CHAPITRE PREMIER
Les fourmis narcotisées par le chlorol'orme ont tout le corps paralysé, sauf la tète avec laquelle elles mordent tout ce qui vient à leur portée. (Forel, Les [oiirmis).
Les pasteurs d'Abyssinie avaient observé que les chèvres mangeaient la fève parfumée d'un arbre de leurs montagnes; après en avoir goûté elles devenaient plus vives, plus animées: elles folâtraient dans les rochers, se poursuivaient l'une l'autre et se livraient quelquefois à des luttes acharnées. L'homme goûta de ce fruit et trouva le café. (HouzEAU, ii).
On sait que dans la secte des Assassins d'Orient la fureur homicide était excitée par un mélange de graines de chanvre et d'opium. Awsiter eut l'occasion d'observer ce même phénomène dans les vaches. (Pierquin).
Magnan a vu les chiens les plus dociles devenir méchants après un usage continu de boissons alcooliques. Moi-même j'ai observé un fait semblable chez des coqs empoisonnés avec du maïs gâté, tandis qu'auparavant, étant nourris avec du maïs bien conservé, ils étaient très-pacifiques.
15. — Aliments. — Une autre cause commune du penchant au crime chez l'homme et chez les bêtes est l'usage de la viande. Non seulement les carnivores sont les plus féroces de tous les animaux, mais encore les animaux d'un naturel doux, tels que le chien, l'éléphant, deviennent indomptables et cruels lorsqu'ils sont nourris de substances animales.
Les éléphants dits mustof, employés dans les Indes orientales comme bourreaux, sont exprès nourris de chair (Jacolliot, i, p. 225).
A Alfort des chiens et des chevaux soumis à un pareil régime, devinrent féroces.
16. — Éducation. — Comme chez l'homme, une éducation spéciale, un dressage, peut développer des instincts criminels chez des animaux qui n'en ont pas naturellement. L'homme a souvent dressé les animaux au meurtre: les Indiens l'éléphant, les Hotentots le bœuf. Corecillo, le chien des Français à saint-Domingue, qui dévorait les Indiens et recevait la paie de trois soldats, est devenu célèbre. Dans ces cas cependant le crime serait plutôt de l'homme dresseur que de l'animal dressé par lui (Lacassagne, 1. c).
17. — Cette série d'actes a évidemment beaucoup plus d'affinité avec ceux que l'homme civilisé appelle des crimes; elle s'en rapproche par ce phénomène, que je pourrais appelér de l'individualité, en opposition ouverte avec les habitudes plus générales, innées et acquises, que l'on trouve dans la même espèce; elle s'en rapproche encore par le fait que ces actes nuisent à l'espèce ou à l'individu même, comme les vengeances violentes des fourmis contre leurs compagnes ou contre les aphides, le meurtre de la femelle ou des petits, la sodomie.
Quand on réfléchit (comme dit très-justement M. Ferri) que sur cent chiens, chevaux ou éléphants, ce ne sont pas tous ces animaux, mais seulement un ou deux, qui se montrent méchants, querelleurs, indomptables; que sur cent chats il y en a bien peu qui négligent ou tuent leurs petits et on ne peut nier que cette perversité ne soit due à une tendance toute personnelle et inconnue aux autres individus de la même espèce auxquels, grâce à leur tempérament individuel, le meurtre de leurs semblables répugne tout autant qu'il plait aux premiers.
11 y a aussi un rapprochement à faire quant à la forme du crime, comme par exemple dans la préméditation