CHAPITRE PREMIER
€l soient rendus plus vifs par oc dessin, quand il lutte contre les dangers, les souffrances et les privations. Voilà pourquoi un signe qui résume pour lui toutes ces images peut devenir la source des plus nobles plaisirs.
Dans les classes plus élevées, j'ai relevé un seul cas de tatouage pour ainsi dire épidémique, et je le dois à la courtoisie du docteur Alberlotti. Ce fut parmi les élèves du collège de Castellamonte, au moment où €6lle maison allait être fermée: vingt jeunes gens, sur le point de partir, se firent orner de tatouages qui faisaient allusion au collège chéri, tels que le nom du directeur, celui d'un camarade, etc. Tous, à coup sûr, ignoraient que le tatouage fût un usage des barbares et des galériens.
A la Nouvelle-Zélande, quand un parent ou même une simple connaissance vient à trépasser, on se fait des incisions par tout le corps.
h) Lacassagne croit que la cause principale de cet usage n'est pas l'atavisme, comme je le soutiens, mais plutôt le besoin pour les personnes illettrées, d'exprimer certaines idées.
Les murs, dit le proverbe, sont le papier des fous. Les dessins de Pompéi sont de vrais tatouages de murailles. Lacassagne a trouvé des dessins analogues au tatouage sur les murs des prisons, par exemple, des tètes de femmes, d'avocats, des noms ayant au dessous: Dix ans de travaux forcés. Laurent y avait écrit au dessous de son nom: Condamné à mort bien qu'innocent.
Dans les emblèmes métaphoriques, ajoute Lacassagne, l'esprit du peuple se révèle avec la plus grande clarté. Les hommes incultes expriment généralement leurs idées par la représentation de cerlains objets; de là la fréquence de divers emblèmes. Le plus commun est une
TROISllblE PARTIE
violette avec cette inscription: A moi, A elle, A ma mère, A ma sœur, A Marie. Souvent, dans l'intérieur de la lleur ou sur ses pétales, est le portrait de la fename aimée, avec son nom au dessous.
Quelquefois on trouve des abréviations dans les tatouages, comme dans les rébus. On en a vu un qui portait le chiffre 20, un cœur, puis D. Belles, ce qui signifiait: Vainqueur des Belles. Ce sont là, continue Lacassagne, des fantaisies populaires, des écritures semi-hiéroglyphiques.
il Plus que tout le reste, les passions amoureuses, ou pour mieux dire, les passions érotiques, y contribuent. La preuve en est dans les figures obscènes (292* sur 2480), dans les initiales d'amour si fréquentes chez les criminels, chez les tribades et les prostituées. Dans rOcéanie également, on voit des femmes qui ornent leur vulve de dessins obscènes. Les .laponnaises , il y a quelques années peine, se dessinaient sur la main des signes faisant allusion à leurs amants, et les remplaçaient par d'autres quand leur cœur changeait. (Mân- TEGAZZA, 1. c).
Les femmes des Tahïtiens, des Gobas et des Guaranis se font des lignes et des cicatrices particulières pour montrer qu'elles sont vierges ou nubiles. Chez les hommes également, le tatouage coïncide souvent avec l'époque de la virilité; il, est un indice, et peut-être, comme le supposait Darwin, un moyen de sélection sexuelle.
Toutes les prostituées arabes portent des croix ou de? fleurs sur les joues ou sur les bras. Les Mauresques en ont à la région mammaire, aux commissures de la vulve ou sur la face externe des paupières. Des trois étudiées par Lacassagne, l'une avait sur l'avant-bras le portrait de son amant, une antre le nom d'une femme.