CHAPITRE PREMIER
Pédérastes étaient aussi sans doute les prisonniers, chez lesquels Lacassagne a relevé dans les fesses des sujets ■lubriques, verges ailées, verges armées de voiles, tournées vers l'anus; un œil sur chaque fesse, un serpent 1-ampant vers l'anus; sur chaque fesse un zouave croisant la baïonnette et soutenant une banderole avec l'inscriplion: On n'entre pas; ou avec le portrait de Biscnark et •d'un Prussien, ironie facile à comprendre.
Le prof. Filippi examina un pédéraste tatoué au bras gauche avec l'épigraphe : Pasquin, lu es mon trésor. Cette inscription faisait connaître en même temps son vice et son complice.
Parent-Duchâtelet n'a jamais trouvé des symboles obscènes sur les prostituées; mais il dit que les tribades ^gravent entre leur nombril et leur vulve le nom de leur amante.
4. — Multiplicité. — Un autre caractère des criminels, •qui leur est d'ailleurs commun avec les marins et les «auvages, est de se tracer des dessins, non seulement aux bras et à la poitrine (c'est l'usage le plus fréquent) mais sur presque toutes les parties du corps. J'en ai remarqué 100 tatoués aux bras, à la poitrine et à l'ab- (domen, 5 aux mains, 3 aux doigts, 8 au membre ' viril, 3 à la cuisse.
Lacassagne, sur 376 individus tatoués en a trouvé: 1 qui l'était aux deux bras et au ventre seulement, 4aux deux bras et aux cuisses, 8 à la poitrine, 4 seuleiment au ventre, 11 au pénis, 29 par tout le corps, 45 aux deux bras et à la poitrine, 88 seulement au bras droit, 5Q au seul bras gauche, 127 aux deux bras seulement.
Un certain T., âgé de 34 ans, qui avait passé bien ides années en prison, n'avait pas, en dehors des joues
et des reins, la surface d'un écu qui ne fût tatouée. On lisait sur son front: Martyr de la liberté; ces mots étaient surmontés d'un serpent long de onze centimètres. 11 avait sur le nez une croix qu'il avait tenté d'effacer avec de l'acide acétique.
Le nombre et la situation du tatouage sont d'une grande importance au point de vue psychologique; nous l'avons déjà remarqué.
Tardieu a vu un voleur qui s'était tatoué un costume complet d'amiral; et moi un autre, qui s'était fait de même un uniforme complet de général. C'était sûrement la marque de la passion qui dominait en eux, la vanité.
Ce poète sentimental que j'ai cité plus haut portait, outre des dessins obscènes (V. tab. xvi^), un vaisseau sur le bras gauche, surmonté des deux initiales de son amante et ayant au-dessous le nom de sa mère; sur sa poitrine étaient un serpent et deux drapeaux; sur le bras droit un autre serpent, une ancre, une épée et une femme complètement vêtue.
Un autre avait des anneaux aux doigts, un serpent au bras droit et une danseuse au bras gauche.
Un voleur de Venise, qui avait servi dans l'armée autrichienne, avait au bras droit l'aigle à deux têtes, et, tout près, le nom de sa mère et celui de sa maîtresse, Louise, avec cette épigraphe, singulière pour un voleur:
Louise chère Amante Mon unique consolation
Un voleur portait au bras droit un oiseau tenant dans son bec un cœur, des étoiles, une ancre et un membre viril; sur le bras gauche d'un détenu Lacassagne trouva ces mots: Quand la neige tombera noire, Augustine B... me sortira de la mémoire.
ClIAl'lTriE rUEMIER
Celle multiplicité prouve que les délinquants, comme les sauvages, sont très-peu sensibles à la douleur.
5. — Précocité. — Il est un autre fait qui caractérise le tatouage des criminels; c'est la précocité. Selon Tardieu et Berchon , le tatouage ne se remarque jamais en France avant l'âge de 16 ans (il faut évidemment réserver le cas des mousses qui empruntent aux marins celle coutume). Et pourtant nous-même à la Générale, en avons trouvé 4 sur des enfants de 7 à 9 ans; bien plus, sur 89 criminels adultes, 06 s'étaient tatoués entre 9 et 16 ans. — Mais une preuve meilleure encore a été donnée par Lacassagne, qui a étudié le tatouage sur 376 criminels. II en a vu
à 5 ans 1
ans
A Naples, sur 394 coupables mineurs enfermés dans les maisons de correction, Battistelli en a compté 122 qui s'étaient tatoués, soit 31 0[0, et c'étaient, reraarquet-il, les pires de tous. Un d'eux, par exemple, qu'il fît transférer parcequ'il le croyait incorrigible, avait tracé sur le mur, avant de partir, une adresse à ses compagnons pour les exhorter à persévérer dans le mal; or bien tous les individus à qui il s'adressait étaient des tatoués.
6. — Association, identité. —• Ces faits nous montrent, déjà, comment l'étude du tatouage peut mettre quelque-
is
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fois sur la voie dos associations criminelles; ainsi j'ai montré plus haut que nombre de camoj-ristes portaient un signe particulier.
L'un d'eux avait sur le bras un alphabet mystérieux qui devait servir à cori-espondre secrètement.
Considérez même ces signes de tatouage qui n'ont rien de particulier, qui se trouvent chez les criminels oomme chez les paysans, les bergers, les marins; il> peuvent venir en aide à la justice et à la médecine légale; ils servent à identifier l'individu, à faire connaître son pays et les principaux événements de sa vie.
Ainsi 22, parmi ceux que j'ai étudiés, portaient la date d'un pèlerinage et de leur engagement dans l'armée; 24 leurs initiales; 7 le nom de leur maîtresse ou d'un ami; 6 Romagnols avaient la marque ci-dessus décrite des pèlerins; 1 Vénitien, celle de la Madone de Vicencc, 2 Lombards, celle de Caravaggio; 12 un signe de leur métier. Un militaire avait un soldat, un autre un étendard, un troisième l'aigle d'Autriche, un quatrième les armes de la maison de Savoie; un garibaldien avait le buste de'Garibaldi ; un marin un ancre et un vaisseau. Tardieu a vu des cordonniers ayant une botte, des boulangers avec l'image de St. Honoré; un outil de ■maçon lui pej'mit d'établir l'identité des deux victimes de Lescour.
Kocher observe que les Arabes mâles qui ont élé en prison ou qui ont servi dans l'armée portent des tatouages de femmes; les autres regarderaient comme un déshonneur d'en avoir.
Les criminels connaissent si bien l'avantage que la justice peut tirer de ces révélations involontaires, que les plus rusés d'entre eux évitent" les tatouages, ou tâchent de les effacer, s'ils en Ont.