorisé la chasse, mis fin aux guerres, empêché la vente des esprits, et pourvu aux subsistances dans les temps de disette. Bientôt, peut-être, les derniers restes du sang indien n'existeront plus que sur les territoires appartenant à la Compagnie de la baie d’Hudson.

On trouve le cuivre à l’état natif dans les régions du Nord, et, même avant l’arrivée des Européens, on s’en servait pour faire de petites haches, des bracelets, etc. Néanmoins il était employé plutôt comme pierre que comme métal, c’est-à-dire qu’au lieu de le chauffer, de le couler dans des moules, ou de le travailler en fusion, les Indiens se bornaient à profiter de sa malléabilité, et le façonnaient à coups de marteau, sans recourir au feu. Les vases de métal étaient tout à fait inconnus des aborigènes do l’Amérique septentrionale.

Wyeth donne la description du mobilier des Shoshonees, ou Indiens Serpents. Il se réduisait à « un pot, un arc et des flèches, des couteaux, des outils à greneler le cuir, des alênes, un instrument pour déterrer les racines, des lances pour tuer les poissons, des filets, une espèce de bateau ou de radeau, une pipe, des nattes pour s’abriter, et les instruments destinés à produire le feu » (1).

Le pot était fait « de racines longues et dures, pliées autour d’un point central, et dont la circonférence extérieure allait en se rétrécissant, de manière à former un vase semblable à une ruche renversée. Telle était la perfection du travail, que cette vaisselle était absolument imperméable, et, quoique naturellement elle ne pût aller au feu, on s’en servait néanmoins pour faire bouillir, de la manière que nous avons déjà décrite à propos d'autres sauvages. Les Dacotahs faisaient, dit-on, quelquefois bouillir des animaux dans leur peau : après l’avoir enlevée, ils la suspendaient par les quatre coins, et faisaient usage de pierres à bouillir, comme à l’ordinaire. Ils avaient aussi des vases de

(1) Schoolcraft, vol. 1, p. 212.

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pierre, mais ceux-ci étaient rares, et sans doute employés uniquement comme mortiers.

Leurs arcs sont très-habilement faits avec la corne des brebis de montagne ou de l’élan, ou quelquefois de bois. « La corde est de nerf tressé ; on la tient lâche, et ceux qui se servent de cet arc ont besoin d’un garde-main pour se protéger. » La flèche est envoyée avec tant de force, qu’elle passe à travers le corps d'un cheval ou d'un buffle (1), et, dans la relation de l’expédition de de Soto, on lit qu’un jour une flèche traversa la selle et la housse d’un cheval, et pénétra d'un tiers dans le corps de l’animal. Quoique, sous tous les rapports, bien inférieur au fusil, l’arc a pourtant, à la chasse, le grand avantage de ne pas faire de bruit. Chez plusieurs tribus, la fabrication d, s flèches constituait une profession spéciale. Les pointes de flèche sont d’obsidienne; elles sont longues d’environ trois quarts de pouce, larges d’un demi*pouee et très-minces. La base, élargie, est reçue dans une fente qu'on pratique à l'extrémité de la hampe, et maintenue en place par une ligature de nerf. La hampe a environ '2 pieds \j'l de long. S'il s'agit d’une arme de chasse, elle s’élargit à l’ extrémité, de sorte que, quand on retire le bois de la blessure, on retire en même temps la pointe; mais les flèches de guerre sont autrement faites : le bout de la hampe est aminci, de manière que la pointe reste dans la plaie quand ou les retire.

Les couteaux, grossièrement faits d’obsidienne, sont quelquefois fixés dans des manches de bois ou de corne. Les outils à greneler, destinés à la préparation des peaux, sont tantôt d’os, tantôt d’obsidienne. M. Wycth ne décrit pas leur forme, les alênes étaient d’os; parfois aussi on se servait, pour cet usage, de grosses épines, les instruments à déterrer les racines, quand ils ne sont pas faits de corne, sont des bâtons recourbés, pointus et durcis au feu. « le harpon est un engin aussi simple qu'ingé-

(1) Schoolcrafl, lue. rit., vol. III, pages 35, 66. — Kane, Indiens de l’Amérique du \urd, p. 161. — Collin, loc. rit., vol. 1, p. 31 ; vol. Il, p. 212. — Mae Kean cl Hall, Tribus indiennes, vol. Il, p. 6.

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