CHAPITRE PREMIER
parce qu'il ne l'avait jamais trouvé sans muselière. Une fois il le surveilla attentivement et vit qu'au tomber de la nuit il détachait de lui-même sa muselière et après avoir dévoré sa proie , se lavait le museau dans l'eau , se remettait la muselière et retournait vite au chenil. (Rousse, 1. c).
Ce serait bien là un exemple de vol avec préméditation et en opposition avec les résultats désormais héréditaires obtenus par l'éducation chez ces espèces domestiques.
Un fait semblable s'observe chez l'abeille , le plus laborieux des animaux: quelques tribus s'adonnent peu à peu au vol et deviennent souvent de véritables criminels d'habitude.
Buchner dans sa Vie psychique des bêles parle des abeilles voleuses qui, pour s'épargner la peine, attaquent en masse les ruches bien fournies, font violence aux sentinelles et aux habitants, pillent les ruches et en enlèvent les provisions. Après avoir répété ces entreprises, quelquefois sans succès, elles prennent goût au pillage et à la violence, dont elles font, comme dans les pays où règne le brigandage, une véritable propagande; elles recrutent des compagnes toujours plus nombreuses, et finissent par constituer de véritables colonies d'abeillesbrigandes. Il y a aussi des individus isolés qui vivent de rapine et cherchent à s'introduire inaperçus dans les ruches étrangères; leur allure timide prouve qu'ils sont forcés de se cacher et qu'ils ont conscience de leur méfait.
On a vu les babouins s'associer par centaines pour mieux piller les vergers d'accès difficile: le plus âgé et le plus rusé, après avoir étudié le terrain, s'avance le premier et laisse une sentinelle au point le plus menacé; puis ils se disposent en chaîne et se transmettent l'un à l'autre la proie que le dernier de la chaîne dépose dans une cachette commune; quand la sentinelle
l'RE.MlÈnE PARTIE
aperçoit quelque danger, elle donne le signal, la chaîne se rompt, tous les babouins fuient, portant chacun un fruit dans la bouche, en main et sous les bras. Si le danger augmente, ils jettent d'abord le fruit qu'ils portent sous le bras, puis celui qu'ils ont dans la main et en dernier lieu celui qu'ils tiennent dans la bouche (Franklin).
Mais il faut remarquer, à ce propos, qu'on n'observe pas chez les animaux la différence trouvée par Spencer (Bévue philosophique, 1881) pour le penchant au crime dans les sociétés primitives, qui y sont plus enclines si elles sont guerrières et moins si elles sont industrielles. Souvent, en effet, on rencontre un instinct criminel très-prononcé chez la fourmi , chez l'abeille et chez l'éléphant, qui pourtant représentent dans le monde zoologique de véritables sociétés industrielles.
14. — Boissons alcooliques elc. — Une autre cause de crime, commune aux hommes et aux animaux, est l'usage des boissons alcooliques et d'autres substances qui irritent les cellules nerveuses. Les animaux intelligents montrent plus de penchant que les autres à ce vice et en deviennent, comme les hommes, plus portés aux actes criminels. Ainsi nous avons parlé des abeilles voleuses par penchant naturel.
Or, Buchner dit qu'on peut produire artificiellement de ces abeilles voleuses à l'aide d'un aliment consistant en un mélange de miel et d'eau de vie. Comme l'homme, les abeilles prennent bientôt goût à cette boisson qui exerce sur elles la même influence pernicieuse: elles deviennent irritables, ivrognes, et cessent de travailler. La faim se fait-elle sentir? elles tombent, comme l'homme, d'un vice dans un autre et se livrent, sans scrupule au pillage et au vol.