CHAPITRE PUEMIEU
7 — Délils par passion. — Dans d'autres cas la tendance au crime est déterminée, comme chez l'homme, d'une manière irrésistible, parles passions surexcitées, surtout par l'amour, la cupidité et la haine. Les dromadaires, dit Rousse, qui pourtant sont si patients, finissent, quand on les agace, par devenir furieux et foulent aux pieds celui qui leur a fait du mal ; mais dès qu'ils croient avoir assouvi leur vengeance, ils redeviennent paisibles. Aussi les Arabes ont-ils l'habitude en pareil cas d'ôter leurs habits et de les jeter à l'animal pour qu'il reverse là-dessus sa fureur, après quoi il reprend tranquillement son travail. (Buciiner, c. m).
Ainsi les fourmis ne dévorent pas leurs aphides, même quand elles manquent d'autre aliment. Mais Leuret raconte le cas d'une fourmi qui, impatientée par la résistance d'une de ses aphides, la tua et la dévora.
Le délit par emportement furieux est très-fréquent chez les fourmis amazones de l'espèce Formica rufibarbis: 11 arrive souvent après le combat que les guerrières soient prises d'une véritable fureur qui les pousse à mordre aveuglement tout ce qu'elles trouvent autour d'elles, les larves, les compagnes et jusqu'aux esclaves qui cherchent à les calmer en les saisissant par les pattes et en les tenant immobiles jusqu'à ce que leur fureur ne soit passée. (Forel, Les Fourmis, 1874). Dans la saison très-chaude les esclaves noir-cendrées (Formica fusca) des fourmis amazones, lasses d'être poussées par leurs maîtresses qui leur demandaient continuellement à manger, les prenaient par une jambe et cherchaient à les tirer hors du nid, les mordaient même quelquefois; mais souvent les maîtresses irritées saisissaient les rebelles par la tête qu'elles serraient toujours plus fort entre leurs mandibules jusqu'à les tuer. (Idem). Voilà un léger délit pour les fourmis, comme l'aurait jadis été pour
l'HEMlKUE PARTIE
une raalronc romaine le meurtre d'une esclave; toutefois cet acte portait préjudice à l'espèce même, en la privant d'une assistance puissante; et en étant aussi contraire à leurs habitudes, il devrait constituer un crime dans la jurisprudence des fourmis.
Tout le monde sait que l'éléphant proportionne sa vengeance à l'injure; qu'il inonde, souille de boue ou foule aux pieds celui dont il a à se plaindre, selon la gravité de l'ofTense. Récemment un éléphant tua d'un coup de sa trompe le cornac qui lui avait donné du tabac. — Un ours que j'avais légèrement frappé sur une patte cherchait à me saisir et n'y réussissant pas mordait sa patte et la grille de la cage où il était renfermé.
Un chien, obligé à partager sa pitance avec un porc, le prit en aversion, brisa sa chaîne, se jeta sur lui et lui déchira le ventre.
On observe aussi des meurtres causés uniquement par la peur. — Brehm raconte qu'au Prater de Vienne, parmi un grand nombre de cerfs, il y en avait un, très-apprivoisé, qui se promenait au milieu de la foule en quête de friandises et de caresses. Un jour il s'engagea avec ses bois dans une chaise et s'effraya tellement qu'il se mit à fuir en blessant et tuant plusieurs de ses compagnons.
8. — Douleurs physiques. — Une autre cause fréquente résulte des douleurs physiques. 11 suffit pour s'en convaincre d'assister au spectacle donné en public avec le microscope géant. Les aselles, les cyclopes, les daphnies, auparavant si pacifiques, deviennent féroces, à mesure que le milieu s'échauffe, et se mordent les unes les autres.
9. — Meurtres par amour. — Mais peut-être chez les animaux, comme chez les hommes, les crimes par pas-
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sion les plus fréquents sont ceux qui ont pour cause l'amour. Ainsi l'éléphant, si prudent d'ordinaire, entre .en fureur à la moindre excitation, quand il est en rut.
— Chez les gallinacés polygames le besoin de la reproduction supprime tous les autres besoins et émousse les sens; ils semblent sourds et aveugles; ils attaquent l'homme. (Brehm, 329). Le serin mâle des Canaries détruit souvent en pareil cas son propre nid , et disperse les œufs (HouzEÂU ii, 394); il tue la femelle, et pour le dompter il faut lui en donner deux. — Le coq cédron, quand il est amoureux, devient furieux et se jette même sur l'homme. (Brehm, 320).
Cornevin raconte qu'une jument, docile d'ordinaire, devenait intraitable pendant le rut et manqua une fois de lui casser un bras.
Une chatte d'Angora, excessivement féconde et atteinte de nymphomanie, aimait avec frénésie ses petits, comme ia plupart des animaux domestiques ; mais toutes les fois qu'elle était grosse, elle les prenait en aversion, les battait et les mordait quand ils folâtraient autour d'elle.
Burdach et Marc comparent la fréquence des infanticides sans motif chez les accouchées aux tendances homicides qu'on observe chez les vaches et les juments nymphomanes, non seulement à l'époque du rut, mais aussi longtemps après.
Au jardin zoologique de Hambourg un kanguroo tua sa femelle et son petit dans un accès de fureur erotique.
— Le chameau en rut devient très-méchant et mord tout le monde, même les femelles. — Dans quelques espèces d'araignées la femelle qui est plus grosse tend des pièges au mâle et le tue après l'accouplement.
lluzard fils fait mention d'une jument dont la fureur utérine ne se manifestait que de temps en temps avec •de longues trêves. Très-docile dans les intervalles des
accès, elle devenait intraitable pendant l'érclisme qui durait souvent un jour ou deux , quelquefois même trois.
Rica a vu un troupeau de buffles qui après avoir flairé le sang d'un tigre blessé en suivirent avec fureur les traces, parcoururent et dévastèrent la forêt, fouillèrent la terre, et enfin, arrivés au dernier paroxysme de la fureur engagèrent entre eux le combat, malgré les efforts de leur gardien. (Breiim, ii, 55).
On observe aussi chez les animaux, des adultères, quelquefois suivis, comme chez les hommes, du meurtre de l'époux.
Charles Vogt raconte que depuis quelques années un couple de cicognes faisaient leur nid dans un village près de Salette. Un jour on nota que quand le mâle était à la chasse, un autre, plus jeune, venait courtiser la femelle. D'abord il fut repoussé, puis toléré, .puis accueilli; et à la fin les deux adultères volèrent un matin sur la prairie ou le mari chassait aux grenouilles, et le tuèrent à coups de bec. (Figuier, Les oiseaux, 1877).
Même la colombe, l'innocente colombe, est quelquefois adultère et envieuse et méchante envers ses compagnes devant lesquelles elle cache sous ses ailes l'aliment dont elle n'a pas besoin, tt- Quand on enlève à un mâle sa colombe, il vole aux colombiers voisins et force les femelles des autres à le suivre. ■
10. -V- Agglomérations, — Ici je noierai une autre analogie avec les causes des crimes chez les hommes: ce sont les grandes agglomérations.
L'instinct amoureux non satisfait, comme cela arrive dans les écuries, dans les étables, dans les sociétés d'hyménoptères, chez les gallinacés domesliques, pousse ces animaux aux plaisirs contre nature.