CHAPITRE IV
Prisonniers Populat. libre
En Italie . . . 17,00 6,2 En Hollande . . 430,00 42,0 En Norvège . . 74,00 9,4 En Angleterre . . 28,00 6,9
± — Il faut se garder de croire que ces morts volontaires si fréquentes aient pour mobile unique le chagrin que cause la condamnation, les souffrances qui résultent d'une incarcération prolongée , la privation de toute société. Les suicides sont, il est vrai, bien plus nombreux dans les prisons cellulaires (4) que dans celles où les détenus sont mêlés; mais dans les premières, la plupart de ceux qui en viennent là appartiennent à la catégorie des prévenus (en Italie 38 0[o) et, parmi les condamnés, le suicide a lieu presque toujours, sinon exclusivement, pendant les premiers mois de la détention.
Sur 36 qui ont eu lieu dans les diverses prisons d'Europe en 4872 (Statist. inlern., Rome, 4874): 44 se sont produits durant les 6 premiers mois de
la détention.
7 id. durant la première année de la détention. 7 id. durant la seconde id. id.
7 id. durant la troisième id. id.
4 id. après la troisième id. id.
(1) On aurait constaté en Europe, en 1872, (Morselli 1. c), dans les diverses prisons cellulaires, 1,37 suicides par 1000 détenus, tandis que dans celles organisées selon le système Auburn il y en aurait 0,40, dans celles à système collectif 0,^5, dans celles à système mixte 0,80. Le même résultat est atteint par M. Legoyt en comparant les prisons à régime collectif et celles à régime céllulaire de France. (Le suicide ancien et moderne, 1881, p. 218).
Le nombre des criminels suicides est beaucoup plus fort dans les prisons judiciaires que dans les bagnes (1), et il comprend, surtout, des individus qui n'ont à subir que des peines légères. On a vu des hommes condamnés h quinze jours de détention, se donner la mort.
Ce chiffre devrait être triplé, si nous y faisions enti'er les nombreuses tentatives de suicide qui, dans les prisons d'Angleterre, s'élèvent au triple et, dans les nôtres, au double des suicides consommés (86 sur 168).
Evidemment cette fréquence du suicide chez les délinquants, aux premiers temps de la réclusion, et môme avant le jugement, ou à la suite d'une condamnation légère, tient à des causes spéciale. — La première est cette insensibilité, cette absence de l'instinct de conservation, dont nous avons donné, un peu plus haut, tant de preuves, et qui apparaît, clairement, dans les formes atroces de suicides des criminels.
3. — Joignez à cela l'imprévoyance, l'impatience, qui dominent les criminels; un mal, même léger, qui durerait longtemps, leur parait insupportable; ils préfèrent un mal bien plus sérieux, mais qui les frappe subitement, parceque la mort leur parait moins dure à supporter que l'impossibilité d'assouvir leurs passions d'un moment.
« Je dis adieu au monde, puisque vivre avec une passion est pire que mille morts,» écrivait Delitala avant de commettre un meurtre et se tuer après. Mac-
(1) En France les maisons d'arrêt potu- la période 1874-76 donnent la moyenne de 10 suicides sur 100 hommes, et 3,83 sur 100 femmes; et les prisons centrales nous donnent seulement les proportions de 4,79 pour les détenus.