CHAPITRE TREMIER
germes sont évidemment déterminés par les grandes agglomérations. En voici d'autres preuves:
L'amiral Sullivan racontait à Darwin, qu'il avait transporté un jeune étalon anglais et huit juments dans les îles Falkland, où se trouvaient déjà deux étalons sauvages, chacun auprès d'un petit troupeau de juments. Ces deux étalons, qui ne se rencontraient jamais sans se quereller, cherchèrent d'abord à combattre, chacun en particulier, le cheval anglais et à chasser ses juments. N'y ayant pas réussi , ils s'associèrent ensemble et vainquirent l'intrus.
Un fait semblable a été observé au parc de Chillingham; plusieurs bœufs sauvages s'y disputaient la suprématie; un jour on vit deux des plus jeunes bœufs attaquer de commun accord le vieux chef, le renverser et le laisser roide sur le terrain, si bien que les gardiens le croyaient mortellement blessé. Mais quelques jours après l'un des deux jeunes bœufs s'approcha seul du bois où était tombé le vaincu; et voilà que celui-ci, qui avait couvé sa vengeance, sort du bois et tue en peu de temps son jeune adversaire.
12. — Escroquerie. — De même que l'association de malfaiteurs, l'escroquerie ne se manifeste qu'au milieu des grandes agglomérations d'animaux domestiques, et seulement parmi les plus intelligents, tels que les chevaux de troupe, les singes et les chiens apprivoisés.
Nous ne pouvons oublier, dit Lacassagne, qu'il y a des cas authentiques de simulation et de tromperie, à laquelle certains animaux recourent pour éviler une faligue ou pour se procurer un avantage.
rUEMIÈnii PARTI K
Ainsi, dit-on, il n'est pas rare de rencontrer dans les écuries militaires des chevaux qui feignent de boiter (1) pour ne pas aller à l'exercice. (Lacassagne).
La Coste raconte qu'un chien, pour détourner ses compagnons d'une certaine place au coin du feu, où il aimait à se coucher, allait faire un vacarme effroyable dans la cour, et tandis qu'ils accouraient en masse, reprenait tranquillement sa place favorite.
Un chimpanzé malade avait été nourri avec des gâteaux; quand il fut rétabli, il faisait souvent semblant de tousser pour se procurer ces friandises. (Lombroso, Uomo bianco, Padova, 1871).
On lit dans la Revue scientifique, i884, l'histoire d'un chien qui avait été habitué à aller s'acheter chaque jour lui-même un gâteau en déposant un sou à la boutique. Mais un jour, au lieu de monnaie, il laissa un bouton métallique, et sans attendre qu'on lui donnât le gâteau, il le saisit lui-même et s'enfuit. Le lendemain son maitrç voulut bien lui donner le bouton pour monnaie, mais il le refusa.
13. — Vol. — Le Cercopithecus monas est un véritable filou. Tout en recevant vos caresses, il glisse ses mains dans vos poches, vous vole et cache les objets volés dans les draps, dans les couvertures (Brehm).
Un gros chien à Rennes (2) était soupçonné de voler et de manger des moutons; mais son maître le niait,
(1) Ce même fait m'a été atteste par M. le capitaine Aglieri, vétérinaire militaire, et par M. Aracheqvtesne capitaine de cavalerie. Cependant MM. les professeurs Lessona et Lombardini , auxquels j'ai communiqué les épreuves de ce chapitre, doutent fort de l'exactitude du fait.
(2) Ce fait aussi est jugé peu vraisemblable par Albrecht, Lessona, Lombardini, et j'en laisse toute la responsabilité à M. Rousse, en observant toutefois que le fait peut vraiment s'être produit par une de ces conditions individuelles fort rares (génie), qui se rencontrent chez les animaux domestiques comme chez l'homme.