CHAPITRE IV
kenzie, n'ayaWt pu séduire une jeune fille, la faisait assassiner, puis dénonçait son complice et se donnait" la mort.
On dit qu'un mousse, la veille du jour où il devait cire libéré, se pendit, en disant à un de ses co-détenus: «Je m'ennuie trop, nous devrions nous pendre ».
C'est ainsi qu'eut lieu le suicide de Fusil, sur lequel nous reviendrons (Ghap. v).
Quelques-uns de ces criminels, et en particulier les alcooliques, se donnent la mort presque automatiquement et, pour ainsi dire, sans cause, pour un simple caprice. Tel est le cas, de ce bourreau de la Nouvelle Calédonie qui se pendit parcequ'on avait changé sa guillotine de prédilection; et de cet autre dont parle Morselli, qui se donna la mort parceque sa cellule était mal pavée. Un individu était monté sur une échelle pour atteindre une fenêtre ouverte, quand il lui vint à l'esprit de se jeter en bas; jusqu'à ce moment, il n'avait pas songé au suicide.
La marquise de Brinvilliers tenta plusieurs fois de se tuer: elle s'empoisonna une première fois pour éprouver la vertu de ses contre-poisons (singulière preuve d'impatience chez les gens de cette espèce); plus tard pour donner une preuve de son amour à Sainte- Croix. On peut dire, de même, de la femme Gras, et du trop célèbre doct. Demme; ce dernier, empoisonneur et voleur, finit par tuer sa maîtresse, une toute jeune fille, probablement avec le même poison qui lui a-vait servi pour se débarrasser du père, et se donna ensuite la mort.
4. — Il est facile de comprendre pourquoi ceux que la passion a entraînés au crime, se tuent plus volon-
tiers que les autres délinquants. Ils y sont poussés, un peu, Jîar les remords, un peu, aussi, parla perte de l'objet aimé.
Pour tous les coupables, le suicide est, tantôt, une soupape de sûreté, tantôt une crise et un supplément de la tendance au crime, soit qu'il se trouve à son développement ou à sa naissance. Pour certains, c'est en quelque sorte un moyen de réhabilitation, avant ou après l'accomplissement du crime, une excuse aux yeux des autres ou d'eux même, puisqu'il démontre, soit la violence irrésistible de la passion à la quelle ils ont cédé, soit la force des remords qui les accable.
Que le crime soit, réellement, en rapport étroit avec la tendance au suicide, Lacenaire et la Trossarello l'ont bien déclaré. «Un jour vint, avoue Lacenaire, où je n'eus d'autre alternative que le suicide ou le crime; je me suis demandé si j'étais une victime de moi-même ou de la société, et, après avoir conclu contre celle-ci, je l'ai frappée ». La Trossarello, après une tentative de suicide, dit à une de ses compagnes (la Tabasso): (( Cette fois, j'ai tenté de me tuer; une autre fois, c'est lui que je tuerai ».
En étudiant les comptes-rendus judiciaires de 1882, Despine a pu établir un véritable antagonisme entre le crime et le suicide. Dans les 4 départements Français, qui ont fourni, sur 100 accusés, le plus grand nombre d'attentats contre les personnes, il n'a relevé que 14 suicides par 460 mille habitants; au contraire, dans les 14 où ces attentats ont été le plus rares , il y a eu 14 suicides par 170 mille habitants. La Corse, célèbre par ses traditions sanguinaires, donne sur 100 accusés, 83 affaires de ce genre, et 1 suicide par 55 mille habitants. Dans le département de la Seine, sur