CHAPITRE PREMIER
avec giiet-apens (chiens voleurs el singes) et dans la tendance au vol des abeilles qui, une fois acquise, se perpétue ensuite et s'étend avec l'impunité, prenant le caractère du crime habituel et présentant à la fois la première ébauche du brigandage; par contre il y a encore un rapprochement dans l'instantanéité d'autres actes, déterminés par des causes violentes, instantanéité qui est propre aux délits produits par la passion, par le point d'honneur, par l'antipathie, etc.
Mais l'analogie la plus frappante est celle des causes qui vues à grands traits paraissent les mêmes chez la bête et chez l'homme: elles sont la vengeance ou l'amour, l'aggloméralion, l'usage d'aliments spéciaux, delà viande, de l'alcool, ou encore l'hérédité.
Ce qui paraît ensuite de la plus haute importance, ce sont les cas où le crime et la folie, tout comme nous allons voir chez l'homme, se confondent d'une manière inextricable. Tel est Je cas où l'on voit les tendances criminelles naître soit inopinément après les couches, dans la vieillesse, soit dès la naissance, grâce à l'hérédité et surtout par suite d'une conformation vicieuse du crâne qui est précisément la cause la plus fréquente du penchant inné au crime (microcéphalie frontale des chevaux), en donnant lieu, chez les bêtes aussi, à une perversité sans motif extérieur et en contraste complet avec le caractère des autres individus de leur espèce.
48. — Météores. — Peut-être une étude plus longue et dirigée par une main plus habile permeltra-t-elle de découvrir d'autres analogies; comme par exemple l'influence des conditions atmosphériques, qui est si grande chez les hommes. Du reste quelques observateurs ont déjà signalé le fait que les animaux de la même espèce ou d'espèces voisines sont plus féroces
dans la zone lorride que dans les régions moins chaudes de l'Amérique (Rousse 1. c.) et que les lions de l'Atlas sont beaucoup moins redoutables que ceux du désert. On sait aussi que dans la saison la plus chaude, surtout à l'approche d'un orage, les bœufs sont queTquefois pris d'un véritable accès de fureur, durant lequel ils s'élancent contre les personnes et contre les arbres, jusqu'à ce que l'orage éclate et qu'une pluie torrentielle vienne les calmer.
19. — Misonéisme. — L'horreur de la nouveauté. — Peut-être, comme nous le verrons chez les peuples barbares, une autre cause de délit est-elle fournie aux animaux intelligents par l'antipathie qu'ils témoignent pour toute nouveauté qui les surprend et les effraie et que probablement ils considèrent comme une offense personnelle, peut-être même comme un attentat. Bret Harte a souvent observé chez les chiens un véritable fanatisme conservateur: ils aboyaient et s'achamaient contre les chemins de fer, le gaz, la musique, quand ils les rencontraient pour la première fois. Certains chevaux, habitués à être montés par des officiers en uniforme, se cabrent et jettent à terre leur cavalier s'il n'a pas au moins une casquette militaire. Un singe couvert d'un habit de femme, une poule blanche vernie de vert furent repoussés rudement par leurs compagnons qui auparavant leur témoignaient de l'amitié. (Revue Scientifique, 4884).
20. — Nous avons vu des analogies fort curieuses dans la conformation du crâne. Il se peut bien qu'une étude exacte des individus nous révèle une différence dans la physionomie; et ici je rappellerai que les espèces les plus
féroces ont souvent une physionomie spéciale qui présente en germe quelque analogie avec celle des criminels: ainsi l'œil injecté de sang du tigre, de l'hyène, est vraiment propre aux assassins. « Les oiseaux de proie, dit Brehm (N. 5), ont le bec court, recourbé, la mâchoire supérieure souvent munie d'une dent pointue à laquelle correspond dans la mâchoire inférieure une entaillure; l'orbite grande (comme chez les criminels), et injectée de sang ». Chez les insectes, auxquels manque la physionomie par suite de l'immobilité de la face, la force des mandibules désigne les espèces qui vivent de proie, et nous verrons que c'est là un caractère des criminels.
21. — Quoiqu'on s'efforce d'établir des distinctions, il faut bien l'avouer: il y a une continuité, un passage insensible de plusieui's de ces actes que nous appelons criminels à ceux qui ne constitueraient un crime que pour l'homme. Ainsi les vols des singes, les vengeances des chiens, les meurtres des fourmis peuvent, jusqu'à un certain point, rentrer dans la catégorie du meurtre accompli sur un champ de bataille, de celui qui a pour but la conquête des aliments, ou qui résulte de la lutte pour l'existence — tout comme le meurtre par cupidité, qui, par conséquent, doit être ramené à la première catégorie. Bien des meurtres avec cannibalisme, bien des parricides et des infanticides qui s'observent par exemple chez quelques espèces de ChaelocomjJa, chez les ours, les loups, sont déterminés, comme dans nos disettes, par la concurrence vitale; car la fécondité excessive finit par être nuisible à la prospérité de l'espèce. Dans ces cas la destruction des individus sert à maintenir l'espèce. Il en est de même dans les cas où sont sacrifiés les nouveaux-nés maladifs qui offrent peu de
chances de vitalité, comme chez les poules. La fréquence même de ces actes chez quelques espèces prouverait qu'ils ne sont pas toujours anormaux. Cette férocité même, non provoquée, qui reproduit chez les animaux domestiques le type de la méchanceté brutale des criminels peut s'expliquer très-bien par la reproduction des tendances ataviques (comme chez le chien qui se rattache au loup), par un effet des conditions organiques du cerveau, comme cela se trouve évidemment dans les chevaux à nez busqué. — Et alors quelle différence peut-il y avoir entre ces actes et les meurtres que les Rossolis et les Dionées commettent à cause de leur structure organique ?
Comment ne pas conclure que, dès sa première manifestation, le crime est lié aux conditions de l'organisme, qu'il en est l'effet direct?