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par une pointe de pierre; ceux-là, de longues javelines avec une pointe d'os; d’autres, de grandes massues de bois; d’autres encore, des frondes et des couteaux de pierre très-tranchants. » Leurs flèches sont de bois dur, droites et bien polies. Elles sont longues d’environ 2 pieds, et portent à leur extrémité un morceau d'agate, d’obsidienne ou de verre; lu pointe, n’étant pas adhérente au bois, reste dans la blessure, lors même qu’on retire la flèche. Les arcs ont de 3 à h pieds de long, et sont tout à fait droits ; la corde est faite de nerfs tressés.
Forster (1) les trouva « remarquablement stupides, incapables de comprendre aucun de nos signes, qui pourtant étaient parfaitement intelligibles aux nations de la nier du Sud ». Wallis, dans sou Voyage autour du monde (2), les décrit de la manière suivante : « Ils étaient couverts de peaux do veau marin, qui exhalaient une puanteur abominable; plusieurs d’entre eux mangeaient de la chair pourrie et de la graisse de baleine crue avec un appétit vorace et d’un air de grande satisfaction. » 11 dit encore : « Plusieurs de nos hommes, qui pêchaient avec un hameçon et une ligne, donnèrent à l’un d’eux un poisson un peu plus gros qu’un hareng, au moment même où il sortait de l’eau, c'est-àdire encore vivant. L’Indien le saisit avidement, comme un chien ferait d’un os, et le tua aussitôt en lui donnant un coup de dent près des ouïes ; puis il se mit. à le manger en commençant par la tête et en finissant par la queue, sans rien rejeter, ni les arêtes, ni les nageoires, ni les écailles, ni les entrailles (3). » Leur cuisine est plus dégoûtante encore, si c'est possible. Fitzroy nous dit que « la plume se refuse à la décrire», et la relation de Byron (/i) confirme de tout point cette assertion.
Les hommes, dit Fitzroy (5), «sont de petite taille, de mau-
(1) Forslcr, loc. cit., p. 251.
(2) Hawkesworlh, Voyayes, loc. cit., p. 403.
(3) Loc. cil., p. 403.
(4) Byron, Perle du Wager, p. 132.
(5) l'ilzroy, Voyages de l'Adventure et du Heayle, vol. Il, p. la7.
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vaise mine et mal proportionnés. Leur couleur est celle de l'acajou très-vieux, ou plutôt elle tient le milieu entre le cuivre foncé et le bronze. Le tronc est large, eu égard aux membres, qui sont tortus et cagneux. Leur chevelure noire, rude, inculte et extrêmement sale, cache à moitié, et pourtant embellit encore la plus vilaine physionomie que puissent offrir des traits de sauvages. La chevelure des femmes est plus longue, moins inculte, et, à coup sôr, plus propre que celle des hommes. On la peigne avec une mâchoire de marsouin, mais elle n’est ni tressée ni nouée, et on la laisse pousser en toute liberté, sauf au-dessus des yeux, où on la coupe. Elles sont petites, elles ont le corps trop large pour leur taille; leur visage, surtout quand elles sont vieilles, est presque aussi désagréable que celui des hommes est repoussant, quatre pieds et quelques pouces, voilà la taille de ces naturelles de la Terre de Feu, que, par courtoisie, on appelle des femmes. Elles ne se tiennent jamais droites en marchant; une attitude courbée, une démarche gauche : voilà leur allure naturelle. Elles peuvent être les dignes compagnes d’êtres si grossiers, mais pour des gens civilisés leur aspect est repoussant.... La fumée des feux de bois, emprisonnée dans de petits wigwams, leur fait tant de mal aux yeux, qu’ils en sont rouges et humides. Leur habitude de se huiler ou de se graisser, pour se frotter ensuite le corps avec de l'ocre, de la boue ou du charbon de terre, leur infâme nourriture, quelquefois pourrie, et d'autres usages abjects, ont des effets qu’on peut facilement imaginer (1). » Leurs incisives, en s’usant, deviennent plates (2), connue celles des Esquimaux et de beaucoup de races anciennes.
« Les hommes pourvoient au gibier et au poisson de grosse espèce, comme le veau marin, la loutre, le marsouin, etc.; ils cassent ou coupent le bois et l’écorce nécessaires pour faire le feu ou pour construire les wigwams et les canots. Ce sont eux qui sortent la nuit pour prendre des oiseaux ; qui dressent les
(1) Luc. cit., p. 139.
(2) Filzniy, Appendice, p. I Vi.
Wi
LES SAl'VAOES MODERNES.
chiens , et qui naturellement entreprennent toutes les excursions de chasse ou de guerre. Les femmes nourrissent leurs enfants, veillent au feu, quelles entretiennent avec du Lois mort plutôt qu avec du bois vert, à cause de la fumée; fabriquent des paniers et des baquets pour mettre l’eau , ainsi que des lignes de pèche et des colliers ; sortent dans leurs canots pour prendre le petit poisson , recueillent les crustacés, plongent il la recherche des oeufs de mer; prennent soin de leurs canots; rament ordinairement pour leurs maîtres, tandis que ceux-ci restent en repos, et font toutes les autres corvées (1). »
La natation est le délassement favori, pendant l’été, des habitants de la Terre de Feu , mais les malheureuses femmes sont obligées d’entrer assez profondément dans l’eau, et de plonger à la recherche des œufs de mer, au cœur de l’hiver aussi bien qu’en été. Hommes, femmes et enfants sont excellents nageurs, mais ils nagent tous à la manière des chiens.
Quand ils en ont le temps, les naturels font rôtir leurs crustacés, et rôtissent à demi les autres aliments de nature solide ; mais lorsqu’ils sont pressés, ils mangent cru le poisson aussi bien
que la viande C’est dans leurs canots et avec la lance qu’ils
tuent le veau marin et le marsouin. Une fois frappé, le poisson a coutume de s’enfoncer dans le cailloutis, entraînant la lance qui Hotte sur l’eau, attachée par une petite corde à un crochet mobile : les hommes suivent alors avec leur canot, saisissent la lance et s’en servent pour remorquer leur proie, jusqu'à ce (pie celle-ci soit morte. Pour eux, la prise d’un veau marin ou d’un marsouin est une affaire aussi importante que l’est pour nos compatriotes la capture d’une baleine. La nuit, au clair de la lune, on prend les oiseaux quand ils sont perchés. Les hommes sont aidés dans cette chasse par leurs chiens qu’on envoie saisir les oiseaux endormis sur les rochers ou sur la plage. Ces chiens sont si bien dressés, qu’ils rapportent fidèlement à leurs maîtres
(1) Filzroy, toc. cil., p. 185.
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tout ce qu'ils prennent, sans faire le moindre bruit, et se remettent ensuite en quête de butin. Souvent aussi, pour tuer les oiseaux, on se sert de la flèche et de la fronde, avec une sûreté infaillible. Les naturels cherchent volontiers les œufs. Je puis dire, en fait, que tout ce qui est mangeable, ils le mangent sans s’inquiéter de l’état de fraîcheur de leurs comestibles et sans se soucier de les cuire (1). »
D'après Bvron. les chiens des Indiens Clionos sont employés à la pèche comme à la chasse aux oiseaux. « Ce sont, dit-il, des animaux qui ont l'air assez laid, mais (pii sont très-intelligents,
et qu’on dresse aisément à cette besogne Le fdet est tendu
par deux Indiens qui entrent dans l'eau; alors les chiens, décrivant un large circuit, plongent à la poursuite du poisson et le poussent dans le filet ; mais ce n’est que dans certains endroits que la pêche a lieu de cette façon. » 11 ajoute que « les chiens Y prennent beaucoup de plaisir, et expriment leur ardeur par des aboiements, chaque fois qu’ils élèvent la tète au-dessus de l’eau pour respirer » (‘2).
« L'hiver, quand la neige est épaisse, les gens de Tekeenica se rassemblent en vue de chasser le guanaco, qui descend alors des hautes terres pour chercher sa nourriture près de la mer. Les longues pattes de l'animal s’enfoncent profondément dans la neige, et dans la terre molle et vaseuse, ce qui ne lui permet pas de s’échapper lorsque les indigènes et leurs chiens l’entourent de
tous côtés. Aussi devient-il promptement leur proie A d’autres
époques de l’année, ils se mettent quelquefois à l’affût, et le percent de flèches; ou bien ils montent sur un arbre placé au bord de son chemin , et le tuent à coups de lance quand il passe sous les branches. On montra à Low une flèche teinte de sang aux deux tiers de sa longueur : elle avait blessé un guanaco, qui avait été ensuite pris par les chiens. Low étendit sa jaquette, faisant cn-
(1) Fitzroy, loc. cit., p. 18/i .
(2) Byron, Perle du I Vager. — Kerr, Voyages el excursions, vol. XVII, p. 339, 308, (|03.
m LES SAUVAGES MOUEHNES.
tendre que la tlèche ne la traverserait pas; sur quoi l'indigène le vis<i à l'œil (1). » La figure 156 représente la pointe d'un harpon de la Terre de Feu, laquelle ressemble exactement au spécimen Fie 15G. f*u harpon des anciens Danois, dont nous avons donné la figure à la page 82.
En fait de nourriture végétale, ils ont très-peu do chose : quelques baies, des canneberges, des arbouses et une sorte de champignon qui pousse sur le hêtre, telles sont les seules espèces qu’ils connaissent. Los misérables insulaires de la Terre de Feu sont souvent très-éprouvés par la famine. Dans une occasion où les Chonos souffraient beaucoup de la disette, une petite troupe se mit en route, et les naturels direut qu'au bout de quatre jours elle reviendrait avec des vivres. Le cinquième jour, les voyageurs étaient de retour, presque morts de fatigue ; « chaque homme avait deux ou trois gros morceaux de graisse de baleine suspendus à ses épaules en forme de poncho, avec un trou au milieu.
Iji graisse était à moitié pourrie, et l’on eût dit qu’elle avait été enfouie sous terre » . Néanmoins on la coupa par tranches, on la grilla et on la mangea. Un autre jour, on trouva des masses de graisse dans le sable, où sans doute elles avaient été mises en réserve pour un cas de disette. Leur principale nourriture se compose toutefois de patelles, de moules et autres crustacés.
L’amiral Fitzroy n’a aucun doute que les naturels de la Terre de Feu ne soient cannibales. « Presque (2) toujours en guerre avec les tribus voisines, il est rare qu’ils se rencontrent sans qu’il en résulte une bataille, Hwpon dw. et jes vajncus, s’i]s ne sont pas déjà morts, sont tués et mangés par les vainqueurs. Les femmes dévorent les bras et la poitrine; les hommes se nourrissent des jambes, et le tronc
(1) Fitzroy, toc. ett., p. 187.
(12) Fitzroy, toc. ci't., p. 183.