‹ L'homme criminelChapitre 146 sur 315 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

De la sensibilité affective.

1. — En général, chez l'homme criminel, l'insensibilité morale est aussi grande que l'insensibilité physique; sans doute l'une est un effet de l'autre. Ce n'est pas qu'en lui la voix du sentiment soit loul- .à-l'ait muette, comme le supposent quelques mauvais lillérateurs; mais il est certain que les passions qui font battre avec le plus de force le cœur de l'homme normal, sont très-faibles chez celui qui nous occupe. Le premier sentiment qui s'éteint dans ces êtres est celui de la pitié pour la souffrance d' autrui, et cela juslenient parcequ'il est insensible lui-même aux souffrances (V. pag. 323). Lacenaire avouait n'avoir jamais tremblé à la vue d'un cadavre; il faisait toutefois une exception en faveur de son chat. « La vue d'un mourant, disait-il encore, ne me touche guère. Je tue un homme comme je boirais un verre de vin ». En effet, l'indifférence complète en face de leur victime et en présence des instruments ensanglantés qui ont servi à perpétrer le crime, est un caractère constant chez tous les vrais criminels d'habitude; et ce caractère suffirait à les distinguer de l'homme normal. Martinati contemplait sans sourciller la photographie de sa femme, en reconnaissait l'identité, et racontait froidement qu'après lui avoir poi té le coup mortel, il avait osé implorer son pardon.

« Elle me l'a refusé,» disaiL-il en lerminant son récit. La Maquct avail jelé dans un puits sa propre fille afin de pouvoir accuser de ce crime une voisine qui l'avait offensée. Vitou fit périr par le poison son père, sa mère et son frère, pour entrer en possession de quelques écus.

Militello, un assassin précoce, presque un enfant, an moment où il venait de tuer son camarade et son ami, éprouvait si peu d'émotion, qu'il tentait de corrompre les domestiques pour se faire livrer passage et se sauver.

2. — Cela nous explique l'autographe de Troppmann qui, dans sa prison, demandait à son frère de l'acide prussique et de l'éther pour tuer ses gardiens, aussi naturellement qu'il eût demandé une orange. (V. Maxime Du Camp, Archivio di psichialria e scienze penali, volume V). Cela nous explique également comment il eut le cœur (pensant venir ainsi en aide à sa défense) de reproduire l'affreuse scène de meurtre dont il avait été l'unique auteur et dont il restait le seul témoin. Nous avons de lui, en effet, un dessin très-grossier, don do M. Maxime du Camp à notre Archivio; dans ce dessin on voit deux petites victimes étendues sans vie aux pieds du meurtrier, les autres quatre, frappées par lui, élèvent les mains dans l'attitude du désespoir (V. tabl. xix^); ol , comme pour ajouter un dernier outrage, ce monstre calomnie sa victime après l'avoir tuée: car il y essaye de prouver, ou, pour mieux dire, d'insinuer que l'auteur du crime était le père lui-même, l'infortuné Kink avec l'inscription :

« C'est comme c'est arrivé que Kinke le père misérable qui m'a perdu , il a tué toute sa famille » (sic).

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